Bruxelles, 21/01/2013 (Agence Europe) - Le secrétaire général de l'UMA (Union du Maghreb arabe), Habib Ben Yahia, en visite de travail à Bruxelles, s'est longuement entretenu jeudi 17 janvier avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et vendredi 18, avec le commissaire chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle, avec lequel il a tenu ensuite un point de presse. Ils ont témoigné de leur volonté commune de donner corps à une coopération maghrébine qui serait de « l'intérêt de tous », selon le commissaire.
Ces entretiens font suite à la proposition (communication) adoptée par la Commission en décembre dernier pour tracer les grandes lignes de la coopération souhaitée avec l'ensemble maghrébin, « une région dont le potentiel est considérable » mais qui demeure « la moins intégrée du monde ». Aucune réunion à haut niveau - notamment un sommet annoncé pour la fin 2012 et finalement reporté - n'a eu lieu depuis 1994, mais des réunions sectorielles et des rencontres inter-étatiques axées sur la sécurité ont eu lieu sous la pression des événements. La Commission européenne a néanmoins pris le pari d'aider l'UMA à sortir de son état de latence. Les frontières, notamment entre le Maroc et l'Algérie, demeurent fermées et les échanges économiques assez faibles. Le niveau des échanges commerciaux intra-régionaux atteint à peine les 3 % de la globalité du commerce extérieur des cinq pays.
« Nous n'avons pas parlé que de la philosophie de la coopération, mais abordé plusieurs questions de nature opérationnelle » pour lesquelles un agenda est fixé, mais sans que le commissaire Füle ni son visiteur ne précisent le cadre opérationnel dans lequel seront placées les actions futures. Le commissaire a cependant cité l'Union pour la Méditerranée (UpM) et le dialogue « 5+5 » auquel participent les pays de la Méditerranée occidentale aussi bien européens que de la rive sud. Ces cadres d'actions n'empêcheront pas la poursuite du dialogue institutionnel direct entre l'UE et l'UMA: « L'UE a entrepris plusieurs initiatives pour renforcer ses relations bilatérales avec chacun des pays du Maghreb. Aujourd'hui nous réfléchissons à une approche '5+27' afin de relever les nouveaux défis auxquels nous faisons face. »
En tête des matières visées par cette coopération institutionnelle: les questions de sécurité dont l'importance est mise en avant dans le contexte du conflit malien et des récents évènements en Algérie et plus largement des craintes sur la sécurité au Maghreb dans son ensemble où les États sont confrontés à une instabilité croissante ; d'importantes saisies d'armes ont été opérées notamment dans le sud de la Tunisie et les autorités marocaines - selon les médias locaux - ont affirmé, samedi 19 janvier, « avoir démantelé une nouvelle cellule de recrutement d'Al Qaïda, la cinquième depuis l'automne dernier ».
Les pays maghrébins eux-mêmes ressentent la nécessité d'apporter des réponses communes aux défis communs nouveaux, selon M. Ben Yahia, qui rappelle que ces sujets « ont fait l'objet de plusieurs discussions en 2012 ». « Nous ne nous tournons pas les pouces » au sein de l'UMA, a affirmé M. Ben Yahia qui a rappelé que des réunions ministérielles ont eu lieu à Alger pour évoquer « les défis sécuritaires et notamment le Mali ». Une nouvelle réunion aura lieu en février à Rabat pour élaborer une plateforme maghrébine sur la sécurité « pour que la région ne devienne pas un nouvel Afghanistan ».
Stefan Füle a détaillé les domaines de coopération potentiels comme étant ceux de l'énergie, des transports, le renforcement du secteur privé, du développement rural et plus loin de toutes les matières pouvant renforcer la création d'emploi, la formation ainsi que le champ d'action des sociétés civiles. L'objectif de l'UE étant à la fois d'apporter une réponse aux développements nouveaux dans les pays de la rive sud et aussi, concernant particulièrement le Maghreb, de « favoriser son intégration ». L'intérêt est partagé, a-t-il assuré. L'idée existe notamment de lancer en mars 2013 une banque maghrébine de développement avec laquelle les institutions financières européennes ouvriraient des discussions sur de possibles synergies. (FB)