Vilnius, 16/09/2013 (Agence Europe) - Faut-il déjà réformer le Ciel unique européen (CUE) ou laisser germer ce qui a déjà été semé? Les ministres européens des Transports se sont posé la question, lundi 16 septembre lors de leur réunion informelle à Vilnius, à l'invitation de la présidence lituanienne. Ils semblent plutôt vouloir calmer le jeu et ne pas précipiter les nouvelles mesures contenues dans le récent paquet CUE 2+. À tel point que le commissaire européen aux Transports, Siim Kallas, leur a clairement demandé s'ils souhaitaient encore œuvrer ensemble à la construction du CUE, entamée il y a dix ans sans résultats notables, ou s'ils préféraient continuer à jouer en solo.
Dans une dernière tentative pour redynamiser un projet qui peine à produire les résultats escomptés (réduction des coûts, des retards, des émissions de CO2), la Commission a présenté, en juillet dernier, le paquet CUE 2+ « accommodant la législation actuelle pour un développement plus rapide du Ciel unique ». Une initiative qui avait été mal perçue par la France et l'Allemagne, la jugeant inopportune.
À Vilnius, ces délégations n'ont pas changé de point de vue et ont été soutenues par d'autres délégations (Autriche, Pologne, Slovénie, Grèce, entre autres). Le ministre français Frédéric Cuvillier a exprimé de la sorte sa position: « Ma conviction profonde n'est pas que nous devons arrêter de travailler pour améliorer le Ciel unique, bien au contraire. Simplement, j'estime que, pour l'essentiel, les bases dont nous disposons pour mener ce travail sont déjà là: il s'agit du paquet ciel unique II (adopté en 2009) (…). Je ne crois pas que ce paquet ait produit de mauvais résultats, il faut seulement qu'on lui laisse le temps d'en produire ». Et de conclure en estimant que « la construction du Ciel unique harmonisé doit se faire par l'adhésion et non par l'injonction ».
La plupart des délégations préfèreraient en effet attendre que les résultats de l'établissement des neuf blocs d'espace aériens (FABS, censés être établis depuis décembre) se fassent sentir. Aussi, elles seraient réticentes à procéder au découplage des services de navigation aérienne et des autorités nationales de surveillance. Le ministre lituanien des Transports, Rimantas Sinkevicius, a résumé l'état de la situation en déclarant à la presse que les ministres étaient donc « prudents » à l'égard de la proposition CUE 2+, bien que « les prochains développements du Ciel unique soient une priorité pour tous ». Il est d'avis qu'« il est important que cela se fasse de façon pratique et pragmatique ».
Surpris par les réactions négatives des États membres à sa proposition, le commissaire Kallas en est venu à se demander si les 28 veulent toujours du Ciel unique européen, et si mettre fin à la fragmentation actuelle est trop compliqué politiquement. Il n'est pas concevable, selon lui, de poursuivre sans réforme proprement européenne, et uniquement par des mesures nationales, comme certains le demandent.
L'industrie aérienne, qui était présente à la réunion informelle des ministres, soutient le commissaire. À Vilnius, elle a fait bloc pour soutenir la proposition de la Commission, pressant pour que les bienfaits supposés du Ciel unique européen puissent enfin se faire sentir.
Les débats de la journée devaient aider la présidence lituanienne à déterminer l'intérêt ou non d'entamer les travaux sur le Ciel unique européen 2 + durant son mandat. À la lueur de la réaction très frileuse des ministres à l'égard de ce nouveau paquet, la présidence pourrait jouer la carte du statu quo. Le ministre lituanien a confirmé qu'un « rapport de progrès » serait soumis lors du Conseil Transport de décembre et que le dossier serait transmis à la présidence grecque, du 1er janvier au 31 juin 2014. (MD)