Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé lors de son discours sur l'état de l'Union, mercredi 13 septembre, un paquet pour renforcer l'agenda de l'UE dans le domaine du commerce, incluant des propositions pour ouvrir des négociations de libre-échange avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande et pour contrôler les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques de l'UE.
« L'Europe est ouverte aux affaires. Mais il doit y avoir réciprocité. Nous devons obtenir autant que ce que nous donnons », a insisté d'emblée M. Juncker, vantant les gains de l'ouverture commerciale de l'UE au reste du monde en rappelant que chaque milliard d'euros supplémentaire d'exportations génère 14 000 emplois supplémentaires en Europe. « Le commerce consiste à exporter nos normes sociales ou environnementales, de protection des données ou d'exigences en matière de sécurité alimentaire », a-t-il assuré.
Dans la foulée de l'accord de libre-échange conclu avec le Canada (CETA) et de celui conclu en partie avec le Japon, M. Juncker a confirmé vouloir dégager « d'ici fin 2017 » des accords politiques scellant un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et un accord de libre-échange modernisé avec le Mexique ; il a en outre proposé d'ouvrir des négociations de libre-échange avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, l'objectif étant de finaliser tous ces accords d'ici la fin de son mandat.
M. Juncker a aussi promis de garantir une transparence accrue de ces négociations, tant à l'égard des députés européens que de ceux des parlements nationaux et régionaux, annonçant la publication intégrale de tous les projets de mandat de négociation que la Commission propose au Conseil.
« Les citoyens ont le droit de savoir ce que la Commission propose. Fini le temps de l'opacité. Fini les rumeurs, les remises en question incessantes des motivations de la Commission », a-t-il insisté, exhortant le Conseil à faire de même lorsqu'il adoptera les mandats de négociation définitifs.
Enfin, rejetant les accusations de naïveté de la Commission en matière de commerce international, M. Juncker a annoncé avoir proposé mercredi un nouveau cadre communautaire pour le contrôle des investissements des pays tiers dans les secteurs stratégiques de l'UE.
« Si une entreprise étrangère, détenue par l'État, souhaite acheter un port européen, une partie de notre infrastructure énergétique ou une entreprise de technologie de défense, cela ne devrait se faire que dans la transparence, avec examen et débat. C'est une responsabilité politique que de savoir ce qui se passe dans notre propre cour, afin que nous puissions protéger notre sécurité collective, si nécessaire », a-t-il conclu.
Au PE, les forces de gauche crient haro sur le CETA. « Oui à la transparence sur les traités commerciaux, mais nous devons d'abord et avant tout défendre les intérêts des citoyens. Les socialistes veulent aller plus loin que le CETA en ce qui concerne les intérêts des citoyens et des consommateurs », a commenté le président du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella.
« Nous devons agir avec énergie contre les dérèglements climatiques induits par les transports et les énergies carbonées, et les traités de libre-échange, comme le CETA, sont contraires aux options de l'accord de Paris », a déploré le vice-président du groupe GUE/NGL, le Français Patrick Le Hyaric.
« Nous engagerons une réorientation complète de notre politique commerciale, qui devra désormais conditionner l'accès à notre marché au respect de normes sociales, environnementales et sanitaires que nous aurons librement choisies. Aussi, nous proposerons de geler l'application provisoire du CETA et de réexaminer les mandats de négociation de tous les autres accords en cours de discussion », a prévenu le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts. (Emmanuel Hagry)