*** JEAN DE MUNCK, CLAUDE DIDRY, ISABELLE FERRERAS, ANNETTE JOBERT (sous la dir. de): Renewing Democratic Deliberation in Europe. The Challenge of Social and Civil Dialogue. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Work & Society", n° 73. 2012, 262 p., 33,70 €. ISBN 978-90-5201-875-1.
Il est des scientifiques, essentiellement des sociologues dans le cas d'espèce, qui se font volontiers révolutionnaires lorsque leur rigueur de chercheurs les conduits à observer un cul-de-sac. Tel est le cas de ceux qui, impliqués dans le projet européen Capright dirigé par Robert Salais et financé par la Commission, ont tenu à vérifier s'il était opportun d'utiliser l'approche des capabilités préconisée par le prix Nobel Amartya Sen comme d'un tremplin intellectuel pour bâtir une nouvelle approche de la question de la démocratie sociale et économique.
D'emblée, le propos que tiennent les quatre coordinateurs de l'ouvrage tourne à l'acte d'accusation: contrairement au « projet européen de démocratie économique et sociale » qui avait été mis en chantier par les « pères fondateurs, de Robert Schuman à Jacques Delors », les dirigeants européens ont délaissé le dialogue social et abandonné les partenaires sociaux en chemin. Ce qui les y a conduits, c'est la chute du communisme qui a marqué la fin de la partition idéologique du monde - et de l'Europe en particulier - et a permis que la mondialisation devienne véritablement mondiale. Du coup, en marginalisant les institutions du dialogue social dans les années 9, la mondialisation triomphante a ébranlé le projet européen de démocratie sociale en faisant le lit du discours néo-libéral sur les marchés libres et la réduction de la dette publique. Toutefois, aujourd'hui, deux crises viennent rappeler aux dirigeants européens que « sans démocratie économique et sociale, la démocratie politique est faible et inadéquate ». La première résulte de la financiarisation du capitalisme et de l'abandon du keynésianisme, le tout conduisant à l'explosion du chômage ; la deuxième, « plus diffuse et pernicieuse », découle de la prise de conscience par les citoyens que la croissance sans fin relève du suicide pour qui se soucie des ressources, de l'environnement et des générations à venir. Du coup, la « question sociale » revient en force, ravivant les conflits de classe, réveillant les « vieux démons nationalistes » et galvanisant les « sentiments populistes ». Dans ce contexte, « les structures de dialogue social existantes se révèlent à la fois utiles et insuffisantes ». Du coup, l'Union européenne, au fil du temps devenue aux yeux de bien des citoyens « synonyme de désintégration du service public, de délocalisation d'emplois et de mesures d'austérité », perd sa crédibilité, ce qui l'a progressivement conduite à s'intéresser à la « société civile ». Le problème, c'est que celle-ci marie le meilleur (l'idéalisme) et le pire (des acteurs bataillant pour leurs seuls intérêts égoïstes), raison pour laquelle il importe, selon les auteurs, de clarifier le concept et de l'insérer dans le cadre du dialogue social traditionnel.
C'est à dessiner les contours d'un nouveau modèle élargi de concertation sociale sur les ruines du Fordisme et du Keynésianisme qu'est consacrée la première partie de l'ouvrage. Dans la deuxième, ce sont les transformations à apporter aux modes de gouvernement, notamment dans le contexte d'un dialogue social à mener à plusieurs niveaux au plan européen, qui sont envisagées. La troisième partie apporte des réponses tout en nuances à la question de savoir si la délibération démocratique, au-delà de la simple négociation, est une piste pour enrichir le dialogue social et, partant, pour réconcilier les sociétés avec elles-mêmes et avec leur avenir. Enfin, le livre est ponctué par des réflexions sur la place à occuper à l'avenir par les acteurs politiques, leurs coalitions et les institutions qu'ils devraient se donner sur la base de l'oreille à prêter à la société civile bien comprise. Dans les conclusions finales qu'ils en tirent, les coordinateurs de l'ouvrage discernent trois possibilités qui sonnent à leurs oreilles comme des évidences. D'abord, il faut que les différents acteurs de la délibération sociale puissent s'interroger sur les finalités de la coopération économique, et non simplement sur les moyens, ce qui contribuera d'autant au renouvellement de la démocratie bien comprise. Ensuite, cette délibération démocratique implique que les institutions ouvrent tout grand leurs portes, laissant le champ libre aux aspirations et interactions personnelles en les prenant en compte, ce qui sera la meilleure manière de faire le lit d'une société réellement flexible car acceptée. Il en découlera aussi la nécessité d'aménager les lieux et les acteurs du dialogue social afin qu'ils tiennent pleinement compte des réalités de terrain, de l'entreprise au niveau européen en passant par les secteurs d'activités et les zones géographiques. Il est clair, par exemple, que protéger la biodiversité ou combattre le réchauffement global exigera de plus en plus des décisions qui ne soient plus inspirées par les seuls experts, mais qui soient bien le fruit délibérations impliquant la société civile dans le sens noble du terme. Enfin, il importe d'adapter les institutions et les procédures décisionnelles afin que l'avenir soit bâti par tout un chacun, sans que personne ne soit exclu du débat: « Si l'Europe sociale veut devenir une réalité vigoureuse, elle ne pourra construire un nouveau modèle de prospérité sans des idées et des partenaires des organisations du secteur citoyen dans la société civile », concluent les coordinateurs de l'ouvrage. C'est donc bien, en effet, une révolution qu'il convient de préparer ! Du moins dans les mentalités, certaines plus que d'autres…
Michel Theys
*** GEORGE CHOBANOV, JÜRGEN PLÖHN, HORST SCHELLHAASS (sous la dir. de): Markets, Sustainability and Social Welfare Enhancement in the European Union. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Sofia Conferences on Social and Economic Development in Europe", n° 3. 2012, 199 p., 44,80 €. ISBN 978-3-631-63301-4.
