Bruxelles, 21/05/2014 (Agence Europe) - Dans une seconde lettre adressée mercredi 21 mai au président russe, Vladimir Poutine, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, appelle la Russie à respecter son engagement de poursuivre ses livraisons de gaz à l'Europe, alors que Moscou menace de couper les approvisionnements de l'Ukraine à compter du 3 juin.
Dans son courrier, M. Barroso rappelle que les discussions trilatérales entre la Russie, l'Ukraine et l'UE sur l'approvisionnement en gaz russe en lien avec la dette ukrainienne à l'égard du gazier russe Gazprom ont été lancées le 2 mai à Varsovie et sont en cours entre le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, et les ministres russe et ukrainien de l'Énergie, respectivement Alexander Novak et Iouri Prodan. « Lors de la réunion du 2 mai, il a été convenu d'assurer le suivi des discussions techniques, qui ont commencé le 12 mai, ainsi que d'autres réunions bilatérales entre le commissaire Oettinger et ses homologues russe et ukrainien », précise le chef de l'exécutif européen. La prochaine réunion ministérielle trilatérale doit se tenir le 26 mai à Berlin, l'objectif restant de parvenir à une solution au différend gazier russo-ukrainien d'ici la fin mai.
« Les discussions ont notamment porté sur la question du prix des fournitures de gaz à l'Ukraine et établi la volonté du gouvernement ukrainien de payer les arriérés sur lesquels les parties se sont accordées. Il est impératif que toutes les parties continuent de s'engager de manière constructive dans ce processus et se mettent aussi d'accord sur un prix futur qui reflète les conditions de marché. Tant que se poursuivent les discussions trilatérales, les livraisons de gaz ne devraient pas être interrompues. Je compte sur la Russie pour maintenir cet engagement. Il relève de la responsabilité de Gazprom d'assurer les livraisons des volumes requis comme prévu dans les contrats passés avec les entreprises européennes. Je rappelle aussi que l'UE attend de la Russie qu'elle active le système d'alerte précoce à l'avance si jamais le besoin s'en fait sentir », écrit M. Barroso, répondant ainsi au second courrier que le président Poutine a adressé le 14 mai aux dirigeants d'une quinzaine d'États membres de l'UE fournis par le gazier russe Gazprom (EUROPE 11080).
Dans son second courrier, M. Poutine déplorait n'avoir reçu « aucune proposition concrète » de l'UE pour que l'Ukraine paie sa dette gazière cumulée ces trois derniers mois à l'égard de Gazprom. Le président russe avait aussi appelé l'UE à une « implication plus active ». La Russie réclame, depuis le 1er avril, un prix de 485 dollars les 1 000 mètres cubes pour le gaz qu'elle fournit à l'Ukraine, tandis que Kiev veut revenir aux 268,5 dollars négociés mi-décembre entre Kiev et Moscou, avant la destitution de l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, en février. Refusant de payer le gaz russe au nouveau tarif demandé, l'Ukraine n'a toujours pas soldé sa facture à l'égard du gazier russe Gazprom pour les trois derniers mois, de 2,2 milliards de dollars. La Russie menace désormais de réduire ses livraisons de gaz à l'Ukraine faute de prépaiement, en mai, des fournitures de juin. Avec ce prépaiement en mai, la dette cumulée par l'Ukraine atteint désormais 3,5 milliards de dollars. L'UE, qui importe 25% de son gaz de Russie, dont près de la moitié transite par l'Ukraine, ne veut pas courir le risque d'une nouvelle perturbation des livraisons de gaz russe, comme lors des différends gaziers russo-ukrainiens de 2006 et 2009.
Dans son courrier, M. Barroso souligne qu'« une solution structurelle exige que toutes les parties s'engagent à assurer la transparence et l'ouverture du marché dans le secteur du gaz ukrainien et des conditions transparentes pour le stockage de gaz et le transit de gaz via l'Ukraine, par exemple au moyen de la coopération entre tous les opérateurs de système de transmission en cause et de la construction de stations de comptage de gaz nécessaires à la frontière russo-ukrainienne. À cet égard, l'UE est prête à fournir des données réelles sur le flux de gaz entrant en provenance d'Ukraine. Je compte sur la Russie et l'Ukraine pour s'engager aussi à court terme pour fournir des données réelles sur les entrées de gaz et son transit à travers l'Ukraine », insiste le chef de l'exécutif européen. « L'UE s'attend clairement à ce que toutes les parties restent des partenaires fournisseurs et de transit fiables et responsables, ce qui est aussi dans leur propre intérêt. L'UE et d'autres bailleurs de fonds internationaux ont déjà apporté un soutien important à l'Ukraine et resteront engagés. Je m'attends aussi à une approche constructive de la Russie pour résoudre les problèmes », conclut M. Barroso, réaffirmant la volonté de l'UE de « poursuivre les discussions trilatérales pour aider à trouver une solution rapide et durable acceptable pour toutes les parties ». (EH)