*** PHILIPPE D. GROSJEAN: Le Créatorat. Un nouveau paradigme pour la vie en société. BoD - Books on Demand (12/14 rond-point des Champs Élysées, F-75008 Paris. Tél.: (49-40) 534335-11 - fax: 534335-84 - Courriel: info@bod.de - Internet: http://www.bod.fr ). 2013, 187 p., 25 €. ISBN 978-2-322-03337-9.
Ingénieur de formation et activiste infatigable au service de la société civile, Philippe Grosjean jette un fameux pavé dans la mare avec cet ouvrage qu'Omar Aktouf, professeur de management à HEC Montréal, qualifie dans sa préface de « bouleversant au sens étymologique du mot ». Il n'a pas tort car l'auteur n'appelle à rien de moins qu'à… « abolir le salariat, tout comme jadis il a fallu abolir l'esclavage ».
En clair, Philippe Grosjean se veut porteur d'une nouvelle utopie. A-t-il tort face à la crise multiforme - « écologique, financière, économique, sociale, morale et éthique », égrène-t-il - que les sages qui dirigent le monde subissent avec les recettes du passé ? Lui trouve son inspiration chez le prix Nobel Ilya Prigogine et la philosophe Isabelle Stengers qui, dans leur ouvrage La nouvelle alliance, invitent à sortir du cadre et à repenser le paradigme dominant lorsque celui-ci ne permet plus d'apporter de solutions pertinentes aux problèmes qui se posent. Or, n'est-ce pas le cas pour ceux qui cherchent, entre autres, à relancer la croissance, à créer des emplois et à réduire la dette souveraine ? C'est devant le constat d'une impuissance des sages qui gouvernent l'Europe et le monde à sortir de ce qui s'apparente à une impasse civilisationnelle que l'auteur propose ce que le Pr. Aktouf appelle une « révolution copernicienne du paradigme de notre vie en société ».
Dans un premier temps, faisant un détour inattendu par la complémentarité des lois économiques avec les sciences physiques et la thermodynamique, Philippe Grosjean observe que le « travail humain, c'est l'usage et la détérioration, concomitante et irréversible, de sa propre énergie-matière interne auxquels un être humain consent délibérément en vue d'obtenir un résultat donné ». Il examine ensuite « l'action humaine », somme du travail humain dans la durée d'une vie professionnelle, à l'aune des travaux du philosophe, mathématicien et économiste américain David Ellerman sur les « droits inaliénables » et, en particulier, sur « le droit inaliénable de propriété que l'être humain détient sur le résultat de toutes ses actions conscientes et délibérées ». Sur cette base, il avance - et s'emploie à démontrer en trois chapitres successifs - que le système capitaliste du monde occidental, parce qu'il a sacralisé le contrat d'emploi salarié, viole les principes de base de la propriété privée, de la démocratie et de la théorie des contrats non frauduleux. Ne pouvant s'en satisfaire plus longtemps, il propose de substituer au salariat le « créatorat », néologisme qu'il apparente au professorat ou rectorat et qui consacrerait le principe voulant que, au nom de la dignité inhérente à l'être humain, celui-ci devrait « s'auto-employer » en toutes circonstances et revêtir les habits d'un « créateur » permanent au sein de la société des hommes, quel que soit l'objectif de son action.
C'est dans les temps de crise que la plupart des utopies fleurissent. Quel que soit le sort que le temps leur réservera en définitive, elles ont en tout cas le mérite de faire réfléchir, ce qui en soi une chose positive. Mais Philippe Grosjean, en rêveur pragmatique, va plus loin puisque, dans sa postface, il dessine un véritable plan de bataille institutionnel pour permettre aux « coopératives de créateurs » de devenir la règle au sein de l'Union européenne. Il préconise ainsi de répéter la « stratégie de l'arrêt Bosman ». Même si celui-ci a eu pas mal de retombées problématiques et même négatives, il suggère de suivre cet exemple pour obtenir de la Cour de justice, ou de la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg, un arrêt « créatorat » qui sanctionnerait l'illégitimité du contrat d'emploi salarié et entraînerait l'agonie du capitalisme à la sauce de Wall Street. D'où l'appel qu'il lance aux juristes, syndicalistes, chercheurs universitaires, défenseurs de l'économie sociale et solidaire qui seraient désireux de participer à cette croisade d'un genre nouveau.
Michel Theys
*** Confrontations Europe (227 bld. Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 43173283 - fax: 45561886 - Courriel: confrontations@confrontations.org - Internet: http://www.confrontations.org ). 2013, octobre-décembre, n° 103, 46 p., 7 €.
