L'Argentine et le respect réciproque des engagements. Le différend avec l'Argentine, dont notre bulletin a amplement rendu compt,e est un exemple symbolique de l'attitude plus ferme de l'UE à l'égard de l'égalité de droits et devoirs dans ses relations avec les pays tiers, surtout dans le domaine du commerce, mais pas seulement. L'Europe ne recherche pas d'avantages indus mais réclame que les pays tiers respectent les obligations résultant des accords internationaux et des engagements bilatéraux. Le cas en question, on le sait, porte en particulier sur la décision de Buenos Aires d'exproprier la société pétrolière espagnole Repsol de sa filiale argentine (YPF), qui a été nationalisée. Or, les investissements étrangers ne sont pas intouchables, mais leur nationalisation éventuelle doit être négociée.
La réaction du commissaire européen Karel De Gucht a été explicite: l'Argentine doit négocier avec Repsol une solution mutuellement acceptable et elle doit en général respecter ses obligations concernant le traitement des investissements de l'UE (notre bulletin n° 10600). Ce qui est d'ailleurs dans son intérêt, si elle souhaite éviter d'envoyer un très mauvais signal à tous les investisseurs étrangers. M. De Gucht avait déjà critiqué auparavant l'ensemble des mesures protectionnistes argentines manifestement incompatibles avec les règles de l'OMC, et la Commission européenne n'avait pas attendu le cas Repsol pour préparer une plainte à Genève ; une douzaine d'autres pays (dont les États-Unis) ont souscrit une déclaration dénonçant les mesures que l'Argentine avait déjà prises auparavant, entravant les importations d'un nombre considérable de produits. L'OMC devra bientôt s'occuper de ces dossiers, même si à Buenos Aires on affirme que les restrictions introduites sont compatibles avec les règles de ladite organisation (notre bulletin n° 10601).
Le Parlement européen a lui aussi réagi avec vigueur à la nationalisation de YPF, à l'exception de quelques députés d'extrême gauche qui se croient généreux et avant-gardistes en prenant position au détriment d'un État membre qui est dans son droit et qui traverse un moment particulièrement difficile.
Je souligne que le Brésil a soutenu la position européenne, en indiquant sa disponibilité à fournir à l'Espagne davantage de son biocombustible et assurant que Petrobras réfléchira longtemps avant de faire des investissements en Argentine.
La fiction de l'Association UE/Mercosur. J'insiste sur cet épisode argentin pour deux raisons. La première est qu'il confirme que le projet d'un accord d'association UE - Mercosur ne tient pas debout. Il n'est qu'un hommage à la rhétorique la plus vide dont sont responsables, ensemble, les parlementaires européens qui font semblant d'y croire (et ne renoncent pas à des voyages agréables), la Commission européenne qui négocie à vide depuis des années une association imaginaire et les États membres qui participent à cette farce coûteuse. Le moment n'est-il pas venu de remplacer ce bluff par des négociations sérieuses avec les pays sud-américains qui le souhaitent, Brésil en tête ? On a dû attendre cet épisode pour que le ministre des Affaires étrangères d'un pays de l'UE (l'Espagne, naturellement) pose la question de savoir s'il est raisonnable de continuer à négocier une association avec le Mercosur en tant qu'ensemble, en invitant à sonder le Brésil sur l'opportunité d'accords bilatéraux, ainsi que les autres pays de la région qui le souhaitent (notre bulletin n° 10601). Était-il nécessaire d'attendre le cas Repsol pour le comprendre ?
Autant à Bruxelles qu'à Paris. La deuxième raison pour laquelle l'affaire Repsol mérite une attention particulière, c'est que le dossier des relations commerciales entre l'UE et les pays tiers est politiquement d'actualité dans la phase finale de l'élection du président de la République en France: l'exigence d'une attitude ferme pour défendre les intérêts européens face aux pays tiers est souvent citée dans la campagne électorale en cours comme un objectif à poursuivre. Or, les indications qui précèdent indiquent que cette problématique est autant ressentie à Bruxelles qu'à Paris, et que les institutions communautaires - Parlement européen et Commission en tête - n'avaient pas besoin de l'aiguillon parisien pour intervenir.
(FR)