Le banditisme qui se cache derrière une façade religieuse (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10768) est dénoncé et rejeté par les musulmans eux-mêmes, qui affirment fidélité et admiration pour leur véritable culture religieuse, dont le terrorisme n'est qu'une déviation. Je vais rendre compte de l'attitude d'un intellectuel arabe bien connu et de celle de l'Algérie, double contribution à une compréhension réciproque entre l'Europe et le monde musulman.
Un intellectuel arabe s'exprime. Tahar Ben Jelloun, en prenant position sur les événements du Mali et sur les dramatiques événements algériens, a été explicite et très dur. Il a qualifié les responsables de « coupe-gorge sans foi ni loi, (…) bandits et assassins aux ordres de chefs voilés et mystérieux qui possèdent des patrimoines énormes et qui utilisent l'Islam comme l'enseigne apparente de leurs crimes ». Pour eux il n'y a que l'argent qui compte et ils ont essentiellement deux « méthodes pour se le procurer: le trafic de drogues et les otages. Une troisième source est le trafic de migrants clandestins originaires d'Afrique ». M. Ben Jelloun ajoute que l'Islam n'a rien à voir avec tout ça et que les jihadistes appliquent certains préceptes de la Sharia de la manière la plus barbare, en coupant mains et pieds et en lapidant les femmes. M. Ben Jelloun donne l'impression de bien connaître la situation.
Les autorités algériennes sont explicites. Le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, a été très clair: « Nous sommes devant une affaire de terroristes, de mercenaires, qui compromettent l'existence même des pays musulmans. Nous devons protéger notre religion et notre civilisation que les terroristes sont en train de détruire (…) Nous subissons en Algérie les conséquences de ce qui se passe au-delà de nos frontières. » Il a ajouté qu'aucun soldat algérien ne sera déployé ailleurs que sur le territoire algérien. De son côté, le ministre de la Communication a expliqué que l'Algérie avait un devoir de défense face à une agression étrangère et que l'histoire récente impose de ne jamais discuter avec des terroristes qui ont « attaqué la richesse du pays » et qui ne doivent pas être encouragés en acceptant un dialogue.
Le mensonge démoli. Le Premier ministre algérien a en outre démoli le mensonge selon lequel l'assaut des terroristes aurait constitué une réaction aux opérations de l'aviation française dans le nord du Mali. En réalité l'attaque terroriste avait nécessité deux mois de préparation: le commando avait traversé toute la bande frontalière entre l'Algérie, le Mali et le Niger, pour pénétrer en Libye et atteindre le site gazier algérien situé aux confins du pays. Son projet consistait à donner l'assaut à l'autobus des étrangers actifs sur le site pour les kidnapper, les transporter directement au Mali et les transformer en monnaie d'échange. Mais les gendarmes qui escortaient le véhicule ont fait échouer ce plan et les terroristes se sont alors dirigés vers les installations gazières, en provocant le drame qu'on connaît. M. Sellal a ajouté que les bandits avaient un armement lourd et sophistiqué et qu'ils avaient l'intention de faire exploser site. Ils disposaient de plans détaillés de la base et de l'usine et sans l'intervention des militaires algériens les conséquences auraient été bien plus désastreuses. Il a par ailleurs expliqué l'autorisation accordée à la France de survoler le territoire algérien par la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU en faveur d'une action militaire au Mali.
Selon M. Sellal « le terrorisme ne passera jamais en Algérie. Nous sommes prêts à perdre tout, à l'exception de notre dignité ».
J'ajoute qu'il est normal que l'attitude algérienne soit guidée par l'intérêt national et qu'une certaine dose de rhétorique apparaisse dans les déclarations de M. Sellal. Mais la douloureuse liste des étrangers assassinés sur place prouve que des pays du monde entier - États-Unis, Japon, Royaume-Uni, etc. - coopèrent avec l'Algérie. Et le comportement d'Alger à l'égard des terroristes est éloquent.
(FR)