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Bulletin Quotidien Europe N° 10804
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) commerce

Pangestu, l'OMC doit être gardienne d'une croissance inclusive

Bruxelles, 12/03/2013 (Agence Europe) - Ex-ministre du Commerce (2004-2011) et actuelle ministre du Tourisme et de l'Économie créative de la république d'Indonésie, Mari Elka Pangestu est candidate pour succéder l'été prochain à Pascal Lamy à la tête de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En visite à Bruxelles le 8 mars, Mme Pangestu a présenté sa vision du système commercial multilatéral, du commerce mondial et du développement, dans un entretien exclusif accordé à l'Agence Europe. (Propos recueillis par Emmanuel Hagry)

Agence Europe: Pensez-vous que la mutation économique actuelle en Asie fait de vous la candidate idéale pour le poste de directeur général de l'OMC ?

Mari Pangestu: Non pas tant en raison de la mutation économique en Asie, mais parce que l'Asie est une région qui a bénéficié des échanges et d'un système commercial multilatéral ouvert. Dans mon propre pays, j'ai vu comment le commerce a transformé l'économie. Et je crois que ce genre d'expérience, je l'espère, peut aider un directeur général à appréhender les défis auxquels les pays font face quand ils s'ouvrent aux échanges. Quand on parle de la façon dont le commerce transforme un pays, on ne parle pas seulement de la politique commerciale. La seule ouverture aux échanges ne génère pas le développement. Elle nécessite des politiques complémentaires, qu'il s'agisse d'infrastructures, de la préparation des ressources humaines, des politiques nécessaires pour être en compétition sur le marché mondial. Sinon, on ne sent pas les avantages de l'ouverture, on peut faire face à des résistances, voir à des retours de bâton. Donc, je me plais à penser que mon expérience asiatique m'aidera, au poste de directeur général, à comprendre quels sont les défis auxquels les pays en développement sont confrontés quand ils s'ouvrent aux échanges.

Agence Europe: Seriez-vous fière d'être la première femme à la tête d'une telle organisation ?

Mari Pangestu: Oui, et j'aime à croire que si je deviens la première femme à la tête de l'OMC, c'est parce que je suis une femme capable, et je voudrais voir plus de femmes capables à la tête de n'importe quelle organisation internationale. Et aujourd'hui, c'est la Journée internationale des femmes alors… (Rires).

Agence Europe: Quelle est votre vision de l'avenir du commerce international et du système commercial multilatéral ? En tant que directeur général de l'OMC, quelles sont les mesures que vous prendriez pour le système commercial en termes généraux ?

Mari Pangestu: De manière générale, le commercial mondial a engendré une forte croissance, des créations d'emplois et une réduction de la pauvreté au cours des cinquante dernières années. Et nous pensons que le système commercial mondial a encore un rôle important à jouer. Parfois, on se perd dans la complexité du langage propre au système commercial mondial, mais, au final, celui-ci fournit un ensemble de règles simple et unique qui permettent aux petits pays et aux pays en développement d'en faire partie plus facilement et d'être traités équitablement en vertu de ce système, parce que si un petit pays a un différend commercial avec un grand pays, il peut porter ce différend devant l'OMC. Cet ensemble de règles claires, simples, prévisibles et certaines est aussi important pour les entreprises, en particulier les plus petites. Il serait très difficile pour les PME de faire des affaires si elles devaient se conformer à des règles et des réglementations différentes dans différents marchés. C'est pourquoi nous devons garantir la simplicité, l'équité et l'inclusivité du système commercial mondial.

Agence Europe: Pensez-vous que l'augmentation des litiges dans le monde va faire de l'OMC davantage un gendarme garant du commerce équitable sur la planète ?

Mari Pangestu: Cela doit être une fonction continue importante de l'OMC pour s'assurer que son cadre basé sur des règles et ses procédures de règlement des différends fonctionnent, parce qu'ils font partie des avantages énormes de l'organisation. Mais l'OMC doit aussi achever les négociations multilatérales de Doha et commencer à aborder des questions nouvelles qui affectent le commerce.

Agence Europe: Croyez-vous qu'il soit encore possible de conclure le round de Doha ?

Mari Pangestu: Je crois que tous les pays membres croient encore qu'ils pourront bénéficier du round. Ils ont maintenant adopté une approche étape par étape. Certains aspects seront négociés et, je l'espère, les pays membres convergeront vers une conclusion cette année lors de la réunion ministérielle de Bali. Nous pouvons le faire en étant plus pragmatiques mais, au final, la conclusion du round peut encore offrir des avantages, en particulier pour les pays en développement. En tant que directeur général, je travaillerais aussi dur que possible pour parfaire ces négociations, parce que les avantages sont tellement énormes, dont celui d'avoir un système commercial basé sur des règles simples et uniques, au bénéfice des PME comme des pays en développement.

