*** SEBASTIEN MAILLARD: Qu'avons-nous fait de l'Europe ? Lettres à Robert Schuman. Éditions Salvator (103 rue Notre-Dame-des-Champs, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 53103838 - Courriel: contact@editions-salvator.com - Internet: http://www.editions-salvator.com ). 2013, 121 p., 14 €. ISBN 978-2-7067-1053-7.
Voici un livre bien sympathique. Il sert bien mieux la cause de l'aventure européenne que beaucoup de livres savants car il parlera au coeur des honnêtes citoyens européens qui le liront. Il est l'oeuvre d'un excellent journaliste français, aujourd'hui correspondant à Rome du quotidien La Croix après l'avoir été à Bruxelles quatre années durant. Rien d'étonnant, dès lors, qu'il se lise avec facilité. Le propos n'est pas léger pour autant, que du contraire même: ayant aussi enseigné les affaires européennes à Sciences Po et pour le Boston College, Sébastien Maillard est également un expert maîtrisant parfaitement son sujet. En l'occurrence, son atout est sa plume de journaliste de talent qui lui permet de gommer les connaissances techniques pour ne plus faire voir que la beauté du dessein d'ensemble, ainsi que les lignes de force et de fracture du projet initié voici soixante ans par Robert Schuman et Jean Monnet. Un autre atout de l'ouvrage est l'approche privilégiée par l'auteur, à savoir des lettres qu'il écrit et adresse à Robert Schuman pour lui faire part de son désarroi de citoyen européen devant la tournure prise par les événements dans l'Union des Vingt-huit. « En ces temps qui nous interrogent sur les fondements de notre projet d'unité » parce que « l'Europe traverse sans aucun doute la crise la plus grave de son histoire depuis la guerre de 1939-1945 », observe Jacques Delors dans sa préface, « faire de la patristique européenne n'est pas un exercice vain ». Et l'ancien président de la Commission européenne de préciser qu'à l'heure où « ce qu'il nous faut, ce sont deux ou trois dirigeants qui empoignent leur bâton de pèlerin pour tenter de faire renaître le bon vieil esprit », il est tout sauf inutile, à l'évidence, de se plonger dans un livre qui offre « une analyse très pertinente de ce que pouvaient être les pensées d'un homme d'État habité par la volonté d'unir les pays européens et par un humanisme fondé sur les valeurs fondamentales de notre longue histoire ».
Dans sa première missive, Sébastien Maillard s'intéresse au « mystère d'un geste », celui posé par Robert Schuman, ce « conservateur de tradition, de tempérament hésitant », cet homme de frontières qui était une « sorte de dernier des Lotharingiens », avec sa déclaration du 9 mai 1950 au salon de l'Horloge du Quai d'Orsay. « Dites à Monnet que je marche ». La décision du ministre français des Affaires étrangères d'alors est prise. Le projet de première Communauté, celle du charbon et de l'acier, prend forme dans un secret de nos jours impensable: « Il se serait bien trouvé un conseiller d'un cabinet hostile ou un ministre rival, ayant eu vent du projet, pour le confier en off à un journaliste ami. Ce dernier aurait aussitôt tweeté la nouvelle à ses followers. (…) Vous auriez démenti sans convaincre et la rumeur aurait couru de plus belle. (…) Des experts auraient été interviewés pour démontrer la folie du projet. Un sondage commandé par un opposant au projet aurait fait valoir qu'une large majorité de Français était contre l'unification européenne (…). Vos adversaires politiques auraient tôt fait d'exiger la tenue d'un référendum pour donner à votre projet un enterrement de première classe démocratique »… Et pourtant, Schuman et Monnet ont réussi, même si le temps est venu du « détournement, y compris sémantique, de votre projet » (une Communauté est quand même plus fraternelle qu'une Union, surtout lorsque celle-ci est réduite aux acquis, et encore !) et du « manque de volonté politique de le poursuivre ». Sébastien Maillard ne s'y résigne pas: « C'est en osant de nouveau regarder votre buste » - remisé au parc du Cinquantenaire plutôt qu'avoir été placé au centre du rond-point Schuman - « dans les yeux que je vous prie d'accepter, Monsieur le Ministre, non pas mes condoléances mais l'espoir que votre geste politique du 9 mai retrouve de sa fraîcheur et de sa fécondité ».
