Bruxelles, 15/10/2012 (Agence Europe) - L'augmentation du nombre de ressortissants issus des pays des Balkans demandant l'asile dans l'UE inquiète un petit groupe d'États membres qui a demandé dans une lettre envoyée à la Commission européenne que le sujet soit abordé lors du prochain Conseil des ministres européens de l'Intérieur, le 26 octobre à Luxembourg. Ces pays demandent que soit envisagée rapidement la mise en œuvre d'une clause de sauvegarde suspendant provisoirement le régime sans visa dont disposent ces ressortissants.
Dans cette lettre portée et signée par le ministre de l'Intérieur allemand, Hans-Peter Friedrich, au nom de ses collègues ministres de l'Intérieur français, suédois, néerlandais, belge et luxembourgeois, ces pays membres, connus pour être également les plus généreux en termes de protection internationale, expriment leurs préoccupations quant à « l'afflux considérable » observé depuis plusieurs mois de personnes venant des Balkans occidentaux, écrit le ministre Friedrich, et venant s'inscrire en tant que demandeurs d'asile. « Cette situation est préoccupante parce que ces demandes, qui aboutissent très rarement, viennent de plus en plus engorger nos dispositifs d'accueil, déjà en tension. Elle est d'autant moins acceptable que, pour bénéficier du régime d'exemption de visa, ces pays ont été évalués positivement, tant du point de vue des droits des personnes que de leur capacité à gérer les flux migratoires et les questions de sécurité », poursuit le responsable allemand.
Sont particulièrement visés la Serbie et la Macédoine (ARYM), pays pour lesquels M. Friedrich a d'ailleurs déjà annoncé la couleur vendredi 12 octobre en demandant dans une déclaration la fin pure et simple du régime de libéralisation des visas pour ces deux pays, rapporte Reuters. Le ministre avait notamment indiqué que, le mois dernier, les ressortissants serbes et macédoniens comptaient pour au moins un tiers des demandes de protection déposées dans le pays. En septembre, les demandes des citoyens serbes avaient triplé par rapport à août, tandis que le nombre de dossiers déposés par des Macédoniens avait, lui, augmenté de 70%, selon les chiffres donnés par M. Friedrich. Des demandes jugées le plus souvent infondées.
La situation, déjà dénoncée par le passé par la Belgique et le Luxembourg, avait directement conduit la Commission européenne, sous l'impulsion initiale de la France et des Pays-Bas, à avancer en mai 2011 une proposition visant à suspendre de manière temporaire les régimes sans visas accordés aux pays des Balkans, en l'occurrence à la Serbie, l'ARYM, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie et le Monténégro, obtenus entre 2009 et 2010. En vertu de cette proposition amendant le règlement 539 de 2001, une telle suspension était ainsi rendue possible si un groupe d'États membres connaissaient une hausse de demandeurs d'asile issus de ces pays dépassant un certain pourcentage. La proposition est toutefois toujours en discussion entre le Conseil et le Parlement et dans sa lettre, le ministre allemand souligne notamment l'importance pour lui et ses homologues d'obtenir un accord sur le sujet d'ici à la fin de l'année. Le ministre encourage également l'UE à redoubler de contacts avec les autorités des pays d'origine et estime que des actions menées sous l'égide de Frontex pourraient également être envisagées.
Le 26 octobre, les ministres débattront de ce sujet en examinant le troisième rapport de la Commission européenne sur ce mécanisme de libéralisation des visas pour les Balkans occidentaux. Publié le 28 août, celui-ci pointait en effet certains « pics » saisonniers et géographiques en matière de dépôts de demandes d'asile par ces ressortissants, mais notait aussi que, globalement, la majorité des voyageurs provenant de ces contrées s'avérait être de bonne foi.
Lundi midi, le porte-parole de Mme Malmström, Michele Cercone, a toutefois admis une situation « préoccupante » et qui « s'aggrave ». Notant que de plus en plus de demandes d'asile sont jugées infondées, le porte-parole a appelé les pays bénéficiant de ces régimes sans visa à la « responsabilité ». (SP)