Cet ouvrage rend compte des 12ème et 13ème conférences organisées par la Faculté d'économie et d'administration des affaires de l'Université de Sofia au cours des mois d'octobre 2009 et 2010. Les quatorze contributions, signées par vingt scientifiques originaires de six pays sont réparties en trois thématiques: des approches théoriques, des études empiriques et des contributions à la durabilité. Plusieurs auteurs se penchent spécifiquement sur le processus de transition se développant en Bulgarie. Il va de soi que les économistes qui développent leurs idées dans ces pages s'adressent à un public averti.
(PBo)
*** HASAN GÜRAK: Heterodox Economics. Foundations of Alternative Economics. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2012, 223 p., 46,95 €. ISBN 978-3-631-63404-2.
Économiste diplômé des universités de Lund et d'Istanbul, Hasan Gürak est à sa manière un iconoclaste puisqu'il n'a pas de mots assez durs pour dénoncer les… économistes orthodoxes et leurs théories fumeuses qui, jusqu'il y a peu, participaient à la pensée unique. Combien de temps ces personnages mettront-ils pour « redécouvrir, entre autres choses, le fait que les prix ne sont pas et n'ont jamais été une donnée pour les producteurs sur des marchés concurrentiels », assène-t-il ainsi à titre d'exemple dès l'avant-propos, jugeant que le monde restera bancal tant que les économistes orthodoxes continueront à imposer leur croyance en des « marchés fictifs où producteurs et consommateurs interagissent comme des robots, où les relations sont mécaniques et les hypothèses utopiques ». Toute l'action de Hasan Gürak vise dès lors à chercher - et à présenter dans ces pages - des approches alternatives réalistes aux doctrines orthodoxes. Seuls des économistes pourront juger si les critiques émises par l'auteur et les pistes qu'il préconise d'emprunter sont valides, ce livre s'adressant à l'évidence aux seuls spécialistes.
(PBo)
*** JEAN LEE: The Two Pillars of the Market. A Paradigm for Dialogue between Theology and Economics. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Studies in Theology, Society and Culture", n° 7. 2011, 293 p., 52,20 €. ISBN 978-3-0343-0700-0.
Où l'économie nous conduit-elle ? Avons-nous perdu quelque chose de précieux dans la quête humaine de l'efficacité et de la croissance perpétuelle ? Quelles sont les qualités humaines qui s'érodent parce que nous permettons aux mécanismes de marché de coordonner nos vies quotidiennes ? Voilà autant de questions auxquelles une théologienne qui est aussi comptable apporte des réponses de nature théologique dans cet ouvrage hors du commun. Aujourd'hui enseignante à l'École supérieure chinoise de Théologie de Hong Kong, Jean Lee y présente un « paradigme à deux piliers » où l'alliance dans son acception théologique vient compléter le contrat juridique qui régit actuellement le monde économique. Partant du principe que la théologie et l'économie partagent un intérêt commun fondamental pour ce qui est de la nature et des activités de la personne humaine, Jean Lee commence par rappeler l'alliance qui est à la base de la société ainsi que ses implications économiques. Elle met ensuite en lumière l'universalité et la pertinence du concept d'alliance pour l'ordre économique, avant de le comparer avec le contrat juridique afin de montrer tout à la fois ce qui les différencie, ainsi que leur importance et leur interaction sur le marché. Elle présente ensuite le paradigme qu'elle préconise et l'illustre par l'exemple d'arrangements d'emploi à long terme qui attestent, selon elle, de sa praticabilité comme « cadre dialogique » pour gérer autrement les relations économiques. Enfin, les fondamentaux du marché sont passés en revue à la lumière de cette manière inédite d'appréhender l'économie, le résultat pouvant notamment être de rendre celle-ci plus éthique.
