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Bulletin Quotidien Europe N° 11682
Sommaire Publication complète Par article 34 / 34
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / BibliothÈque europÉenne

N° 1162

***    GUY VERHOFSTADT : Le mal européen. Marque belge et Editions Plon (12 av. d’Italie, F-75013 Paris. Tél. : (33-1) 44160900 – fax : 44160901 – Internet : http://www.plon.fr ou http://www.marquebelge.com ).  Collection « Tribune libre ». 2016, 422 p., 17 €. ISBN 978-2-259-24912-6.

Par cet ouvrage écrit à l’origine en néerlandais, l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, figure de proue du fédéralisme européen actuel et désormais prétendant à la présidence du Parlement européen au nom du Groupe des libéraux et démocrates européens, s’en prend avec méthode et virulence à tous ceux qui risquent de rester dans l’Histoire comme les fossoyeurs de l’Europe portée sur les fonts baptismaux à l’époque de Monnet et de Schuman. Il accuse ceux qui président aux destinées de l’Union européenne d’usurper le titre d’héritiers des « pères fondateurs », tant il est évident à ses yeux que « l’Europe actuelle est à mille lieues du plan que soutenaient Schuman, Churchill, De Gasperi, Spaak, en somme toute la génération politique d’après-guerre ». Dans sa préface, son complice Daniel Cohn-Bendit lui donne raison, brocardant les « guéguerres incessantes » que se livrent des « roitelets » nationaux incapables de « penser l’action politique ainsi que sa légitimité en dehors du carcan national », ce qui fait désormais le lit d’un intergouvernementalisme mortifère en ce qu’il pourrait carrément conduire au démembrement de l’Union.

Pour avoir de longues années fréquenté le Conseil européen et observé les agissements de ce dernier et des autres institutions de l’Union depuis l’hémicycle du Parlement européen, Guy Verhofstadt établit un acte d’accusation particulièrement précis sur la base de sa riche expérience politique. Ses traits acérés font mouche la plupart du temps. C’est le cas par exemple lorsqu’il observe que l’Union souffre d’une forme particulière du syndrome de Korsakoff, cette maladie qui interdit la création de nouveaux souvenirs et efface les informations inscrites dans la mémoire du patient avant qu’il ne contracte l’affection. Ce sont de tels malades qui sont de nos jours aux commandes de l’Europe, eux qui croient « encore vivre dans le monde d’hier, quelque part entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, une période où les Etats-nations donnaient le ton ». Ils trahissent ainsi les « plans révolutionnaires pour l’Europe » lancés par des visionnaires dans les années 50. La dégénérescence morale du projet et de l’idéal européens est analysée de manière implacable, l’auteur se désolant que l’Europe reste un « nain » sur la scène mondiale, déplorant tour à tour « l’affection chronique du nationalisme » et la « politique du plombier », dénonçant « le scandale hongrois » et « la fosse commune de la Méditerranée », sans compter la faiblesse de la réponse de l’Europe et de ses Etats membres au défi du djihad. Il décline ensuite les travers qui conduisent à « la déchéance matérielle », qu’il s’agisse du déclin de l’industrie européenne, du désert numérique, du resserrement du crédit, d’un « marché du travail obèse », du « marécage des institutions européennes » ou de la « chimère du budget européen ». Il stigmatise enfin différentes erreurs de diagnostic, de la tentation d’un « Grexit » à la réalité du « Brexit » et à la possibilité d’autres exits en passant par la menace d’un « euro-Nord » et d’un « euro-Sud ».

Ce réquisitoire est accablant, d’une pertinence cruelle, d’une brutalité qui n’épargne rien ni personne, pas même ce qui se fait à Berlin ou à Paris. Le tableau ainsi brossé est suffisamment sombre, noir même, pour amener le lecteur à se demander s’il est encore possible d’éviter que le rêve européen ne se transforme in fine en cauchemar. Le combattant qu’est Guy Verhofstadt trouve, dans les derniers chapitres du livre, les mots et des idées susceptibles de raviver la flamme, de ressusciter l’espoir. A ceux qui jugent qu’espérer des « Etats-Unis d’Europe » relève du fantasme, il réplique que le passage à une Europe fédérale serait la solution la plus sage, la plus intelligente et pragmatique alors que la mondialisation ronge implacablement les souverainetés nationales des pays européens, même les plus grands, ceux-ci étant désormais des fétus de paille face aux pays-continents du monde. Pour sauver le projet européen, il sort judicieusement des oubliettes de l’histoire le projet « avant-gardiste » de Constitution européenne élaboré en 1953 par l’homme politique et juriste allemand Heinrich von Brentano, bientôt tué dans l’œuf par l’Assemblée nationale française en 1954 sous l’action des gaullistes et des communistes. « La lecture de la Constitution de von Brentano révèle au premier regard qu’une Union démocratique et efficace, à l’image des Etats-Unis, reposant sur des compétences clairement délimitées et des institutions transparentes, n’est pas une utopie », juge l’auteur. Sa lecture personnelle de cette Constitution incite à penser qu’il n’a pas tort !  Michel Theys