Le dernier ouvrage, « Europe, réveille-toi ! » (Bibliothèque européenne n° 10970/1026 du mardi 26 novembre dernier), publié par le fondateur de l'association Confrontations Europe, Philippe Herzog, est à l'honneur dans ce numéro, mais beaucoup d'autres sujets abordés méritent également l'attention. Tandis que le sénateur centriste Jean Arthuis se demande « où va la France », Carole Ulmer se fait plus précise en posant cette question: « La France est-elle prête à une refondation européenne ? » Pas sûr, aux yeux de la directrice des études de Confrontations Europe qui prône la création d'un gouvernement économique de la zone euro et, a minima, une révision de la Stratégie EUROPE 2020 mettant en valeur les « biens publics régionaux essentiels » et les « pratiques coopératives ». Même son de cloche chez Sylvie Goulard qui, envisageant « la France au miroir des élections allemandes », se demande si les récriminations quant à la « force allemande » ne sont pas un peu déplacées, tant celle-ci est amplifiée par la « faiblesse » française. Et cette élue à Strasbourg de lancer ce rappel à l'ordre: « avant de reprocher aux Allemands, comme on le fait en France, d'être devenus moins européens ou plus égoïstes, certains devraient se demander si nous-mêmes, les Italiens et d'autres encore, avons toujours été des partenaires fiables, solidaires, donnant aux Allemands l'envie de faire l'Europe ». A noter aussi trois dossiers consacrés au travail, « enjeu démocratique européen », à la Pologne qui « cherche sa voie » sur le plan énergétique et industriel, enfin au partenariat entre l'Union et l'Afrique. La revue reprend enfin l'entretien accordé à l'Agence Europe par le commissaire Michel Barnier à propos des grandes réformes bancaires (voir bulletin du 26 septembre dernier). (MT)
*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Novembre/décembre 2013, n° 82, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.
Cette revue progressiste de Belgique ouvre notamment ses colonnes, dans ce numéro, aux idées que développe David Graeber, anthropologue américain qui concilie un parcours académique prestigieux (London School of Economics après l'Université de Yale) avec un engagement de terrain teinté d'anarchie, à propos de l'histoire au long cours de la dette qu'il a consignée dans un ouvrage. Il y explique notamment, ainsi que dans l'entretien accordé à la revue, qu'une logique morale est au cœur de la construction de la notion de dette, celle-ci n'étant pourtant rien d'autre qu'une promesse qui, bien sûr, est à tenir, mais pas à n'importe quel prix: « Repayer une dette, pour un État par exemple, ne peut se faire au prix de la santé ou de l'alimentation de ses habitants », assène-t-il en observant notamment que « ne pas respecter ses promesses électorales n'a jamais empêché un politicien de se faire réélire ». Donc, le statut moral de la dette est, à ses yeux, illégitime et les actes commis en son nom sont « d'une immoralité absolue », ce qui devrait être apprécié par beaucoup par les temps qui courent, ainsi que cette remarque: « Vivre cette période sans la force de l'utopie serait une erreur ». Le sociologue Mateo Alaluf revient également sur sa dénonciation des « emplois foireux », soit les emplois économiquement inutiles qui ont empêché que se concrétise la promesse de Keynes de voir le progrès technologique permettre la réduction de la semaine de travail à 15 heures à la fin du siècle dernier. (PBo)
*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Novembre-décembre 2013, n° 397, 138 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-410-9.
Plus que jamais, Futuribles fait honneur, dans ce numéro, à sa nature de revue de prospective. Outre des contributions qui portent entre autres sur différents projets préoccupants en France, de la protection sociale à la réforme des retraites en passant par les difficultés des entreprises, des regards décapants sont posés sur la révolution transhumaniste, voire posthumaniste, qui pourrait avoir pris son essor à l'insu du plus grand nombre. D'abord, différents scientifiques signent un papier qui, sous le titre « les piliers d'un nouvel humanisme », les voient confronter notre monde aux limites de l'écosystème terrestre et appeler, partant, à une réconciliation de l'Homme avec les ressources de son environnement, donc à la mise en chantier à l'échelle du monde d'un mode de développement qui permette sa survie. Plus radicale encore est l'approche de Jean-Michel Besnier qui pose carrément la question de l'avenir de l'espèce humaine alors que celle-ci vit l'essor des nanotechnologies, des biotechnologies, de l'informatique et des sciences cognitives: « Les hommes sont-ils voués à disparaître, (…) à être augmentés grâce aux implants et prothèses destinés à booster leurs facultés, ou à être remplacés par une espèce inédite, le posthumain, artificiellement produite grâce au progrès des technosciences ? » Une question dérangeante et même angoissante à laquelle ce professeur d'éthique et de philosophie apporte des réponses aussi savantes que passionnantes. (MT)
*** STAVROS LIGEROS: Áðü ôçí êëåðôïêñáôßá óôç ÷ñåïêïðßá (De la kleptocratie à la faillite). Éditions Patakis (38 Pan. Tsaldari Str., GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3650069 - Courriel: info@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2012, 424 p., 17,50 €. ISBN 978-960-164-377-9.
