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Bulletin Quotidien Europe N° 10601
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques d'intérêt européen sur la nouvelle phase de l'élection présidentielle en France

Il est évident que cette rubrique s'exprime sur l'évolution politique en France seulement à propos de ses répercussions sur la construction européenne. Sur le plan interne, chaque peuple s'exprime comme il l'entend: ce n'est pas à nous de porter des jugements, que ce soit à l'égard des choix d'un pays membre récent ou à l'égard d'un grand pays fondateur. Chercher à comprendre ou anticiper les suites d'un choix, on peut essayer ; on l'a fait à propos des évolutions en Hongrie, en République tchèque ou ailleurs ; pourquoi pas pour la France ?

Voici quelques constatations ou remarques ayant parfois la forme succincte d'aphorismes.

1. Une opposition générale inexistante. Les jugements sentencieux qui veulent résumer en quelques mots les événements en France frisent parfois le ridicule. Exemple: « Les Français ont largement plébiscité des partis opposés à l'Union européenne. » C'est faux. En réalité, un seul mouvement politique s'était exprimé en ce sens et les votes qu'il a obtenus correspondent à 18,17% des suffrages.

2. Calendrier immuable. Quel que soit, le 6 mai prochain, le choix final du peuple français, la relance économique dans l'UE, France comprise, ne peut pas être anticipée. Elle est prévue pour la fin de l'année, elle ne peut pas se concrétiser avant. L'Allemagne en a besoin comme tous, mais elle en a besoin surtout… dans les autres États membres, afin que ceux-ci soient en mesure de continuer à acheter des produits allemands.

3. Poids modeste des sujets européens… Dans la campagne électorale française, les questions européennes n'ont pas joué un grand rôle. Par exemple, les « sept engagements » de François Hollande « correspondant aux attentes et aux envies des Français » et qui les ont séduits, ont été ainsi résumés dans les milieux qui lui sont proches: allocation d'études et de formation pour les jeunes ; égalité salariale homme / femmes ; gratuité et anonymat de la contraception ; encadrement des loyers ; centaines de milliers d'emplois dans les énergies renouvelables, plus quelques autres points n'ayant pas de rapport direct avec l'action communautaire.

4 ...mais évolution en cours. Il n'en est toutefois pas de même dans la phase électorale décisive qui vient de commencer. Des sujets essentiels en discussion dépendent des politiques européennes: relations commerciales avec les pays tiers et réciprocité des engagements ; fonctionnement de l'espace Schengen ; application des disciplines financières, etc. Ces aspects et d'autres tout aussi importants relèvent des compétences communautaires, et aussi bien M. Hollande que M. Sarkozy doivent s'exprimer à ce propos.

5. Vers un compromis à propos du Traité « discipline budgétaire » ? La révision du Traité européen sur la discipline budgétaire dans la zone euro (dossier sur lequel j'ai fait le point hier) figure toujours dans le programme de M. Hollande. Mais on commence à parler de la possibilité que cette révision ne prenne pas la forme d'une modification du traité en question, impliquant notamment une nouvelle ratification par les États membres qui l'ont entre-temps déjà signé (ils sont trois pour le moment, d'autres vont suivre).

La solution consisterait en un Protocole à ajouter au Traité. Les milieux communautaires de Bruxelles estiment impossible la renégociation de ce traité, considéré par l'Allemagne comme la contrepartie indispensable des instruments monétaires de soutien aux pays en difficulté. La nécessité de cette contrepartie est soutenue par la presque totalité des forces politiques allemandes, Parti socialiste compris. Sans oublier que le parallélisme entre les objectifs équilibre budgétaire et relance économique est maintenant soutenu par presque toutes les familles politiques, notamment au sein du Parlement européen.

La leçon de démocratie du peuple français. Il serait injuste de ne pas souligner encore la signification du fait que 80% des citoyens français ayant le droit de le faire ont voté dimanche dernier, alors que les prévisions étaient largement inférieures. C'est un exemple et une leçon que le peuple français a donné à d'autres États membres, où la classe politique a été amplement disqualifiée, face à l'opinion publique, par son comportement. En Grèce, en Italie et ailleurs les abus des politiciens professionnels ont été tels qu'ils ont perdu la confiance des populations et les efforts pour la rétablir paraissent encore insuffisants. Certes, en France aussi quelques scandales ont éclaté ; mais les responsables ont été en général privés de toute responsabilité politique.

(FR)

 

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