Bruxelles, 16/12/2014 (Agence Europe) - Les investissements européens dans les aéroports seraient une faillite, selon la Cour européenne des comptes. Construits trop près les uns des autres ou n'attirant pas assez de passagers, certains aéroports subsidiés s'avèrent trop peu rentables ou sous-utilisés, révèle un rapport spécial publié mardi 16 décembre.
La Cour des comptes illustre ses conclusions par l'exemple d'un petit aéroport régional (non autonome financièrement) où l'extension d'une piste a été subsidiée (16,5 millions). Or, le type d'avion pour lequel cette piste a été construite n'a jamais atterri.
En tout, c'est une vingtaine d'aéroports italiens, grecs, espagnols, polonais et estoniens, financés par des fonds européens entre 2000 et 2013, qui a été soumise à un audit par la Cour des comptes (pour une contribution d'environ 600 millions d'euros par le FEDER, le Fonds de Cohésion et le Réseau transeuropéen de transport). Seule la moitié des aéroports bénéficiaires pouvait démontrer l'intérêt de l'investissement européen par une augmentation du trafic, mais, plus souvent, les infrastructures s'avéraient peu ou pas utilisées (dans ce dernier cas, jusqu'à 38 millions d'euros auraient été perdus). Une dizaine d'aéroports aurait en effet surestimé la croissance du trafic, estime la Cour des comptes, mais aussi les retombées socio-économiques, comme la création d'emplois. Les coûts et les délais de construction auraient par contre été sous-estimés dans certains cas, nécessitant une rallonge allant jusqu'à 100 millions de la part des budgets nationaux.
La Cour des comptes attribue le gaspillage dans certains cas des financements européens au manque de coordination par les États membres (pas de plan stratégique) et de supervision de la part de la Commission européenne (non informée des projets et des financements).
Le chargé de rapport, George Pufan, avertit que, si l'Europe veut pouvoir satisfaire la demande qui doublera d'ici 2030, Commission et États membres ont tout intérêt à améliorer la façon dont ils investissent dans les aéroports: « en finançant uniquement ceux qui sont rentables et pour lesquels les besoins en matière d'investissements sont réels ».
En réaction à ce rapport, le porte-parole de la Commission européenne, Jakub Adamowicz, a fait savoir que l'approche serait radicalement différente sous la programmation financière 2014-2020 alors que le cadre réglementaire a été rendu plus strict. (MD)