La crise de la dette marque, en Grèce, l'effondrement d'un modèle virtuel de développement qui, tel qu'il a évolué, était caractéristique de la kleptocratie ambiante, avec son lot de déchets, d'irrationalisme, de parasitisme, d'arbitraire et d'impunité. Toutefois, la Grèce n'est pas le mouton noir de la zone euro, seulement le maillon faible d'une chaîne moins solide qu'il n'y paraît. Alors que l'euro est menacé par la crise systémique en cours, la Grèce est à ce titre, selon l'auteur, le premier pays membre de l'Union dans lequel est appliquée une thérapie de choc et où est osée une tentative de déconstruction de l'acquis social européen. Le résultat de cette expérimentation déterminera l'avenir non seulement des sociétés de la périphérie de l'Union, mais aussi de celles qui sont au cœur de celle-ci. Éditorialiste renommé du journal Kathimerini, Stavros Ligeros remonte, dans ce livre, aux racines de la crise avant d'analyser les divers aspects et caractéristiques de la crise. Il s'emploie notamment à vérifier si le dilemme était réellement entre « mémorandum ou faillite » et si la coupe brutale de la dette était vraiment la seule solution. Après avoir évalué les conséquences de la crise en termes de légitimité du pouvoir, il envisage enfin les scénarios de la possible faillite du pays ou de sa sortie de la zone euro. (AKa)
*** KOSTAS LAPAVITSAS (sous la dir. de): ÑÞîç ; (Rupture ?) ÄéÝîïäïò áðü ôçí êñßóç ôçò åõñùæþíçò (Moyen de sortir de la crise de la zone euro). Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2012, 182 p., 10 €. ISBN 978-960-14-2452-1.
Quelles sont les spécificités de l'euro en tant que monnaie de réserve mondiale ? Quel avenir se dessine pour les peuples qui subissent les programmes d'austérité en Europe ? Pourquoi la sortie de la Grèce de la zone euro serait-elle nécessaire ? Que se passerait-il pour les salaires et les pensions le lendemain de la sortie de la Grèce de la zone euro ? La dévaluation de la nouvelle drachme entraînerait-elle inévitablement une réduction des revenus du travail ? Comment pourra-t-on couvrir le déficit primaire du budget sans emprunt à l'étranger ? Ces questions sont quelques-unes de toutes celles qui sont examinées dans cette étude collective d'économistes. Leur objectif est d'offrir une alternative, scientifiquement étayée, à l'impasse sans précédent dans laquelle se trouve la société grecque. La voie préconisée vise à venir en aide à l'immense majorité de Grecs qui ont vu leur niveau de vie affecté durement, tant il est vrai, signalent les auteurs, que la politique de l'euro-austérité n'est pas à sens unique. (AKa)
*** YANNIS PRETENTERIS: Ï øõ÷ñüò åìöýëéïò (La guerre civile froide). Ôá ðñüóùðá êáé ôá ãåãïíüôá ðïõ äéÝëõóáí ìéá ÷þñá (Les personnes et les événements qui ont déchiré le pays). Éditions Patakis (voir coordonnées supra). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2012, 221 p., 10,50 €. ISBN 978-960-16-4752-4.
Voici trois ans, la Grèce a chuté et elle est immédiatement devenue la cible des parvenus. Avec la tragédie sociale qui en découle, c'est une guerre froide civile qui se déroule, sans conflits ni affrontements armés, mais avec passion, fanatisme et divisions internes. Telle est l'analyse du directeur du journal To Vima et présentateur d'une émission télévisée qui, dans ce livre, s'emploie à discerner comment cette chute s'est produite et pourquoi le pays tout entier a sombré si facilement, si brutalement. Le récit commence à partir de 2009 et se termine avec la double élection de mai et juin 2012. (AKa)
*** VERA PALEA: Financial Reporting under IAS/IFRS Theoretical Background and Capital Market Evidence. A European Perspective. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 173 p, 50.80 €. ISBN 978-3-0343-1403-
Œuvre d'une chercheuse à l'Université de Turin spécialisée dans les finances et la comptabilité, cet ouvrage s'intéresse à l'un des événements les plus importants et les plus controversés dans l'histoire récente de la compatibilité, à savoir l'adoption des normes comptables IAS/IFRS qui sont devenues la règle dans l'Espace économique européen en vertu d'un Règlement de novembre 2008. Adoptant le point de vue d'un investisseur, Vera Palea décrit le fond théorique sur lequel s'inscrivent ces normes et étudie leurs effets, notamment pour ce qui est de leur utilité comme informations financières pour les investisseurs et de leur coût pour les entreprises. L'auteur se concentre également sur question, largement controversée, de la comptabilisation à la juste valeur. Autant d'éclairages très utiles qui aideront les investisseurs à prendre leurs décisions et les entreprises à avoir accès à un marché financier plus efficace et plus rentable. (AKa)