Bruxelles, 21/01/2013 (Agence Europe) - Alors que le Parlement européen votera le 6 février sur le règlement de base réformant la politique commune de la pêche (PCP), la région de Bretagne (France) a fait entendre sa voix, lundi 21 janvier, pour dénoncer l'interdiction des rejets, une mesure jugée inadaptée, voire contre-productive. Les élus bretons acceptent une réduction des rejets accompagnée d'une politique de sélectivité des engins de pêche. Ils espèrent que le Parlement européen écoutera les territoires afin de modifier la position actuelle de la commission de la pêche du Parlement européen, sur les rejets et aussi sur le RMD (rendement maximal durable).
Pierre Karleskind, vice-président du Conseil régional de Bretagne (en charge de l'Europe, de la mer et du littoral), a dit que l'un des éléments de la réforme « qui nous inquiète le plus c'est l'interdiction des rejets » (débarquement de toutes les prises) retenue aussi bien dans les orientations du Conseil que dans la position de la commission de la pêche du PE. « Nous souhaitons que l'effort soit porté d'abord sur la sélectivité des engins de pêche », a-t-il ajouté. La région de Bretagne redoute le développement d'une filière de farines animales qui serait le débouché de ces débarquements de prises accessoires (non désirées).
Pierre Karleskind se félicite de la position du PE et du Conseil sur le caractère optionnel des concessions de pêche transférables. La Commission européenne avait proposé ce système (une sorte de privatisation des quotas de pêche) pour réduire la taille de la flotte de pêche. Les élus bretons rappellent leur attachement à une « gestion collective de la pêche. La ressource halieutique est une ressource commune, elle ne doit pas être livrée à un mécanisme de marché qui aurait des conséquences importantes en Bretagne », fait valoir M. Karleskind.
Le vice-président du Conseil régional de Bretagne préconise une amélioration de la connaissance de stocks halieutiques pour accompagner l'atteinte du RMD et estime que les objectifs (en termes de RMD) ne doivent pas être fixés de manière abrupte. Le Conseil opte pour 2015 quand cela est possible et 2020 au plus tard, tandis que la commission de la pêche du PE demande d'aller au-delà du RMD d'ici 2020. La région Bretagne soutient plutôt l'orientation du Conseil, moins sévère pour les pêcheurs.
Annick Le Loch, députée du Finistère, a salué la majorité qui se dégage « contre la privatisation des ressources ». Il faut travailler à un horizon raisonnable sur le RMD, a-t-elle dit aussi. « L'interdiction totale des rejets, on ne peut pas l'accepter à très court terme car nos navires ne sont pas adaptés » à cela. De plus, il y a selon elle un « risque de remise en cause de la stabilité relative » (attribution des quotas de pêche entre pays en fonction des captures historiques) découlant de la règle du 'zéro rejet'.
Pierre Maille, président du conseil général du Finistère, a salué le fait que le PE ne soit pas favorable aux concessions de pêche transférables. L'interdiction des rejets est une mesure « trop brutale ». Pierre Maille a déclaré qu'il serait dommage que le Conseil et le PE prennent des mesures en matière de pêche se traduisant par des difficultés sur nos côtes, des difficultés que d'autres politiques européennes (Fonds de cohésion ou Fonds social européen) devraient corriger. Il a préconisé aussi des mesures permettant de moderniser la flotte de pêche (motorisation, confort, sécurité à bord).
« Les territoires interpellent le Parlement européen » pour une meilleure prise en compte de la réalité et de la diversité des pêches, a dit l'eurodéputée Isabelle Thomas (S&D, française). Mais elle estime que sur le RMD, « nous avons réussi à trouver un compromis, même si je déplore la manière dont il est énoncé ». Il s'agit selon elle d'une mesure scientifique, mathématique, qui nous permet de déterminer le niveau des quotas en fonction du calcul du renouvellement de la ressource. Mais elle déplore la surenchère dans la formulation retenue par la commission de la pêche du PE, prévoyant de ramener les stocks de poissons, d'ici à 2020 au plus tard, 'au-dessus' des niveaux permettant d'atteindre le RMD. Mme Thomas estime que 'au-dessus' fait courir le risque d'une forme d'arbitraire dans les décisions sur les quotas. « On rentre dans le flou ». Elle préfère 'au niveau' du RMD ou à un niveau 'supérieur ou égal' au RMD. Mais elle n'a pas réussi à convaincre une majorité de ses collègues au sein de la commission de la pêche du PE. L'interdiction des rejets « remet en cause la sélectivité, crée une filière de farines sur ces rejets, et ne prévoit pas de calendrier spécifique pour les pêches multispécifiques », s'insurge Isabelle Thomas.
Alain Cadec (PPE, français) n'a pas pu être présent au point de presse organisé par la région Bretagne. Il indique dans un communiqué que les 8 députés européens du PPE de la commission de la pêche ont voté contre le rapport d'Ulrike Rodust (S&D, allemande) sur le règlement de base de la PCP. « Nous travaillons actuellement à l'élaboration d'amendements pour le vote en plénière destinés à revoir le principe d'obligation de débarquement qui est une mesure trop radicale et impossible à mettre en œuvre pour les pêcheries multispécifiques comme nous en connaissons en Bretagne », souligne Alain Cadec. (LC)