Bruxelles, 13/06/2013 (Agence Europe) - Plus de 12 000 personnes ont manifesté partout en Grèce, jeudi 13 juin, pour protester contre la fermeture brutale, la veille, du service audiovisuel public ERT, répondant à l'appel des syndicats à une grève générale de 24h.
Loin d'être soutenu dans sa décision par ses partenaires gouvernementaux, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, avait justifié sa décision, mercredi soir lors d'une conférence à la Chambre de commerce grecque. Une nouvelle station sera créée « très prochainement », a-t-il souligné.
Les réactions hostiles à cette initiative unilatérale ont continué de pleuvoir jeudi. Dans une position commune, la Confédération européenne des syndicats et le syndicat grec GSEE considèrent que « l'ERT appartient au peuple grec et n'a à répondre de ses actes que devant les contribuables grecs qui paient pour le service public de radiodiffusion et de télévision ». La section grecque de l'Association de journalistes européens a « totalement » désapprouvé « les méthodes utilisées ».
La crise politique couve. L'affaire ERT fragilise la coalition gouvernementale. « Samaras prend la responsabilité de conduire le pays aux élections », a réagi Andréas Papadopoulous, le porte-parole du parti de la coalition Dimar, cité par Bloomberg. Le gouvernement grec se réunira lundi matin pour évaluer la situation.
Lors de ses évaluations régulières, la 'troïka' de créanciers (Commission européenne, BCE, FMI) souligne les risques qui entourent la mise en œuvre du programme liés à la vulnérabilité de la coalition gouvernementale, qui ne dispose que d'une courte majorité au parlement national. Elle doute aussi de la capacité du gouvernement à respecter ses engagements en affrontant les « intérêts particuliers ». Et la Commission a fréquemment souligné l'impact négatif significatif du déraillement du programme grec (EUROPE n° 10861). Hasard de calendrier ou non, les taux d'emprunt à 10 ans du pays sont repassés au-delà de 10% après l'échec de la privatisation de DEPA et la régression au statut de pays émergent par le MSCI.
La restructuration d'ERT prévue avec la 'troïka' depuis 2011. Mercredi, la Commission a rejeté avec fermeté l'existence de « discussions au cours des dernières années avec les autorités grecques d'un plan particulier pour fermer ou restructurer cet établissement public audiovisuel ». Selon elle, Athènes est dans un processus d'identification « des entités publiques » qui avaient besoin d'être restructurées ou fermées. Or, la restructuration d'ERT était bel et bien prévue depuis le printemps 2011. Dans un rapport de suivi du 1er plan d'aide à la Grèce, la Commission fait état d'une législation relative à la fermeture, la fusion ou la réduction d'entités publiques identifiées dont l'ERT. Jeudi, un porte-parole de l'institution européenne a précisé que, si la Commission était effectivement au courant de la restructuration prévue d'ERT, elle n'avait à aucun moment été informée au préalable de la décision de fermer temporairement l'entreprise publique pour parvenir à cette fin, reconnaissant qu'il existait d'autres manières de procéder à la restructuration annoncée.
Cette restructuration s'inscrit dans la stratégie mise sur pied avec les créanciers d'Athènes pour réformer le secteur public. Entre 2010 et 2015, celui-ci devrait être amputé de 150 000 fonctionnaires. Une cible que le ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, pense être en mesure de « dépasser » (EUROPE n° 10847). Sur les 2656 employés d'ERT, seule une fraction d'entre eux devrait être réembauchée dans la nouvelle entité qui sera dotée d'un budget de 100 millions d'euros. (EL)