Les ministres des Finances de la zone euro sont d'avis que l'orientation budgétaire agrégée pour l'Eurozone doit être neutre, désavouant ainsi la Commission européenne qui prônait une politique budgétaire légèrement orientée vers la dépense à hauteur de 0,5% du PIB (EUROPE 11669).
« En juillet, l'Eurogroupe a conclu, sur la base d'une analyse de la Commission, qu'une orientation budgétaire agrégée globalement neutre pour 2017 était équilibrée. L'Eurogroupe souligne aujourd'hui l'importance de trouver l'équilibre approprié entre le besoin de garantir la stabilité (budgétaire) et le besoin de soutenir l'investissement pour renforcer la reprise fragile », ont déclaré les dix-neuf ministres, lundi 5 décembre, dans un communiqué.
« Arrêter un chiffre et en faire une cible, cela n'a pas été arrêté par l'Eurogroupe », a déclaré son président Jeroen Dijsselbloem. L'Allemagne, la Finlande et la Slovaquie font partie des pays les plus hostiles à une politique expansionniste. Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a jugé « plus important » que l'Eurogroupe reprenne à son compte le raisonnement économique de la Commission européenne qu'un simple chiffre cible.
Selon M. Dijsselbloem, seuls l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg, dont les performances dépassent les objectifs fixés à moyen terme, disposent, à ce stade, des marges de manœuvre budgétaires qui leur permettraient de dépenser plus. Dans leur déclaration, les ministres des Finances de la zone euro reconnaissent en effet que ces trois pays « pourraient faire usage de leur position budgétaire favorable pour renforcer davantage la demande interne et la croissance potentielle, en fonction de leurs circonstances propres ».
En excédent budgétaire depuis 2015, l'Allemagne enregistrera un excédent de 0,6% du PIB en 2016 et 0,4% en 2017. Le Luxembourg devrait enregistrer un excédent de 1,3% du PIB en 2016 et être à l'équilibre l'année prochaine. Aux Pays-Bas, le déficit public devrait être réduit de -0,8% à -0,3% du PIB. Dans notre pays, « nous dépensons plus et réduisons le déficit en même temps », a indiqué M. Dijsselbloem, qui est aussi le ministre néerlandais des Finances.
Le paradoxe, a-t-il noté, est que les pays ayant les moyens de mener une politique plus expansionniste ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin. Et d'ajouter qu'aucune autre décision visant à accroître la convergence des politiques budgétaires au niveau de la zone euro ne pourra être prise tant que des étapes politiques d'intégration n'auront pas été franchies.
La Commission présentera au printemps 2017 un Livre blanc de réflexion sur l'avenir de l'Union économique et monétaire qui fera le point sur les mesures préconisées dans le rapport dit des '5 présidents' (EUROPE 11340). (Mathieu Bion)