Bruxelles, 01/10/2015 (Agence Europe) - Dans un document d'orientation adopté mercredi 30 septembre, le groupe PPE au Parlement européen souligne ses réserves à l'égard des deux nouveaux projets de gazoducs visant à relier la Russie à l'UE, le Nord Stream 2 au nord et le Turkish Stream au sud.
« Nous soutenons l'abandon du projet South Stream et sommes contre sa nouvelle réitération dans la forme du projet Turkish Stream, car il ne ferait que renforcer la dépendance existante (du même fournisseur de gaz, NDLR) et il est contraire au principe de la diversification de l'UE », souligne le groupe PPE, dans le document dont EUROPE a obtenu une copie avant sa publication.
Quant au projet de doublement des capacités du gazoduc Nord Stream, Nord Stream 2, le groupe PPE dit « [considérer] qu'il n'est pas en ligne avec la stratégie de l'UE en matière de diversification des sources d'approvisionnement et des routes de transit d'énergie importée, ce qui renforce la dépendance de l'UE de l'approvisionnement en gaz russe ». Le groupe demande donc à la Commission et au Service d'action extérieure d'« évaluer minutieusement » la compatibilité de ce projet avec la législation pertinente de l'UE.
Dans la foulée du retrait de son projet South Stream, le gazier russe Gazprom a signé avec le gazier turc Botas, en décembre 2014, un protocole d'accord pour la construction d'un gazoduc alternatif, le Turkish Stream, qui entend fournir 16 milliards de m3 de gaz par an à la Turquie et délivrer à la frontière gréco-turque 47 milliards de m3 de gaz par an destinés au marché européen.
Gazprom a aussi signé avec cinq partenaires européens, le 4 septembre, un pacte d'actionnaires pour bâtir le projet Nord Stream-2, qui vise à relier la Russie au marché européen à travers la mer Baltique via deux nouveaux gazoducs afin de doubler la capacité du gazoduc Nord Stream, en service depuis 2012, pour la porter de 55 à 110 milliards de m3 par an. Gazprom pilotera ce projet auquel sont associés les énergéticiens allemands E.ON et BASF-Wintershall, l'autrichien OMV et l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell (10% des parts chacun) et le français ENGIE (9% des parts).
Pour ces deux projets, la Commission a demandé des clarifications à la Russie, notamment lors de la rencontre bilatérale entre le commissaire en charge de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, et le ministre russe de l'Énergie, Alexander Novak, le 11 septembre dernier (EUROPE 11387).
Massimiliano Salini prône la relance de South Stream. Dans un communiqué publié après la réunion du groupe PPE du 30 septembre, le député italien Massimilano Salini (Forza Italia) prône, en parallèle au projet Nord Stream 2 qui bénéficierait avant tout à l'Allemagne, la construction d'une « infrastructure critique pour l'Europe du Sud », suggérant la relance du projet South Stream.
« Le doublement de Nord Stream permet l'approvisionnement de l'Allemagne en gaz russe sans rencontrer de problèmes de transit. Il s'agit d'une victoire pour l'Europe seulement si ce projet est réalisé parallèlement à une relance de South Stream qui a été bloqué par les institutions de l'UE dans la précédente législature. Autrement, nous serions face à une tentative allemande de construire 'son' gazoduc, c'est-à-dire une voie préférentielle pour son approvisionnement en énergie », estime M. Salini.
« Il est compréhensible que l'Allemagne ouvre la porte à ce type de projet, mais rappelons-nous que l'UE s'est fixé l'objectif de ne pas augmenter la dépendance énergétique envers la Russie, qui est actuellement de 53% de notre consommation. Si l'Allemagne veut 'son' pipeline, elle doit toutefois veiller à ce qu'une infrastructure critique pour l'Europe du Sud ne reste pas lettre morte. South Stream va dans ce sens, et le projet s'est enlisé à cause du contentieux sur le passage des conduites de gaz sur le territoire européen ainsi que du fait des sanctions de l'UE à l'encontre de la Russie », poursuit-il.
Pour M. Salini, il faut profiter du moment où la Russie connaît une « désillusion croissante » dans son partenariat avec la Chine et montre un « nouvel engagement international » dans la lutte contre le terrorisme islamiste pour « relâcher au plus vite les sanctions qui nuisent aux intérêts économiques de l'UE ». « Maintenant, l'Italie doit garantir une égalité de traitement dans l'UE qui ne discrimine pas sur le plan énergétique les pays du Sud par rapport à l'Allemagne », conclut-il. (Emmanuel Hagry)