Lorsque la religion n'est qu'une façade. Des bandits de la pire espèce. Tels sont les terroristes qui continuent à s'acharner contre des civils généralement désarmés. La religion n'est souvent qu'une façade qui cache leur activité véritable: le chantage, le trafic de drogue, l'assassinat. Et ils sont les pires ennemis de la véritable culture musulmane. Ces vérités n'avaient jamais été aussi évidentes qu'avec les événements en cours au Mali et alentour, où les Européens ont aussi leurs responsabilités.
Marc Pierini, de Carnegie Europe, a déclaré: « Des groupes qui pratiquent de façon systématique la prise d'otages pour en retirer des rançons ou pour les assassiner, et qui imposent leur loi par flagellations, viols et amputations, sont des terroristes. » En répondant aux questions de Philippe Regnier (Le Soir), il a précisé que les groupes islamistes radicaux sont probablement « de l'ordre de quelques milliers, répartis en plusieurs organisations très fluctuantes et très mobiles (…) Au Sahel, en raison de la configuration géographique, la faible densité de la population et la tradition de trafics divers, des forces mobiles déterminées et bien armées suffisent à créer des centres de pouvoir. Et pour la première fois des mouvements radicaux islamistes pouvaient s'emparer d'un pays entier: le Mali ».
Une civilisation ancienne et glorieuse. Or, les détenteurs de la force brute l'utilisent dans le sens opposé à la civilisation musulmane. La journaliste du quotidien Le Monde, Véronique Mortaigne, a une connaissance approfondie de la richesse et de l'histoire de cette civilisation au Mali. Mosquées et mausolées de terre crue et de sable de toute beauté. Les trois grandes mosquées de Tombouctou sont inscrites depuis 1988 au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco ; l'une d'elles (Sankoré) est le siège de l'université coranique, centre de propagation de l'Islam en Afrique aux XVème et XVIème siècles. Tombouctou recèle près de deux cent mille manuscrits anciens, l'un du XIème siècle est un corpus de traités de médecine, de commerce, de droit foncier et de principes de gouvernance. L'inventaire des richesses artistiques et historiques du Mali comporte aussi la musique: un patrimoine de chants à la gloire de Mahomet en fait partie. C'est cet ensemble que les salafistes radicaux sont en train de détruire.
Le Mali «officiel» est-il fiable ? Dans le domaine politique, un élément important est à ma connaissance négligé par l'UE, par opportunisme politique ou par ignorance. Je me réfère au degré de solidité du gouvernement officiel du Mali et à la confiance qu'il mérite. Selon le New York Times, il y a quelques années, les États-Unis s'étaient investis dans le dossier sahélien dépensant jusqu'à un demi-milliard de dollars pour une stratégie antiterroriste, jusqu'au moment où, au début de l'année dernière, les autorités américaines responsables avaient constaté qu'une partie des troupes maliennes qu'elles avaient entraînées et équipées avait basculé, avec armes et bagages, dans le camp des rebelles qui se sont emparés du nord du pays.
Les points d'interrogation qui se posent à l'UE. Face à la situation décrite, des questions fondamentales se posent pour l'Europe. On se demande si la guerre commencée par la France, et à présent soutenue par la plupart des autres États membres et au-delà, ne risque pas de se prolonger sur le « modèle Afghanistan ». L'on constate que les participants sur le terrain doivent, malgré leurs réticences au départ, s'engager de plus en plus. La coopération internationale, dans le cadre de l'UE et de l'OTAN, est inéluctable, car aucun pays ne cumule à lui seul avions de transport et de ravitaillement, hélicoptères d'attaque, drones, satellites de renseignement, etc. Les pays de l'UE qui en disposent sont en général prêts à fournir leurs instruments, mais dans plusieurs cas en excluant explicitement, l'Allemagne en tête, leur participation au conflit. Et après l'expérience afghane, on comprend la timidité des USA au Mali.
Le deuxième point d'interrogation concerne les relations de l'UE avec les pays du Maghreb. L'Europe ne leur demande pas d'interdire l'existence des salafistes et d'autres musulmans fanatiques, mais d'empêcher qu'ils agissent avec violence contre ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, et que liberté des autres religions et surtout liberté des femmes soient garanties ; voir dans ce bulletin le compte-rendu de la rencontre entre la Commission européenne et l'Union du Maghreb arabe, où les questions de sécurité ont été évoquées. En fait, ces pays ne représentent pas un ensemble: des divergences et même des conflits entre eux subsistent.
La troisième série de problèmes concerne les Arabes résidant dans l'UE et les questions de sécurité qui en résultent. Cette rubrique y reviendra avec des considérations raisonnablement optimistes.
(FR)