Il s'agit donc d'un livre de combat au service d'une idée de bon sens - « L'Europe est une entreprise de raison et non de sentiment », a écrit Schuman lui-même - qui se trouve aujourd'hui malmenée. Dans les quatre lettres qui suivent, Sébastien Maillard ranime la flamme de l'espoir. Et, miracle, Robert Schuman lui répond: « Vos lettres me sont bien parvenues »… Le « père de l'Europe » y parle de la vision à reformuler, de la relation franco-allemande à rebâtir, de la « confiance relationnelle » qui est à rétablir, y compris entre des institutions européenne qui « se méfient les unes des autres et se chamaillent ». Sous la plume de l'auteur, il estime que « la première question à aborder de front est celle du rapport de l'Angleterre au continent », tirant de cette alliance depuis toujours difficile cette leçon empreinte, elle aussi, de simple bon sens: « Qu'un pays candidat reprenne méthodiquement l'acquis juridique accumulé par les autres membres rentrés avant lui ne suffit pas. Il faudrait aussi s'assurer au préalable, et sans précipitation, que le pays adhère à une vision politique commune, partage une même volonté ». Mais précisément, le problème n'est-il pas que cette vision commune et cette même volonté sont absentes au sein du Conseil européen qui a signé, ces dernières années, le grand retour des « pratiques intergouvernementales, dont Jean Monnet et moi voulions précisément nous extraire » ? Se trouvera-t-il dès lors, ainsi que Jacques Delors le souhaite, deux ou trois dirigeants assez lucides pour redonner vie, dans les capitales, au bon vieil esprit ? Michel Theys
*** FRANCOIS ROTH, JACQUES HENNEQUIN: Robert Schuman, Conseiller général de la Moselle 1937-1949. Presses Interuniversitaires européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Cahiers Robert Schuman", n° 2. 2012, 128 p., 26,80 €. ISBN 978-2-87574-015-1.
Deux enseignants ont conjugué leurs savoirs pour offrir cet ouvrage qui met en lumière la manière dont Robert Schuman a assumé, avant de lancer son grand œuvre européen, son mandat le moins connu, celui de conseiller général de la Moselle. Ainsi se découvre notamment l'attachement de l'homme d'Etat mosellan à un territoire de frontières sur lequel son « engagement européen » s'est enraciné, rappelle Patrick Weiten, l'actuel président de ce Conseil général (dont l'histoire est contée par la même occasion), sa demeure de Scy-Chazelles continuant à en porter témoignage. (MT)
*** CHRISTOS LASKOS, EUCLID TSAKALOTOS: Crucible of Resistance. Greece, the Eurozone and the World Economic Crisis. Éditions Kapsimi (55-57 Zoodochou Pigis, Athènes. Tél: (30-1) 2103813838 - fax: 2103839713 - Courriel: info@kapsimi.gr - Internet: http://www.kapsimi.gr ). 2013. 192 p., 14 €. ISBN 978-074533380-9.
Oeuvre de deux enseignants universitaires qui sont surtout des membres actifs du parti grec de gauche radicale Syriza, cet ouvrage traite de la crise profonde que connaît la Grèce en lui cherchant des explications différentes de celles qui prévalent à Bruxelles et à Berlin. Les deux auteurs contestent ainsi que cette nouvelle tragédie puisse découler d'un quelconque « exceptionnalisme » grec, préférant la situer dans l'histoire bien plus large de la crise économique mondiale et, en particulier, de celle qui frappe la zone euro. L'économiste Laskos et le professeur et parlementaire Tsakalotos (Université d'Athènes) s'en prennent aussi à l'austérité drastique qui est imposée à leur pays, ce qui n'a pas manqué de susciter l'émergence de diverses formes de résistance, la montée en puissance de leur parti en étant l'une des manifestations. Pour eux, l'exceptionnalisme de la Grèce est en grande partie un mythe, rien d'autre qu'un mensonge destiné à faire oublier que cette crise globale procède d'un dérèglement de l'ordre économique néo-libéral qui a poussé au paroxysme les inégalités de revenus et de richesses qui minent rien de moins que les fondements des démocraties. Pour la Grèce et la zone euro dans son ensemble, une sortie progressive de la crise nécessite par conséquent de s'attaquer à l'ordre néo-libéral, mais aussi à ce qu'est devenu le régime keynésien social-démocrate. (AKa)
*** UWE PETERSEN: Unconventional Consideration Manners of the Economic Crisis III. What is to be done as a solution for the crisis? Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 120 p., 27,95 €. ISBN 978-3-631-64314-3.
Écrit à l'origine en allemand, cet ouvrage porte sur les maladies du système économique, ainsi que sur les possibilités de - et les limites à - les guérir. Lui-même économiste diplômé de l'Université de Heidelberg, Uwe Petersen commence par analyser les mesures traditionnelles de la politique économique et la manière dont elles ont été utilisées, ce qui l'amène à constater que les politiques conventionnelles ont à la fois seulement traité des symptômes et aggravé la fragilité du système économique. Par conséquent, il préconise de soigner la crise financière et économique par des moyens moins conventionnels mais plus acceptables du point de vue éthique. (AKa)
*** CESAREAO RODRIGUEZ-AGUILAR DE PRAT: Euroscepticism, Europhobia and Eurocriticism. The Radical Parties of the Right and Left vis-à-vis the European Union. Presses Interuniversitaires européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Euroclio », n° 75. 2013, 153 p., 38,50 €. ISBN 978-2-87574-041-0.
