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Bulletin Quotidien Europe N° 10866
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe confrontée à sa politique étrangère, militaire et de sécurité

Un domaine où l'unité européenne n'existe pas. Les discussions entre les ministres des Affaires étrangères de l'UE sur l'attitude européenne face aux conflits armés dans des régions du monde proches ou même éloignées ne donnent pas l'impression, c'est le moins qu'on puisse dire, d'une harmonie d'évaluations et d'intentions. Le cas de la guerre féroce en Syrie est éloquent: l'Europe doit-elle, ou peut-elle, fournir des armements aux belligérants ? Opinions divergentes, discussions sans fin et résultats qui ne sont pas vraiment des décisions. La situation avait été plus ou moins analogue dans d'autres cas. La France a agi au Mali sans en informer les autres États membres, les interventions en Lybie ont été décidées et effectuées en l'absence de toute coordination européenne ; je pourrais citer d'autres exemples.

Il faut donc avoir l'honnêteté de reconnaître que, dans ce domaine, l'unité européenne n'existe pas.

Le point de départ de l'Europe unie. Tout débat sur la situation actuelle ne doit jamais oublier le point de départ de l'unité européenne (même s'il ne dit plus rien aux nouvelles générations): l'objectif prioritaire de la première Communauté européenne, unifiant la gestion de l'acier et du charbon des pays participants, était clair: mettre fin pour toujours aux guerres intra-européennes qui avaient à deux reprises enflammé le monde. Cet objectif est atteint ; aucun conflit armé n'est pensable à l'intérieur de l'UE ; et, en principe, elle n'entend participer à aucune guerre ailleurs, sinon dans un but de pacification.

Expériences négatives et divergences. Et là, les difficultés commencent. Les expériences ne sont pas positives ; certains États membres se sont trouvés impliqués dans des opérations lointaines dans lesquelles ils n'agissaient pas comme un ensemble, mais à titre individuel sous l'égide de l'OTAN. Et ces opérations se prolongeaient pendant des années, sans résultats satisfaisants ; on n'attendait que le moment de s'en aller, en étant souvent considérés comme des envahisseurs par ceux qu'on voulait protéger. L'Europe hésite de plus en plus à intervenir, les opinions des États membres divergent. Et on a l'impression que le président des États-Unis, alerté par quelques expériences négatives pour son pays, agit à présent avec des réticences analogues. L'expérience prouve que les résultats sont presque toujours négatifs, les conflits traînent pendant des années, en créant pour l'Europe des ennemis supplémentaires, davantage que des futurs amis. En plus, le coût des interventions est exorbitant !

Aggravation. Ce résumé du passé, certes approximatif et superficiel, est applicable mutatis mutandis à l'attitude actuelle de l'UE face au drame syrien, avec davantage de visibilité pour les divergences entre les États membres. Les réunions de concertation entre les ministres européens des Affaires étrangères, à la recherche de positions communes, ne concernent heureusement que la phase préliminaire d'une intervention armée, c'est-à-dire la distribution d'armes aux belligérants ; c'est suffisant pour des débats nocturnes sans fin, conclus parfois sans accord ou par des compromis tellement subtils qu'ils sont difficilement compréhensibles ou qui permettent à chacun de les interpréter à sa manière. Il reste à rappeler qu'aucun État membre ne dispose, à lui seul, de tous les instruments pour une éventuelle opération et qu'il doit faire appel à un autre État membre, avec la nécessité parfois d'avoir recours à un pays tiers.

Le moment de la clarté est arrivé. Pourquoi s'occuper en ce moment de cette situation complexe, peu claire et en tout état de cause insatisfaisante ? Parce que le moment est arrivé de définir une politique européenne commune. À la fin de l'année se tiendra, on le sait, la session spéciale du Sommet entre les chefs d'État ou de gouvernement consacrée à ces sujets. Les institutions communautaires, en particulier Parlement et Commission, ont commencé à en discuter. Les organismes spécialisés de la coopération militaire en font logiquement autant. Et les orientations ne sont pas uniformes.

Les problèmes se posent. Ce domaine doit-il dépendre des institutions ? Son caractère particulier doit-il imposer la méthode de la coopération intergouvernementale ? Cette double question n'est pas simplement un aspect de la querelle permanente entre la méthode communautaire et la méthode intergouvernementale, car dans ce domaine les compétences se chevauchent: non seulement la recherche, l'énergie et l'espace, mais aussi le commerce, l'environnement et les transports. La politique extérieure commune n'est pas une question de rivalité entre institutions communautaires et autorités nationales ; il faut se pencher objectivement sur l'efficacité d'un aspect vital de l'avenir de l'Europe dans lequel tous les aspects sont impliqués: la sécurité des populations, les capacités scientifiques et industrielles, la défense de la civilisation européenne.

Cette rubrique y reviendra en détail la semaine prochaine.

(FR)

 

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