Bruxelles, 11/12/2014 (Agence Europe) - Les sociaux-démocrates au Parlement européen font pression pour que le Conseil européen des 18-19 décembre avalise la suggestion de la Commission européenne de neutraliser au regard du Pacte de stabilité et de croissance les contributions directes des États au Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) prévu dans le plan 'Juncker' (EUROPE 11205).
Si ce concept de neutralité était accepté, ce serait une « révolution », a estimé la socialiste portugaise Maria João Rodrigues, jeudi 11 décembre, dans le cadre d'une présentation par le groupe S&D du PE du rapport 'Examen annuel et indépendant de la croissance' concocté par plusieurs organismes de recherche en analyse économique dont le français OFCE, le britannique ECLM, l'allemand IMK (voir autre nouvelle et EUROPE 11205 et 11215). Le groupe S&D est aussi d'avis que cette neutralité devrait s'appliquer aux financements nationaux au titre de programmes européens comme 'Horizon 2020' et, in fine, aux cofinancements nationaux de projets bénéficiant d'un soutien des fonds structurels.
Selon la socialiste portugaise, le prochain sommet devrait « aller plus loin » pour bâtir une réelle capacité d'investissement au niveau européen: fort de contributions nationales à son capital, le FEIS pourrait être habilité à emprunter sur les marchés. Attirer 315 milliards d'euros d'investissements privés sur 3 ans à travers le FEIS « ne correspond pas à l'échelle des investissements dont on a besoin en Europe », a justifié Mme Rodrigues, évoquant une enveloppe de « 1 000 milliards d'euros ». Au nom de l'OFCE, Xavier Timbeau a estimé le besoin annuel en investissement dans une fourchette de « 2 à 4% du PIB », soit 100 et 170 milliards d'euros respectivement pour l'eurozone et l'UE. Le chercheur français a vu d'un bon oeil la création d'un « véhicule supranational » capable de contracter une « dette mutualisée » et de redistribuer les montants empruntés dans l'UE moyennant l'imposition de conditions telles que « la discipline budgétaire ».
Contrairement au Mécanisme européen de stabilité (MES), le FEIS aura l'avantage de fonctionner sur une base communautaire, a estimé Mme Rodrigues. Le Parlement européen jouera pleinement son rôle de co-législateur et la Commission européenne siégera au conseil d'administration du fonds.
New Deal. L'eurodéputée a espéré que le Conseil européen sera en mesure de jeter les bases d'un 'New Deal'. D'après elle, la priorité de la politique budgétaire dans l'UE devrait être accordée à la croissance par l'investissement plutôt qu'à la consolidation budgétaire et, dans le même temps, l'accent devrait être mis sur les réformes structurelles qui accroissent le potentiel de croissance d'un pays (éducation, recherche, modernisation de l'administration), au lieu de se focaliser sur les coupes dans les dépenses publiques et le coût du travail. C'est ce qui se produit actuellement, a-t-elle constaté: en échange de l'acceptation par l'UE d'« un rythme plus raisonnable de consolidation budgétaire, la France et l'Italie acceptent les réformes ». (MB)