Écrit par un professeur de science politique à l'Université de Barcelone, cet ouvrage est d'une très grande actualité à l'approche des prochaines élections européennes qui risquent de voir triompher comme jamais les idées eurosceptiques. En réalité, explique l'auteur, l'euroscepticisme n'est toutefois rien d'autre qu'un concept fourre-tout qui rend fort mal toutes les nuances des types d'oppositions que suscite désormais le processus d'intégration européenne. C'est pour apporter un peu de clarté dans cette nébuleuse d'opposants que l'auteur analyse, dans ces pages, les manifestes et programmes présenté par vingt-deux partis lors du scrutin européen de 2009. De la sorte, il montre notamment que, si les partis de la droite radicale ne cachent nullement leur europhobie, rejetant à la fois les méthodes mais aussi le principe même de la construction européenne, les partis de la gauche radicale restent en théorie favorables au processus d'intégration, n'étant en désaccord qu'avec la direction que les autorités de l'Union donnent à celui-ci. (AKa)
*** MICHELE CHANG, JORG MONAR (sous la dir. de): The European Commission in the Post-Lisbon Era of Crises. Between Political Leadership and Policy Management. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Cahiers du Collège d'Europe / College of Europe Studies », n° 16. 2013. 298 p., 42.30 €. ISBN 978-2-87574-028-1.
La Commission européenne a été alternativement dépeinte par certains comme une institution toute puissante dictant sa loi dans trop de domaines et, par d'autres, comme une bureaucratie aux ordres des Etats membres. Alors que l'Union européenne s'est vue dans l'obligation, ces dernières années, de relever des défis importants, de la mise en œuvre du Traité de Lisbonne aux réponses à apporter à la crise économico-financière globale, comment la Commission Barroso s'est-elle comportée ? A-t-elle adapté sa structure institutionnelle et ses fonctions pour gagner en efficacité ou s'est-elle résolue à courber l'échine devant les initiatives émanant des Etats membres, certains de ceux-ci plus que d'autres ? Préfacé par le vice-président Maros Sefcovic, ce nouveau volume né dans le giron du Collège d'Europe à Bruges apporte des réponses scientifiquement pesées à ces réponses en passant en revue différents domaines politiques dans lesquels la Commission est - plus ou moins - impliquée. Ce sont les changements enregistrés au cours de la dernière décennie qui se trouvent ainsi finement analysés. (AKa)
*** LESZEK JESIEN: The European Union Presidency. Institutionalized Procedure of Political Leadership. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2013, 401 p., 91 €. ISBN 978-3-0343-1274-5.
Les questions posées dans ce livre et auxquelles un politologue polonais apporte des réponses portent sur le rôle et l'importance de la Présidence du Conseil dans l'Union européenne. Comment celle-ci a-t-elle pu gagner, au fil du temps, un rôle significatif pour les démarches de l'Union ? Est-elle parvenue à lancer des projets de grande envergure, à résoudre des problèmes majeurs ou, jusqu'au traité de Lisbonne, à représenter l'Union avec efficacité à l'extérieur ? Quels sont les défis principaux à relever pour bien les préparer et comment le sont-ils ? Les réponses de l'auteur à ces questions permettent de mieux cerner la manière dont la direction politique est exercée dans l'Union européenne et, plus important encore, l'influence de la Présidence sur l'évolution de l'intégration européenne. Autant d'éléments qui permettent non seulement d'expliquer le processus de l'intégration sur le long cours, mais fournissent également un cadre de référence pour les projets pratiques qui pourraient être retenus par de futures Présidences. (AKa)
*** JAMES ELLES: Reflections on European Issues. James Elles (Parlement européen, rue Wiertz, B-1047 Bruxelles. Tél.: (32-2) 22847951 - Courriel: james.elles@europarleuropa.eu - Internet: http://www.jameselles.com ). 2013, 260 p..
Dans la perspective du prochain rendez-vous électoral européen de 2014, l'eurodéputé britannique James Elles, membre du groupe des conservateurs et réformistes, publie ce recueil de réflexions sur des sujets qu'il a eu à traiter et des questions qui ne manqueront sans doute pas de rester d'actualité dans les mois et années à venir. Le thème central en est l'économie et la manière de concilier des mesures d'austérité indispensables et d'autres qui soient propres à stimuler la croissance. Tous les thèmes et sujets sont abordés par l'auteur en fonction d'une question de plus en plus lancinante, à savoir celle de la place du Royaume-Uni par rapport à l'Union européenne ou, pour le dire plus brutalement, in or out ? (AKa)