Bruxelles, 24/11/2011 (Agence Europe) - Une feuille de route avec un calendrier clair pour parvenir à un accord climatique mondial contraignant qui entrerait en vigueur au plus tard en 2020 c'est, pour l'Union européenne, le minimum que la communauté internationale doive au climat, à la planète et aux générations futures si elle veut, comme elle s'y est engagée à Copenhague, maintenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2 ° Celsius. Pour la conférence climatique mondiale qui s'ouvre dans quatre jours à Durban, en Afrique du Sud (COP 17, 28 novembre-9 décembre), le mandat de négociation de l'UE est clair tout comme l'est son niveau d'ambition: les chefs d'État et de gouvernement des 27 les ont formalisés le 26 octobre dernier (EUROPE n°10484). Aussi est-ce sur le principal nœud des négociations - une éventuelle prolongation du Protocole de Kyoto - et sur la responsabilité qui pèse sur toutes les économies majeures, sans exception, que Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'Action pour le climat, a choisi de s'attarder, le 24 novembre à Bruxelles.
Ce jour-là, elle expliquait à la presse européenne l'enjeu des négociations, ce que vise l'UE à Durban et l'impérieuse nécessité que les États-Unis et les pays émergents disent enfin quand ils comptent prendre des engagements sur la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.
« L'UE est prête pour un Traité global à Durban. Mais la réalité, c'est que d'autres économies comme les États-Unis et la Chine ne le sont pas. La prolongation du Protocole de Kyoto, l'Europe y est favorable. Non seulement nous respectons les objectifs de Kyoto, mais nous allons plus loin. Mais l'Europe ne contribue qu'à 11% des émissions mondiales et notre part diminue tandis que celle des autres augmente. L'Europe seule ne peut faire le succès de Durban. Qu'en est-il des émetteurs des 89% restants ? Quand les autres vont-ils nous emboîter le pas ? Le monde interdépendant exige une action globale pour le climat de la part de tous. Ce qui est en jeu à Durban, c'est aller au-delà de Kyoto. L'UE est ouverte à une deuxième période d'engagement à certaines conditions: si nous avons l'assurance des autres émetteurs majeurs qu'ils vont nous suivre et si l'intégrité environnementale du Protocole est préservée. Nous nous sommes ambitieux, les autres doivent bouger », a déclaré Mme Hedegaard. Et d'insister en particulier sur l'importance que la Chine, le Brésil, l'Inde et les État-Unis le fassent.
C'est une urgence car les engagements actuellement sur la table représentent 60% seulement des réductions d'émissions requises pour respecter l'objectif de 2° Celsius, et que les rapports alarmants qui se multiplient (du GIEC, de l'AIE, de l'OMM) mettent en évidence le contraste entre l'augmentation des émissions globales de CO2 et la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes, et la lenteur des négociations internationales d'autre part.
En outre, les chiffres parlent d'eux-mêmes. La commissaire ne s'est pas privée d'en citer quelques-uns. Ainsi, le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie (World Energy outlook) montre que les émissions sont essentiellement dues aux économies émergentes dépendantes du charbon. En termes d'émissions rapportées au PIB, l'UE est à la 25ème place dans le monde. Si l'on calcule les émissions par tête d'habitant, l'UE est à 8,1%, talonnée par l'Afrique du Sud (7,6%) et la Chine (6,8%). Sans compter qu'au TOP 5 des grands émetteurs en 2009 la Chine était en tête (24%), suivie par les États-Unis (18%), l'UE-27 (11%), l'Inde (5,4%) et la Russie (5,25%).
Soulignant que l'UE est prête à une deuxième période d'engagement du Protocole de Kyoto « bien que le Japon, la Russie et le Canada ne s'engagent pas », Mme Hedegaard a justifié ce oui conditionnel par deux raisons simples « sans conditions il n'y aurait non seulement pas de réduction d'émissions supplémentaires, mais en plus, les autres pays se sentiraient tranquilles pour les années à venir, comptant sur l'Europe pour faire tous les efforts ». La feuille de route que l'UE veut obtenir devra contenir un calendrier pour que les grands émetteurs s'engagent à réduire leurs émissions en 2015 en vue de parvenir à l'accord global contraignant en 2020 au plus tard. « La valeur juridique devra être la même pour tous », même si les engagements seront différenciés pour tenir compte des responsabilités différenciées dans la contribution au réchauffement. « Ce sera la question clé à Durban », a précisé la commissaire. Cette question tient particulièrement à cœur à l'Afrique du Sud, pays hôte de la COP17, ainsi qu'à tous les pays en développement.
Outre cette question majeure, l'UE espère bien que Durban permette de progresser dans les travaux visant à inclure les transports maritime et aérien dans le futur accord, à développer un programme sur l'agriculture et à établir de nouveaux mécanismes de marché, en particulier des accords sectoriels. Le dialogue se poursuit avec les pays tiers qui contestent la législation européenne incluant l'aviation civile dans l'ETS, a indiqué Mme Hedegaard. À ceux qui lui demandent si l'UE, évincée des négociations à Copenhague a encore un poids quelconque dans les négociations, la commissaire répond: « Quand on ne réussit pas à faire pression, on critique l'Europe. Ce sont ceux qui campent sur leur positions qu'il faudrait critiquer ». (AN)