***    NAPOLEON MARAVEYIAS (sous la dir. de) : L’Union européenne. La création, l’évolution, les perspectives. Editions Kritiki (4 rue Papadiamantopoulou, GR-11528 Athènes. Tél. : (30-210) 8211811 – fax : 8211026 – Courriel : biblia@kritiki.gr – Internet : http://www.kritiki.gr ). 2016, 544 p., 35 €. ISBN 978-960-586-114-8.

Professeur d’analyse macroéconomique et de l'intégration économique européenne au sein du Département Science politique et administration publique de l’Université d'Athènes, Napoléon Maraveyias implique son équipe, forte d’une trentaine d’économistes, dans ce livre qui apporte des réponses à des questions profondes et de très grande actualité. Comment l'Union européenne pourrait-elle devenir plus démocratique et mieux entendre les besoins de la majorité de ses citoyens ? De quelle manière la zone euro pourrait-elle être transformée en véritable Union monétaire, disposant d’une politique fiscale commune qui puisse assurer une péréquation équitable pour tous, les pays membres les plus riches comme les plus pauvres ? Y a-t-il encore aujourd’hui des forces économiques, sociales et politiques ayant intérêt à ce que l'intégration européenne se poursuive ? La politique commerciale commune et la politique de concurrence peuvent-elles satisfaire tous les États membres ? L’Union européenne sera-t-elle un jour en mesure de disposer de politiques étrangère et de défense communes ? N’est-il pas illusoire aussi de vouloir la doter d’une politique de l'immigration qui satisfasse tous les Etats membres ? C’est à ces questions et à bien d'autres que les auteurs apportent des réponses scientifiquement étayées.  (AKa) 

*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Politique comparée : convergences et différences (Vol 6). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 533 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0718-9.

Ce sixième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit pas moins de vingt spécialistes du monde académique s’intéresser à la politique comparée qui est au cœur de la science politique, étant souvent la matrice des principales conclusions qui sont tirées à propos des phénomènes politiques. Elles ouvrent aussi la voie à des interprétations secondaires allant au-delà des cas individuels, sans compter que, comme le soulignent les chercheurs, elles peuvent embrasser toutes les catégories de phénomènes politiques, ce au plan national comme supranational. L’ouvrage permet de saisir les différentes approches comparatives, leur nature, leurs différences, les divergences auxquelles elles peuvent aussi parfois aboutir.  (AKa)

***    KIRIAKOS KENTROTIS : L'Union européenne de football. Editions Gutenberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3642003 – fax : 3642030 – Courriel : info@dardanosnet.gr). 2016, 226 p., 15 €. ISBN 978-960-01-1776-9.

Dans ces pages, l'Union européenne est présentée comme une « équipe qui joue au football depuis des décennies dans des tournois de toutes les catégories, dans les stades d'Europe et du monde ». Son parcours est saisi dans le cadre d'un match de football, avec tout le rituel et les protagonistes propres à ce type de rencontres sportives. Grâce à l'attrait incontestable de football, à son aura populaire dans le monde le monde entier, l’auteur a trouvé un moyen d’explorer de manière intelligible l'intégration européenne par-delà les traités, l'acquis communautaire, la gouvernance bureaucratique et managériale de l'Union. D’après le Pr. Kiriakos Kentrotis (Département des études balkaniques de l’Université de Macédoine), il est possible de mieux comprendre l’ovni qu’est l’Union européenne en utilisant des exemples et des symboles qu’offre le football, notamment lorsque celui-ci est appréhendé par la plume lyrique d'Eduardo Galeano et sa surévaluation de l’équipe de Barcelone. Guidés par leurs slogans respectifs "Unie dans la diversité" et "Plus qu'un club" (Mas que un club), l’Union et le FC Barcelona ont enregistré des changements temporels dans la nature et le contenu de leurs identités. À l'ère de l'instrumentalisation de chaque activité et du profit perpétuel, la magie des images de football est de nature à (ré)enchanter les nouveaux stades de la politique avec l’éveil des souvenirs de l'enfance et de l'éducation au-delà de toute possibilité de discrimination et d'exclusion. Comme le note éloquemment Galeano, « le football a tenu une place importante dans la réalité latino-américaine, parfois la plus importante, bien que ce fait soit ignoré par les idéologues qui aiment l'humanité, mais détestent les gens ».   (AKa)

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