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Bulletin Quotidien Europe N° 11018
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DÉBATS D'EUROPE / (ae) olivier jehin

Mémento à l'attention des citoyens européens

Bruxelles, 13/02/2014 (Agence Europe) - Centrafrique, Sud-Soudan, Mali, Libye, Égypte, Liban, Syrie, Irak, Afghanistan… La liste des conflits et des attentats meurtriers à quelques milliers de kilomètres de nos côtes est longue en ce début d'année 2014. Plus près de nous, en Ukraine, des centaines de milliers d'hommes et de femmes cherchent à changer le cours de l'histoire. Des tensions et des conflits latents subsistent, dans les Balkans, le Caucase, ou apparaissent au sein d'une Turquie pourtant candidate à l'adhésion à l'Union européenne. Dans ce monde, l'Europe demeure, en dépit de la profonde crise économique, sociale et politique qu'elle traverse, un espace de paix et de liberté qui continue d'être un pôle d'attraction pour ceux qui rêvent d'un monde meilleur.

Si, comme le dit Hegel, « l'histoire est le progrès de la conscience de la liberté », il est frappant de voir le peu de cas que nous, Européens, faisons de l'état de paix et de liberté auquel nous sommes parvenus après un siècle et demi de révolutions sanglantes, de guerres fratricides, de génocides… Comment ne pas s'en souvenir en cette année qui marque à la fois le 100ème anniversaire du début de la Première Guerre mondiale et le deux centième anniversaire de la première abdication de Napoléon ?

Et pourtant, ces bénéfices flagrants de l'intégration européenne sont de plus en plus souvent ignorés par nombre de nos concitoyens, à telle enseigne que les communicants politiques cherchent désespérément ce que l'on appelle dans le jargon bruxellois un nouveau 'narrative' censé mieux promouvoir l'idée européenne. Or, n'en déplaise aux jeunes générations, pour lesquelles la guerre relève des manuels d'histoire et d'images télévisées provenant de continents exotiques, la paix et la liberté ne sont jamais acquises. Leur conservation dépend au quotidien de la politique et de la diplomatie et peut dépendre demain de la capacité à mobiliser un outil de défense efficace. Poursuivre l'intégration européenne et doter l'Union d'instruments de défense collective de nos intérêts, de nos libertés et de la paix, qui nous permettent de les exercer et de relancer notre économie, devraient constituer notre première priorité.

Malheureusement, la raison ne gouverne pas toujours la politique. Ou, pour reprendre une formule de Gustave Le Bon: « On domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions qu'en s'occupant de leurs intérêts ». Et les périodes de crises - celle que nous traversons est par son ampleur comparable à celle des années 1930 - sont particulièrement propices au déchaînement des passions et des égoïsmes. Comme José Manuel Barroso, j'aimerais croire que les partis extrémistes, populistes et eurosceptiques ne l'emporteront pas et que les forces politiques traditionnelles peuvent gagner avec des « arguments rationnels ». Peut-on vraiment en être certain ? Les groupes europhobes feront-ils seulement, comme le dit Viviane Reding, « beaucoup de bruit » ? J'ai peur qu'ils fassent en définitive bien plus: même si l'on peut encore raisonnablement espérer que les deux grands groupes politiques (PPE et S&D) conserveront ensemble, ou avec l'appui de l'ADLE, la majorité, les résultats enregistrés par les extrémistes et les populistes risquent d'être considérables et peut-être même d'entraver demain le bon fonctionnement du Parlement européen.

Si, partout en Europe, des élus appartenant aux grands partis ont fertilisé le terrain de l'euroscepticisme par des discours récurrents accusant « Bruxelles » de tous les maux, le Royaume-Uni est la première victime de cette affection pernicieuse. Les critiques et les exigences de réforme portées par David Cameron et d'autres membres de son gouvernement à l'encontre de l'Union européenne, la promesse de référendum sur la participation ou la sortie du Royaume-Uni, le référendum sur l'indépendance de l'Écosse et les propos parfaitement contradictoires tentant de justifier le rejet de cette indépendance par le fait de devoir rester au sein du Royaume-Uni pour conserver les avantages de la participation de celui-ci à l'Union européenne relèvent d'un état de schizophrénie avancée. Il ne semble plus y avoir de limites à la surenchère politique, jusqu'au sein du parti conservateur où une centaine de parlementaires ont réclamé un droit de veto de la chambre des communes sur la législation européenne. Du pain béni pour UKIP, qui n'en demandait pas tant. En France, la crise, la gestion politique de l'équipe au pouvoir, la pression fiscale et des réformes sociétales mal vécues, ouvrent un boulevard aux partis extrémistes, dans une élection qui sert traditionnellement de défouloir collectif. En Allemagne, le parti anti-euro AfD, récemment rejoint par l'ancien patron de la fédération de l'industrie Hans-Olaf Henkel, pourrait avoir des élus: il a frôlé la barre des 5% nécessaires pour entrer au Bundestag, mais le seuil pour entrer au Parlement européen n'est que de 3%. En Autriche, l'extrême-droite a consolidé ses résultats lors des législatives de l'automne dernier et pourrait encore progresser lors des Européennes. Aux Pays-Bas, une initiative citoyenne soutenue par le parti populiste de Geert Wilders et tendant à introduire une possibilité de référendum sur les transferts de compétences, voire sur certaines lois européennes, vient de recueillir plus de 60 000 signatures. Quant aux pays les plus durement touchés par la crise, notamment dans le sud de l'Europe, ils connaissent des progressions spectaculaires des partis extrémistes. Ces quelques exemples soulignent combien il est urgent que tous les démocrates et tous ceux qui ont conscience de la valeur irremplaçable de l'unité européenne se mobilisent pour faire des élections des 22-25 mai une chance pour l'avenir.

(M. Jehin est jounaliste et rédacteur en chef du bihebdomadaire Europe Diplomatie & Défense)

 

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