login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11727
REPÈRES / RepÈres

Quand la famille européenne est à l’heure des amputations… (I)

Dans le monde feutré et policé des dirigeants politiques se voulant ‘responsables’ au sein de l’Union européenne, le ‘politiquement correct’ impose qu’il ne soit jamais tenu de propos agressifs ou désobligeants à l’égard d’un pays partenaire. Seules les institutions censées incarner l’intérêt général et, partant, échapper à la tutelle des capitales, la Commission en tout premier lieu, peuvent désormais être parfois la cible d’attaques verbales de la part d’hommes et de femmes politiques nationaux.

Les partis extrémistes en font, eux, leur fonds de commerce, ce qui, en cette période tourmentée, leur réussit plutôt bien. Or, voilà que cette règle de l’omerta un peu (beaucoup !) hypocrite vient d’être violemment transgressée dans un pays connu pour son attachement à la construction européenne.

Le coupable est un homme qui s’avoue « fédéraliste meurtri et un peu désespéré ». Avant d’endosser le costume de Ministre-Président de la Région wallonne de Belgique, Paul Magnette était l’un des plus fins et avertis connaisseurs académiques de l’Europe telle qu’elle se construit depuis la ‘Déclaration Schuman’ du 9 mai 1950 – ce petit rappel étant nécessaire pour renvoyer à leurs études ceux qui, dans les prochains jours, s’échineront à assurer que l’aventure européenne a commencé avec les Traités de Rome et l’accès au pouvoir d’un général de Gaulle qui aurait eu la grandeur d’âme de tendre la main au chancelier Adenauer. L’étoile montante du parti socialiste belge francophone avait déjà dérangé le landerneau politique ‘responsable’ qui est à la manœuvre dans l’Union en incarnant la fronde citoyenne contre l’Accord économique et commercial global avec le Canada (EUROPE 11726). Cette fois, il a dérogé aux règles traditionnelles de bienséance européenne de manière plus insupportable encore lorsqu’il a confié à notre confrère Frédéric Rohart : « J’imagine bien le 'Brexit' être suivi par un Polxit, un Hongrexit, un Roumaxit, un Bulgxit… » (L’Echo du 3 février).

Est-ce grave, docteur ? Oui, ce l’est ! Ce l’est presque autant que les idées de ‘Grexit’ qui prennent à nouveau de la consistance du côté de l’un ou l’autre ministère berlinois. Ceux qui jugent supportable l’idée d’un ‘exit’ dans un cas et pas dans l’autre ne sont pas crédibles car ils ne sont pas de bonne foi, mais inspirés par des considérations idéologiques. Pousser ou contribuer, sans le dire ouvertement, à la sortie, partielle ou totale, de l’Europe telle qu’elle se construit depuis juillet 1952, au moment du lancement de la Communauté du charbon et de l'acier, d’un pays qui en est membre n’est rien d’autre qu’une faute morale. Que les Britanniques aient pris la décision souveraine de quitter l’Union est une chose : c’est leur choix, et le droit de le poser même si ce sera à l’évidence à leurs dépens. Tout autre chose est d’agir de manière sournoise pour rendre inéluctable l’exclusion d’un partenaire qui, sans doute perclus de défauts, ne peut être aujourd’hui sauvé que par des manifestations de solidarité sans ambiguïté.

Le propos de Paul Magnette se situe sur un tout autre registre. Le socialiste belge prend acte de la décision majoritaire des Britanniques ayant voté lors du référendum de juin 2016 de quitter le navire européen (EUROPE 11580). En bon Européen responsable, il espère dès lors qu’un bon accord, « dur mais équilibré », puisse être conclu par l’Union avec Londres. Du coup, avance-t-il, certains pays – « la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et, peut-être, le Danemark et la Suède » – pourraient arriver à la conclusion « qu’un modèle à la Britannique est enviable » et décider souverainement, par conséquent, de sortir de l’Union pour nouer avec elle des liens moins contraignants que ceux de l’adhésion. Ces propos sont-ils déplacés, comme le laissent entendre à mots plus ou moins couverts des Européens bien-pensants ?

Le commissaire Pierre Moscovici se range résolument dans cette catégorie. Dans un entretien croisé avec le libéral Guy Verhofstadt publié dans le quotidien belge Le Soir, le socialiste français se déclare ainsi « très attaché à l’Europe des 28, aujourd’hui des 27 », arguant non sans raison : « Quand on est à Varsovie, même avec un gouvernement comme l’actuel, ou à Budapest, même avec Monsieur Orbán, ou encore à Prague, on est en Europe. Et rejeter ces pays dans un passé funeste est une très mauvaise idée ». M. Moscovici a raison, à la réserve près que personne n’a envie de rejeter ces pays dans un passé funeste… sinon eux-mêmes !

Qui se projette dans le souvenir d’un passé funeste sinon le porte-parole du président – social-démocrate – tchèque Miloš Zeman lorsqu’il explique que Donald Trump « défend la sécurité des citoyens » face aux musulmans, « justement ce que ne font pas les élites de l’Union européenne » ? Qui renoue avec de funestes pratiques si ce n’est Viktor Orbán en se faisant le chantre d’une « nouvelle ère de la pensée politique » frappant à la porte de l’Europe « car les gens veulent des sociétés démocratiques et non des sociétés ouvertes » ? Le commissaire Moscovici a sans nul doute raison sur le fond lorsqu’il juge bon de « construire des projets fédérateurs à 28, ou à 27 par la suite ». Mais parce que cela n’a pas été fait avant, depuis les demandes d’adhésion consécutives à la chute du Mur et le dernier élargissement big bang en deux temps, il n’est pas sûr que les propos du Pr. Magnette soient pour autant inconvenants, bien au contraire. (À suivre)

Michel Theys

Sommaire

REPÈRES
POLITIQUES SECTORIELLES
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
COUR DE JUSTICE DE L'UE
SOCIAL - ÉDUCATION
ACTION EXTÉRIEURE
INFRACTIONS AU DROIT DE L'UE
BRÈVES
CORRIGENDUM