Bruxelles, 24/01/2013 (Agence Europe) - La Commission veut agir pour casser le cercle vicieux qui empêche de tirer parti des carburants alternatifs (électricité, gaz naturel, hydrogène). Elle a proposé jeudi 24 janvier une stratégie à cette fin, établissant des objectifs contraignants pour les stations de ravitaillement et des normes standardisées. Les coûts estimés pour le développement d'une infrastructure adéquate sont estimés à 10,5 milliards d'euros d'ici 2020, à charge des États membres.
Opportunité à saisir. La Commission part d'une équation simple: le transport européen est dépendant à 94 % du pétrole, majoritairement importé, et est tenu de diminuer ses émissions de CO2 de 60 % d'ici 2050. La technologie des carburants alternatifs est mature, mais le marché ne suit pas. Un cercle vicieux est en œuvre: il n'y a pas assez de bornes de ravitaillement, car il n'y a pas assez de véhicules alternatifs en circulation, faute de consommateurs, les voitures coûtant trop cher. La Commission veut casser cette spirale par une approche européenne coordonnée, qui serait aussi « une opportunité en or pour se positionner sur le marché », explique le commissaire aux Transports, Siim Kallas, à la lumière des 6 millions de voitures électriques que la Chine et les États-Unis comptent avoir en circulation d'ici 2020. Il espère aussi que les objectifs européens déclencheront des investissements et que cela sera rentable.
Stratégie à l'horizon 2020. Pour donner un coup d'accélérateur au marché européen, la Commission a donc mis au point une stratégie « carburant propre », soit une communication sur le plan d'action, une directive fixant des objectifs pour l'infrastructure de ravitaillement (2020) et des standards interopérables (2015), ainsi qu'un document projetant le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) dans les transports maritimes (2025). La stratégie ne concerne donc pas que le transport routier.
La Commission a retenu trois types de carburant, mettant de côté le biocarburant, le LPG et les carburants synthétiques qui ne nécessiteraient pas une infrastructure spécifique.
Quotas pour trois carburants. L'accent est largement mis sur l'électricité. La Commission a établi par pays un nombre minimum de points de recharge à construire, dont 10 % au moins devraient être accessibles publiquement. Pour la fin de la décennie, il devrait y avoir en Europe environ 800 000 stations de recharge, soit 150 000 en Allemagne ou environ 125 000 en Italie et au Royaume-Uni, par exemple. Aussi, la Commission privilégie-t-elle un seul type de prise (type 2) pour standardiser le rechargement (voir autre nouvelle).
Pour l'hydrogène, la Commission mise aussi sur un réseau de recharge conséquent. Il faudrait un point de recharge tous les 300 kilomètres maximum. Des standards communs doivent encore être développés. Pour le GNL, la Commission entend imposer un point de recharge dans les 139 ports maritimes et intérieurs que compte le réseau de transport transeuropéen (RTE-T) d'ici 2020, soit dans 10 % des ports européens. Des standards devraient être adoptés dans deux ans. L'utilisation du GNL dans le transport routier concerne uniquement les camions. La Commission table sur des stations de ravitaillement pour ce carburant tous les 400 km. Pour le gaz naturel comprimé, utilisé surtout par des voitures, des stations publiques devraient s'enchaîner tous les 150 km. Des standards pour le gaz naturel doivent encore être établis.
Aux 27 d'avaler la pilule. Le développement de toute cette infrastructure alternative ne sera pas sans répercussions financières. La Commission prévoit que, d'ici 2020, ces travaux engloutiront 10,5 milliards d'euros, à seule charge des États membres. Mais la Commission part du principe que ceux-ci pourraient s'en sortir à bon compte en mobilisant des investissements privés ; elle estime en effet que des dépenses publiques ne sont pas nécessaires pour atteindre ses objectifs. Pour nourrir sa stratégie, elle autorise aussi à introduire des incitants via les taxes ou les appels d'offres. (MD)