(MT)
*** INGA LOBOCKA-POGUNTKE: The Evolution of EC Consumer Protection in the Field of Consumer Credit. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Publications Universitaires Européennes / European University Studies", n° 5339. 2012, 271 p., 52,80 €. ISBN 978-3-631-62348-0.
Ayant décroché son doctorat en droit à l'Institut universitaire européen de Florence, Inga Lobocka-Poguntke offre dans ces pages une analyse fouillée de la manière dont l'Union européenne et les Vingt-sept ont géré au fil du temps la protection des consommateurs dans le domaine du crédit à la consommation. Elle part du constat que le crédit à la consommation constitue une activité économique importante et qu'il relève, dès lors, de la sphère du droit économique. Toutefois, il soulève aussi un nombre important de problèmes sociaux, ce qui implique que la législation en la matière émarge aussi au domaine du droit social privé. Dans cette étude, Inga Lobocka-Poguntke met en lumière combien il en découle, au niveau de l'Union, une tension entre deux objectifs fondamentaux, à savoir l'efficacité économique qui s'incarne dans le Marché intérieur et, par ailleurs, la protection des consommateurs dans le contexte plus large d'une société de justice sociale. Sa thèse est que le législateur européen a adopté l'approche néolibérale en approuvant la directive de 2008 sur les accords de crédit, donnant ainsi la prééminence à la réalisation du grand marché sans frontières intérieures. En minimisant l'importance des diversités nationales et en négligeant largement des problèmes cruciaux tels que l'insolvabilité des consommateurs, l'exclusion financière et le crédit responsables, argue l'auteur, le législateur européen a tout sacrifié à l'efficacité économique, au risque que les citoyens ne se retourne un jour contre lui et le modèle néolibéral qu'il incarne.
(PBo)
*** SJEF VAN ERP, BRAM AKKERMANS (sous la dir. de): Cases, Materials and Text on Property Law. Hart Publishing (16c Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Ius Commune Casebooks for the Common Law of Europe". 2012, 1170 p., 40 £. ISBN 978-1-84113-750-6.
Coordonné par deux enseignants en droit de l'Université de Maastricht, cet ouvrage majestueux offre une analyse comparative approfondie du droit de propriété tel qu'il prévaut en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre et au Pays de Galles, référence étant également faite à certaines sources en Autriche, en Belgique, en Écosse, en Irlande, aux États-Unis et dans l'Union européenne. Dans un premier temps, la nature même du droit de propriété et ses origines sont présentées, les auteurs mettant notamment en lumière le degré de protection dont les droits de propriété bénéficient. Ensuite, trois chapitres expliquent ce que sont précisément les droits de propriété, expliquant notamment ceux qui sont détenus à l'égard des biens meubles et immeubles. La manière dont ces droits peuvent être soit créés, soit transférés, soit détruits, est ensuite passée en revue de manière systématique. Cette pérégrination dans des extraits de documents de source primaire (législations et jurisprudences), de doctrine et de soft law montre bien que les systèmes juridiques pertinents sont désormais bien plus proches les uns des autres qu'avant, l'intégration économique - en particulier l'intégration des marchés financiers et la liberté d'établissement - ayant conduit à l'intégration de secteurs particuliers du droit de propriété tels que le droit des hypothèques.
(PBo)
*** Futuribles. Analyse et prospective. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Janvier-février 2013, n° 392, 168 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-404-8.
Ce numéro de la revue de prospective créée en 1974 par Hugues de Jouvenel propose notamment une recension d'un ouvrage plaidant en faveur d'un nouveau mode de fonctionnement dans l'entreprise. Dans « L'entreprise autrement », l'homme d'affaires Freddy Sarfati montre comment l'entreprise est devenue… « toxique » à force de contrôle et de défiance à l'égard de ses propres salariés, ainsi que de diktats financiers. Fort de son expérience, il témoigne du fait qu'une entreprise fonctionnant en toute confiance et en bonne intelligence avec ses salariés a routes chances de réussir aussi bien, sinon mieux que les autres. Pour le reste, ce numéro comporte un très riche dossier consacré à la société postcarbone dont les villes seront des acteurs à coup sûr incontournables. Une autre contribution concerne « les jeunes pousses de la culture biologique », tandis que Jean-François Drevet, ancien fonctionnaire de la Commission européenne, revient sur les relations entre l'Union et la Turquie, constatant que de plus en plus d'éléments vont à l'encontre d'une intégration de ce pays dans le club européen.
(MT)