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Bulletin Quotidien Europe N° 10771
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) uem

Des économistes plaident pour une mort assistée de l'euro

Bruxelles, 24/01/2013 (Agence Europe) - L'instauration d'une monnaie unique dans l'UE était une erreur. C'est le constat de cinq économistes venus jeudi 24 janvier à Bruxelles présenter leur manifeste, qui repose sur une sortie en douceur de l'euro comme solution à la crise. L'idée est loin d'être nouvelle, les scénarios d'un 'Grexit' (contraction de 'Grèce' et 'exit') ont en effet déjà pas mal fait parler d'eux.

L'originalité du propos de ces Européens, qui contestent par ailleurs le caractère eurosceptique de leur initiative, se situe dans la manière de procéder. Ce serait non pas les pays les plus 'faibles' qui abandonneraient la monnaie unique, mais au contraire les États les plus compétitifs. Une telle démarche permettrait la dévaluation de l'euro, qui, ces dernières semaines, affiche pourtant une santé retrouvée, et un gain de compétitivité pour les pays du Sud. Cela signifierait, pas la suite, un retour aux devises nationales, ou à l'utilisation de la même monnaie dans des groupes de pays plus 'homogènes' sur le plan économique.

Ce Manifeste pour la solidarité européenne veut offrir aux pays les plus touchés par la crise une porte de sortie de la récession et une chance de retrouver le chemin de la croissance. C'est un pas en arrière, reconnaît Alfred Steinherr, ancien de la BEI et jadis fervent défenseur de la monnaie unique. L'euro est la cause de la crise, à ses yeux, et ne peut en aucun cas représenter un idéal, lorsque l'on voit le taux de chômage qui grimpe en particulier chez les jeunes. 60 % des jeunes espagnols sont en effet désormais au chômage.

Le problème, pour Hans Olaf Henkel, professeur d'International Management en Allemagne, est la substitution de l'harmonisation à la compétitivité. L'euro est un « désastre social dans le Sud », un « échec économique », qui a échoué à atteindre ses objectifs politiques. « Il est temps de le reconnaître », conclut-il.

Ces économistes ne préconisent toutefois pas un éclatement de la zone euro, dont le spectre vient tout juste de se dissiper entre autres grâce à l'action de la BCE pour préserver l'intégrité de la zone et au récent accord destiné à assurer une trajectoire viable à la dette grecque. Il s'agirait plutôt d'une « segmentation contrôlée » qui, contrairement à une sortie forcée d'un pays en situation délicate, protégerait les systèmes bancaires des pays du Sud du danger d'un effondrement.

Pour prévenir d'éventuelles guerres de devises ainsi que des fluctuations excessives entre les pays européens, il faudrait toutefois mettre sur place un système de coordination monétaire. La politique 'one-size-fits-all' menée par la BCE est remise en cause par ces économistes. Avant eux, le groupe Padoa-Schioppa, sous l'égide du think tank Notre Europe, par ailleurs hôte de la conférence, avait également pointé cette politique du doigt, arguant que celle-ci pourrait accentuer les divergences entre États membres (EUROPE n° 10653). (EL)

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