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Bulletin Quotidien Europe N° 11012
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) climat

Horizon 2030, le Parlement veut trois objectifs contraignants

Bruxelles, 05/02/2014 (Agence Europe) - Pour la politique climatique de l'UE à l'horizon 2030, le Parlement européen réclame 3 objectifs contraignants: une réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% par rapport à 1990, au moins 30% d'énergies renouvelables dans la consommation totale finale de l'UE et 40% d'efficacité énergétique. C'est dans ce sens qu'il s'est prononcé, mercredi 5 février à Strasbourg, à une confortable majorité (341 voix pour, 263 contre 26 abstentions), relevant ainsi sensiblement le niveau d'ambition affiché par la Commission européenne dans le cadre proposé le 22 janvier pour une politique intégrée Climat/Énergie à l'horizon 2030 (EUROPE 11007, 11002).

Cette dernière n'ambitionne en effet qu'un seul objectif contraignant - 40% pour la réduction des émissions - et un objectif européen de 27% pour les renouvelables non contraignant pour les États membres, ce qui a suscité les critiques des eurodéputés. Ce faisant, le Parlement européen réitère la position exprimée le 9 janvier au prix d'un compromis arraché de haute lutte entre ses commissions de l'environnement et de l'industrie, et adresse un signal fort au Conseil européen des 20 et 21 mars, à la très grande satisfaction des députés progressistes, mais au grand dam d'une coalition de députés conservateurs des groupes PPE et CRE.

La résolution adoptée précise que, pour pouvoir être mis en oeuvre, les trois objectifs contraignants doivent être déclinés en objectifs nationaux et que l'objectif d'au moins 40% pour l'efficacité énergétique (loin de l'objectif indicatif actuel de 20% que l'UE n'est pas en voie d'atteindre en 2020) est conforme à ce qu'indiquent des études sur le potentiel non exploité d'économies d'énergie à réaliser par l'UE avec un bon rapport coût-efficacité. Le Parlement demande aussi une évaluation obligatoire de l'impact sur l'environnement des activités de prospection et d'extraction du gaz de schiste ; l'arrêt progressif des subventions aux énergies fossiles ; le renforcement de la directive sur la qualité des carburants, qui impose actuellement au secteur pétrolier une réduction de 6% de ses émissions, après 2020 ; des mesures contre l'exploitation de combustibles fossiles non conventionnels tels que les sables bitumineux ; des critères de durabilité pour la biomasse solide et gazeuse à proposer par la Commission.

Anne Delvaux (PPE, belge), rapporteur, a salué ce résultat comme une grande victoire qui couronne 7 mois de négociations difficiles, notamment avec son groupe politique. « Ce vote conforte la vision progressiste d'une Europe où politiques climatique et industrielle se renforcent l'une l'autre, en faisant le choix d'un cadre responsable et porteur, tant en matière de protection de l'environnement qu'en termes de croissance et de compétitivité ! Avec un cadre à trois objectifs contraignants et réalistes en termes de réduction de gaz à effet de serre (GES), de production d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, nous restons cohérents vis-à-vis du cadre des trois 20 (du paquet climat de 2008 pour l'horizon 2020 - NDLR), tout en prenant soin de corriger les erreurs et les imperfections du cadre actuel », a-t-elle souligné.

Matthias Groote (S&D, allemand), qui préside la commission parlementaire de l'environnement, a salué ce vote « ambitieux, à des années lumière de la vision à courte vue de la Commission ».

Rebecca Harms, vice-présidente du groupe des Verts/ALE (allemande), est convaincue que « trois objectifs contraignants, c'est le seul moyen de protéger le climat et de renforcer l'économie européenne ». Satisfait, le Néerlandais Bas Eickhout, porte-parole des Verts/ALE pour les questions climatiques, estime que le vote du Parlement « devrait réorienter le débat et donner mandat aux gouvernements de prendre la bonne décision quand ils se prononceront sur la feuille de route 2030 en mars prochain ». Claude Turmes (Vert/ALE, luxembourgeois), porte-parole pour l'énergie, rappelle « le succès indéniable de l'objectif énergies renouvelables fixé pour 2020 » et juge donc « impératif que l'UE conserve cet élan en adoptant un objectif contraignant pour les énergies renouvelables, assorti de sous-objectifs nationaux ».

Corinne Lepage (ADLE, française) se réjouit du vote. « M. Barroso va devoir revoir sa copie sur les énergies renouvelables car en proposant un objectif non contraignant de 27%, la Commission risque de porter un coup dur au développement de notre industrie et à la politique du climat européenne. J'aurais préféré un objectif de réduction de gaz à effet de serre supérieur à 40% mais globalement les propositions du Parlement tracent une feuille de route cohérente vers la transition énergétique et le prochain paquet climat », a-t-elle déclaré. Konrad Szymanski (CRE, polonais), co-rapporteur, est furieux. Il juge qu'adopter ces objectifs avant les négociations climatiques onusiennes de Paris (COP 21) en 2015 est prématuré. « Nous ne devrions pas dévoiler toutes nos cartes avant que nos partenaires ne dévoilent les leurs », a-t-il fait valoir.

L'EWEA (European Wind Energy Association), la voix de l'industrie européenne de l'éolien, est ravie. « Le Parlement européen a résisté au lobby d'organisations à la vision rétrograde et voté en se fondant sur la réalité des faits, à savoir qu'un objectif ambitieux de renouvelables peut créer 570 000 emplois, permettre d'économiser 500 milliards d'euros d'importations de combustibles et réduire les coûts de l'énergie pour les industries énergivores », commente Stéphane Bourgeois de l'EWEA. (AN)

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