Les réactions au Livre blanc sur l'avenir de l'UE, qu'a présenté la Commission européenne mercredi 1er mars (EUROPE 11736), de dirigeants politiques et de représentants de la société civile, oscillent entre la satisfaction que les termes du débat soient posés et la critique d'une prise en compte insuffisante de certains intérêts, notamment la défense des droits sociaux.
Dans une déclaration conjointe symbolique, les ministres des Affaires étrangères de France, Jean-Marc Ayrault, et d'Allemagne, Sigmar Gabriel, ont qualifié l'initiative de « contribution importante et précieuse à la discussion plus large sur l'avenir de l'Europe » dans la perspective du 60ème anniversaire des traités de Rome, samedi 25 mars. Face aux menaces inédites, « l'Allemagne et la France partagent la même conviction : notre meilleure protection et notre meilleur atout pour l'avenir, c'est une Union européenne plus forte », soulignent-ils. Convaincus que l'Union européenne est « beaucoup plus qu’un marché unique », car « elle est fondée sur des valeurs communes, la solidarité et l’état de droit », ils conviennent de la nécessité de « mieux prendre en compte les différents niveaux d’ambition des États membres » sans remettre en cause ce qui a déjà été accompli.
Les fédéralistes européens se réjouissent du coup d'envoi d'un débat approfondi sur l'avenir de l'Europe. « Les évolutions du contexte global et la perspective du 'Brexit' nous oblige à faire des choix », a déclaré le président de l'Union des fédéralistes européens, Elmar Brok, satisfait que la Commission ait détaillé les options possibles d'une évolution de l'UE d'ici à 2025, mêmes les plus « catastrophiques » à ses yeux. Selon le chrétien-démocrate allemand, l'Union ne peut pas rester figée ou être détricotée ni se résumer à un simple marché unique. Il n'a cependant pas exclu que l'Europe se concentrent sur des priorités réduites et que les États membres poursuivent l'intégration « à des vitesses différentes » si nécessaire.
Représentant des élus de plus de 130 000 collectivités territoriales, le Conseil des Communes et régions d’Europe (CCRE) est d'avis que « l’Europe ne peut plus se construire à travers le seul prisme des États-nations, mais sur la base de relations renforcées entre l’Union européenne, ses territoires et ses citoyens ». En 2016, il a lancé une réflexion sur une vision de l’Europe en 2030.
Quant au Centre européen des entreprises à participation publique et des entreprises d'intérêt économique général (CEEP), sa secrétaire générale, Valeria Ronzitti, a loué la démarche consultative choisie par la Commission qui vise à rendre le processus « aussi ouvert que possible ». Elle a espéré que les choix sur l'avenir de l'UE qui seront opérés seront guidés par « l'intérêt général de tous les citoyens européens » et non pas les opportunités électoralistes, alors que se profilent cette année des élections législatives aux Pays-Bas, en Bulgarie, en France et en Allemagne.
Déception des syndicats européens
Au nom de la Confédération européenne des syndicats (CES), Luca Visentini a, au contraire, fustigé l'attitude de la Commission qui aurait, selon lui, « abandonné toute tentative de leadership ». Selon lui, présenter des options, certes réalistes, « illustre le niveau des divisions au sein de l'UE ». Et d'ajouter : « Aucun des scénarios ne mentionne ce dont les travailleurs ont besoin, ni ce que les syndicats et la société civile souhaitent : une Europe plus juste, durable, démocratique et inclusive ». (Mathieu Bion)