Strasbourg, 26/04/2012 (Agence Europe) - Matinée sportive au Conseil de l'Europe mercredi 25 avril, au troisième jour de la session de printemps. Avec l'examen et le vote de deux rapports, les membres de son Assemblée parlementaire (APCE) ont fait le point sur « La bonne gouvernance et l'éthique dans le sport » ainsi que sur « Le trucage des matches » et voté des recommandations y afférant.
Point de langue de bois dans les débats où tous se sont entendus pour convenir que « le monde du sport a besoin d'engager des réformes » car « la réalité est devenue scabreuse et dérangeante », selon les termes du Français François Rochebloine, membre du Parti populaire européen (PPE), auteur du premier texte. La libérale luxembourgeoise Anne Brasseur, rapporteur du second, a quant à elle souligné que « l'anonymat des paris et des transactions favorisé par Internet et la globalisation des marchés financiers expliquaient le fait que le crime organisé prenait de plus en plus le sport en otage ». Citant une enquête menée en Allemagne en 2009, la parlementaire a mentionné 300 matches douteux joués dans 25 pays européens et ayant produit un bénéfice prouvé - et certainement sous-évalué - de 5 millions d'euros pour 1,75 million d'investissement. Huit mois d'enquête, 150 arrestations en Croatie, Slovaquie, Turquie, Finlande, Suisse, Italie etc., 10 condamnations à des peines de prison ; l'affaire n'était pas anodine mais n'a certainement rien d'unique.
Face à ces réseaux et à des pratiques qui pour certaines seraient qualifiées de délits d'initiés dans le monde des affaires et de la finance, la riposte s'impose et ne peut être que la plus large possible a-t-il été dit et redit par des parlementaires conscients qu'avec ses 47 États membres, le Conseil de l'Europe avait la taille critique pour amorcer une réponse harmonisée. Leurs recommandations appellent donc à une vraie fermeté face à un système qui s'éloigne de plus en plus de sa philosophie originelle. Celle sur l'éthique réclame une « loi sur le sport » dans chaque pays, incluant des dispositions pour la protection des jeunes et des migrants, un renforcement des normes de transparence financière favorisant l'autofinancement des clubs et la définition de sanctions proportionnelles à la gravité des dérives avérées.
La recommandation sur le trucage des matches s'axe quant à elle sur l'information des jeunes athlètes face aux manipulations des bandes criminelles, la mise en place de mécanismes de lutte harmonisés en Europe, la collaboration des acteurs du secteur et celle des polices judicaires nationales et internationales, la limitation des paris et la définition de sanctions pénales dissuasives. Last but not least, Anne Brasseur a quant à elle également appelé à la finalisation d'une « Convention sur le sport » élaborée au niveau des 47 États membres du Conseil de l'Europe mais définie en collaboration avec des pays tiers voire avec l'Organisation des Nations unies (ONU).
Si ce sont tous les sports qui sont visés par les textes adoptés à Strasbourg, le football constituait bien évidemment le cœur de cible des critiques avec un véritable uppercut envoyé à la Fédération internationale de football (FIFA) et à son président Joseph Blatter. Dans la résolution basée sur le rapport « Bonne gouvernance et éthique du sport » de François Rochebloine, l'APCE réclame une enquête « approfondie et exhaustive » sur la récente élection de Joseph Blatter afin de déterminer si celui-ci a profité de sa position institutionnelle pour « s'octroyer des avantages indus ou en octroyer à des électeurs potentiels ». Elle réclame également l'intégralité de la publication des documents se rapportant à l'affaire du promoteur suisse ISL/ISMM dont la faillite en 2001 a donné lieu à des allégations de pots de vin destinés à des dirigeants de la FIFA en échange de droits de retransmission de plusieurs coupes du monde. Étouffée contre la restitution des sommes indûment perçues, l'affaire avait été instruite par Thomas Hildbrand, procureur du canton de Zoug. La présence de celui-ci lors des débats strasbourgeois prouvait l'importance de ceux-ci. La FIFA quant à elle avait adressé une lettre au Conseil de l'Europe après l'adoption du rapport de François Rochebloine en commission de la Culture et de l'Éducation le 6 mars dernier. Pour le député français, il est inacceptable que la Fédération se retranche derrière l'autonomie pour se protéger de toute ingérence. « C'est du respect de l'État de droit qu'il s'agit en l'occurrence », a-t-il poursuivi en ajoutant avoir eu le sentiment d'une « loi du silence » à la lecture de ce courrier. Pour lui, point d'omerta possible et ses collègues l'ont suivi. (VL)