Le budget de 10,3 milliards d’euros adopté, vendredi 2 décembre, par les 22 États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) devrait permettre la continuité des programmes européens phares que sont Copernicus et Galileo, mais aussi le développement de Govsatcom.
Certes, le budget finalement arrêté est légèrement en deçà des 11 milliards d’euros initialement demandés par l’Agence (EUROPE 11681), mais ceci ne constitue en rien une mauvaise nouvelle pour Michel Praet, à la tête du bureau de l’ESA à Bruxelles. « C’est toujours mieux de demander plus pour avoir moins, que de demander moins quand les États peuvent donner plus » nous a-t-il expliqué. Pour lui, les différentes enveloppes décidées par programmes correspondent en réalité plus ou moins aux attentes de l’ESA, à l’exception du programme d’étude sur les techniques de déviation d’astéroïdes, Asteroid Impact Mission (AIM), qui n’a pas été retenu.
Quelque 1,2 milliard d’euros ont été fléchés sur l’observation terrestre, ce qui devrait permettre de maintenir tous les opérations prévues pour le programme Copernicus, pour lequel l’ESA prévoit de faire « la première source d’information environnementale basée sur des données spatiales ». Dans la résolution de la réunion ministérielle, les États membres prévoient d’ailleurs de faire évoluer les capacités européennes en matière d’observation, dans le cadre de l’accord sur Copernicus entre l’ESA et l’UE. Le fléchage entre les différents programmes tombant sous cette enveloppe n’a pas été encore arrêté pour l’heure.
Concernant l’enveloppe consacrée à la navigation, l’ESA a sécurisé 69 millions d’euros, là où elle espérait 100 millions d’euros. Une telle somme devrait être suffisante pour poursuivre l’objectif de faire du programme Galileo, l’un des « deux meilleurs systèmes de position par satellite (GNSS) » au monde, l’autre étant le GPS américain. Par ailleurs, le projet de lancer le programme précurseur de communication cryptée Govsatcom (‘Govsatcom precursor’), mentionné dans la stratégie spatiale de la Commission européenne (EUROPE 11655), devrait être également maintenu. Dans ce cas, ce projet serait mené entre l’ESA, la Commission, l’Agence européenne de défense et le Service européen pour l’action extérieure.
Enfin, l’enveloppe de 1,6 milliard d’euros destinés aux lanceurs permettra à terme le développement d’Ariane 6 et de Vega C, mais aussi le développement d'un moteur à oxygène liquide/méthane réutilisable, selon le directeur des lanceurs Daniel Neuenschwander, cité par Space News.
Parmi les décisions phares à mentionner, les États membres ont donné leur feu vert pour la poursuite du programme ExoMars, pourtant marqué, à ce jour, d’un succès en demi-teinte, et confirment leur participation au programme de la Station spatiale internationale jusqu’à 2024.
L’Allemagne pour l’ISS, l’Italie pour ExoMars, la France pour les lanceurs et le Royaume-Uni en embuscade
Le Royaume-Uni, qui anticipe un 'Brexit' dont l’impact sur le secteur spatial suscite craintes et espoirs (EUROPE 11663), a considéré que la consolidation de ses activités spatiales passait par l’ESA, et a annoncé 1,4 milliards d’euros pour les 5 prochaines années. L’Allemagne a appuyé pour sa part la poursuite de la coopération dans le cadre de l’ISS, comme l’a expliqué la secrétaire d’État allemande à l’Espace, Brigitte Zypries. De leur côté, les Italiens ont appuyé le programme Exomars et les Français le programme pour les lanceurs.
Contrairement au cadre financier pluriannuel de l’UE, le budget de l’ESA ne correspond pas à un cycle défini mais varie selon les programmes. La Commission a ainsi repris une proposition de l’ESA et présentera en 2017 un cadre commun administratif et financier pour les programmes spatiaux (EUROPE 11678). L’UE et l’ESA ont signé fin octobre une déclaration commune pour promouvoir une coopération accrue dans le domaine spatial (EUROPE 11647). (Pascal Hansens)