Agence Europe: Malgré le principe de l'engagement unique qui sous-tend les négociations, pensez vous qu'il soit possible d'extraire de la négociation un résultat pour le développement ?

Mari Pangestu: Eh bien, cela doit être mesuré. Je pense que chaque membre va rester engagé, mais chaque membre voudrait obtenir quelque chose du processus de négociation. C'est pourquoi l'accord partiel qui est en préparation pour la conférence ministérielle de Bali à la fin de l'année a cet équilibre. Il y a la composante facilitation des échanges, qui devrait profiter aux entreprises et à tous les pays. Mais les pays en développement veulent en particulier un renforcement des capacités pour répondre à tous ces engagements, c'est une partie du paquet sur la facilitation du commerce. L'accord partiel comprend aussi une composante « développement » dans le volet agricole, ainsi qu'un paquet pour les pays les moins avancés, qui doivent être là pour équilibrer le résultat. Et après Bali, nous espérons que nous pourrons progresser de manière pragmatique pour mener à bien le reste de la négociation.

Agence Europe: Supposons que le round de Doha soit conclu à court ou moyen terme, quels sont les nouveaux sujets que vous mettriez sur la table dans les négociations à venir ?

Mari Pangestu: Nous avons besoin d'entamer une discussion sur des nouvelles idées et de nouveaux sujets. Cela pourrait inclure le commerce et l'environnement, l'investissement, le changement climatique, la sécurité alimentaire et la façon de gérer les accords régionaux et bilatéraux dans le cadre du système multilatéral. Ce sont des questions qui affectent déjà la façon de faire du commerce et, en tant qu'organisation de haut niveau pour la gouvernance mondiale, l'OMC devrait se pencher sur ces questions.

Agence Europe: Que pensez-vous de la multiplication des accords commerciaux bilatéraux à travers le monde et de leur impact pour le monde en développement ?

Mari Pangestu: Pour nous assurer que les accords bilatéraux et régionaux n'affectent pas ou ne deviennent pas une menace pour le système commercial multilatéral, il faut qu'ils soient cohérents et complémentaires, ce qui signifie qu'ils devraient être des accords « OMC-plus », des accords plus complets utilisant l'OMC comme la norme, et faisant plus que ce qui est fait à l'OMC. Et, dans le même temps, ils ne doivent pas être fermés, ils doivent être inclusifs et permettre à de nouveaux membres d'entrer, ou de fixer des normes pour d'autres accords, y compris à l'OMC elle-même. Pour un pays en développement, deux types de questions se posent dans le cadre des accords bilatéraux et régionaux. L'une est celle des ressources pour négocier. Un pays en développement n'a pas beaucoup de ressources pour négocier, c'est pourquoi s'il a des ressources limitées, le commerce multilatéral est une solution meilleure et plus juste, parce qu'il peut obtenir un traitement équitable. Et s'il négocie de manière bilatérale avec un pays plus développé que lui, il a un pouvoir de négociation moindre par rapport à un accord multilatéral, qui est plus utile pour les petits pays en développement. Et si un pays en développement négocie un accord bilatéral ou régional, il doit s'assurer qu'il trouve le bon équilibre, en termes de traitement spécial et différencié, de délai pour la mise en œuvre des engagements en matière d'ouverture des marchés et le renforcement des capacités.

Agence Europe: Quel est l'héritage que vous êtes fière d'avoir laissé, en tant que ministre du Commerce et coordinateur pour le groupe des pays en développement du G33, à l'OMC ?

Mari Pangestu: Je me plais à penser que mon héritage est de garantir que le commerce et le développement est toujours vu comme un continuum. J'avais l'habitude de dire que je n'étais pas un ministre chargé du commerce, mais un ministre pour le commerce et le développement. Mon travail en tant que ministre du Commerce était de voir comment la politique commerciale contribue au développement. Ma fonction de coordinatrice pour le G33 est un exemple de la façon dont j'ai essayé d'atteindre cet objectif. Nous sommes d'accord sur l'accès au marché et l'ouverture dans les négociations sur l'agriculture, mais en même temps, nous voulons aussi protéger les groupes vulnérables dans nos pays, les paysans pauvres qui peuvent être anéantis si on ne gère pas l'ouverture. Pour des raisons de sécurité alimentaire et des raisons de pauvreté, on doit s'assurer que certains secteurs continuent d'être protégés.

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