Bruxelles, 16/12/2014 (Agence Europe) - Le hasard de calendrier était, aux yeux de certains, trop gros pour être vrai. Lors d'une visite en Grèce à la veille d'un premier tour de vote présidentiel crucial au Parlement national, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a passé une bonne partie de la conférence de presse qu'il a tenue à assurer qu'il n'était pas là pour intervenir dans la politique interne du pays.
« Je ne suis pas impliqué dans la politique interne de la Grèce, je ne veux pas du tout interférer », a dit M. Moscovici, expliquant qu'il était là parce que, juste une semaine auparavant, l'Eurogroupe avait accepté une extension de deux mois du programme grec.
Plus tôt dans la journée, un membre de son parti politique, Guillaume Balas, avait vivement critiqué sa décision de se rendre dans la capitale grecque. « À aucun moment je n'ai vu quelque part que nous étions une fédération avec un gouvernement qui recevait un mandat pour aller soutenir telle ou telle famille politique. Cela pose une question de souveraineté », a dit M. Balas au Figaro, ajoutant que « vu le contexte politique (…) ce que font Juncker et Moscovici, c'est une provocation qui peut faire augmenter le sentiment anti-européen».
« Je ne suis pas ici comme un supporter ou un détracteur », a assuré M. Moscocivi, « mais pour une visite de travail ». Il s'est par ailleurs dit prêt à rencontrer le chef de l'opposition, Alexis Tsipras, dans les prochaines semaines à Bruxelles, si celui-ci en faisait la demande. Pour l'heure, en tant que commissaire européen qui a promis depuis longtemps que sa première visite serait en Grèce, il est « normal d'être à Athènes et de discuter avec les autorités légitimes ».
Si pour l'heure, rien ne dit avec certitude que le pays sera mené aux élections anticipées (si le gouvernement échoue à réunir 180 voix au Parlement pour l'élection du président - il peut s'appuyer sur 155 députés, NdlR.), M. Moscovici était tout de même venu à Athènes avec un message à l'adresse de la population grecque. « Il n'y a rien de dramatique à cette extension de programme (…) il ne s'agit pas de faire en sorte que la 'troïka' reste plus longtemps que prévu », a dit M. Moscovici, parlant d'une prochaine phase tournée vers la croissance. À l'issue de ce programme, malgré la ligne de crédit, la surveillance que l'eurozone prépare sera « plus légère, moins intrusive », a indiqué le commissaire, allant jusqu'à dire que la 'troïka' s'en irait après février. Cette affirmation a ses limites car le Two-pack prévoit une surveillance post-programme semestrielle jusqu'à ce que le pays ait remboursé 75% des prêts perçus. Dans le cas de la Grèce, ce n'est pas pour tout de suite. Mais la Commission n'en veut pas moins une relation « plus normale et de confiance » avec la Grèce.
Interrogé sur un potentiel plan B de la Commission si la coalition Zyriza accédait au pouvoir à l'issue d'éventuelles élections, M. Moscovici s'est limité à répondre qu'il détestait les plans B. (EL)