Strasbourg, 24/04/2012 (Agence Europe) - « Nous ne sommes pas un tribunal mais une assemblée libre qui a le droit de travailler à la recherche de la vérité ». Par ces mots, Tineke Strik, membre du groupe socialiste à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a voulu couper court aux attaques italiennes, espagnoles et maltaises qui ont marqué les débats sur 'Les vies perdues en Méditerranée', rapport dont elle est l'auteur et qui a abouti à l'adoption d'une résolution, mardi matin 24 avril.
Fruit d'une enquête de neuf mois, ce texte tente de faire la lumière sur la mort de 63 migrants subsahariens âgés de 20 à 25 ans, au large de la Libye, en mars 2011, une semaine après le début des frappes internationales. Embarqués avec neuf autres dans un canot pneumatique censé atteindre l'Europe, ils furent délestés de leurs vivres « afin que les passeurs puissent entasser un plus grand nombre de passagers », a-t-il été précisé lors des débats, et ils se trouvèrent rapidement en danger de mort. Après un appel téléphonique à un prêtre italien, l'alerte fut lancée mais sans qu'aucun des navires qui croisaient dans la zone ne vienne à leur secours. Dix jours de dérive à la clé avant d'échouer sur les côtes libyennes où l'un des onze survivants mourut. Les dix autres furent emprisonnés et l'un d'entre eux décéda lors de son incarcération. De l'enquête menée par Tineke Strik au nom de la commission des migrations de l'APCE, plusieurs dysfonctionnements apparaissent et la responsabilité de l'OTAN semble mise en cause « sur la base des données actuellement disponibles ». Car c'est aussi là que le bât blesse. Que ce soit au niveau de l'OTAN ou des États dont des navires battaient pavillon dans la zone, le secret militaire semble avoir été une bonne parade pour éviter de répondre aux questions de la députée néerlandaise. Après avoir nié avoir reçu un signal de détresse, le premier a été contraint de l'admettre. Preuve est faite en effet qu'un garde-côte italien a envoyé un fax aux forces de commandement de l'OTAN ainsi qu'à tous les navires même militaires d'une zone très fréquentée à l'époque de la crise libyenne. Aucun n'a tenté de sauvetage, les survivants mentionnant cependant un bateau qui s'est approché d'eux au point d'avoir vu l'équipage se contenter de les regarder avec des jumelles. Un hélicoptère militaire leur aurait par ailleurs largué de l'eau et des biscuits avant de disparaître pour ne plus revenir. A été également mise en cause une frégate espagnole qui croisait à proximité des naufragés. Les députés de ce pays ont affirmé avoir reçu de leur ministère de la Défense des précisions prouvant qu'elle ne pouvait techniquement avoir reçu le signal de détresse mais ce complément d'information n'est intervenu que lundi soir alors que Madrid a jusqu'ici fait la sourde oreille aux questions d'une Tineke Strik, assez exaspérée par ce manque de collaboration. Si la fierté nationale des parlementaires espagnols, italiens et maltais s'est manifestée lors des débats, aucun des amendements déposés pour édulcorer la responsabilité des uns et des autres n'a été adopté par une assemblée qui a toutefois remis en cause la politique migratoire européenne au travers du règlement 'Dublin II'. Adopté en 2003, ce texte contraint à renvoyer les sans-papiers dans le pays où ils ont pour la première fois posé le pied sur territoire d'Union et n'incite aucun pays à s'imposer une telle charge, ce qui peut en partie expliquer le manque d'empressement des uns et des autres à prendre en charge les naufragés en question. Responsabilités non assumées parce que trop diluées, injustice d'une politique qui impose aux pays du Sud de l'Union européenne l'essentiel de la charge des migrants mais aussi condamnation des autorités libyennes et des passeurs, le rapport de Tineke Strik pose de vraies questions et n'a qu'un but: empêcher qu'une telle tragédie se reproduise. L'APCE a dès lors conclu dans sa résolution que « maintes occasions de sauver les vies des personnes à bord du bateau ont été perdues » et elle a demandé à l'OTAN de mener une enquête sur ces faits dramatiques afin de fournir des réponses détaillées aux questions laissées en suspens. Les parlements nationaux des États concernés sont également appelés à mener des enquêtes internes et le Parlement européen est invité de son côté à chercher des informations supplémentaires, y compris des clichés pris par satellite. (VL)