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Bulletin Quotidien Europe N° 10357
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE ne peut pas renoncer à son droit de contrôler l'immigration économique

Tunisie en difficulté. Dans le cadre du « printemps arabe » pour la liberté et la démocratie, seule la Tunisie a déjà concrétisé sa transformation et dispose d'un gouvernement non contesté à l'intérieur et reconnu à l'extérieur (voir cette rubrique d'hier). Mais ce gouvernement doit faire face à une évolution imprévue: la fuite vers l'Europe d'un nombre considérable de jeunes qui ne peuvent pas faire valoir un droit d'asile, étant clandestins et «émigrés économiques». Pourquoi n'ont-ils d'autre objectif que de quitter leur patrie au moment où elle a conquis sa liberté ? Pourquoi le gouvernement démocratique s'efforce-t-il par tous les moyens d'éviter leur retour ? Les réponses sont évidentes: de nombreux jeunes Tunisiens estiment avoir en Europe davantage de chances de trouver une activité satisfaisante et un avenir; les autorités tunisiennes sont conscientes que la création d'emplois sur place est une œuvre de longue haleine.

Ces autorités ne cachent pas la gravité de la situation. On avait espéré à Tunis, pour cette année-ci, une croissance de 4 à 5%, mais les répercussions directes et indirectes du conflit libyen ont détruit cet espoir. Le tourisme a chuté de 40% depuis janvier, avec des répercussions automatiques sur le transport maritime et aérien. « Dans le sud du pays, les habitants n'ont plus rien pour vivre », a déclaré un professeur de l'Université de Tunis. Il est vrai que le pays devrait récupérer les richesses qui auparavant disparaissaient dans les poches des chefs corrompus ; mais pour le moment les pertes, compte tenu du ralentissement économique et des revendications sociales, sont encore plus importantes. Et, en juin, 80.000 nouveaux diplômés s'ajouteront à ceux qui déjà recherchent un emploi. Le déficit budgétaire est soutenable, mais pour combien de temps ?

Un point de départ. Les constatations qui précèdent confirment une vérité souvent négligée: la liberté et la démocratie ne sont qu'un point de départ. La création d'une base économique solide, c'est une autre affaire. L'UE elle-même en fait l'expérience chaque jour, en particulier avec les péripéties de la zone euro: la liberté et la démocratie fonctionnent partout en Europe de manière correcte, mais certains États membres doivent appliquer des programmes d'austérité et introduire des réformes considérables pour rester dans cette zone. Construire la démocratie est indispensable mais n'est pas suffisant. Chaque pays méditerranéen doit être conscient que le résultat de sa transformation dépend de lui-même. L'UE apporte et apportera son soutien, mais l'immigration clandestine ne peut pas constituer une base pour cet appui.

La Tunisie est pourtant l'exemple le plus encourageant et positif du passage à la démocratie. Ce qui arrive en Syrie et ailleurs (Yémen, Bahreïn, etc.) prouve à quel point les évolutions sont ailleurs aléatoires et imprévisibles. En laissant ouverts les cas de l'Égypte et de la Libye, il est, à mon avis, très improbable que d'autres pays arabes suivent la route de la Tunisie. Il y aura presque partout des concessions aux revendications populaires, des innovations, davantage de liberté, mais sans changements de régime.

L'UE doit sauvegarder son identité. L'UE doit réviser son approche des relations avec les pays tiers méditerranéens et avec les pays arabes dans leur ensemble, en tenant compte des évolutions et des aspirations de chacun. Le projet Union pour la Méditerranée a toujours été fictif, car les pays extra-européens riverains de cette mer n'ont jamais songé à construire de leur côté les conditions indispensables pour concrétiser l'objectif prioritaire affiché, à savoir une zone de libre-échange, irréalisable du moment que ces pays ont toujours gardé et souvent renforcé les barrières entre eux. L'effort français de sauvegarder la façade de ce projet est une opération sémantique, sans signification réelle. Tout est possible entre l'UE et les pays tiers méditerranéens, mais en se fondant sur les réalités et sur les aspirations de chacun.

Et que dire des élucubrations de commentateurs superficiels (même s'ils ont un titre universitaire) qui pensent faire un geste généreux en préconisant l'adhésion à l'UE de la Tunisie, et pourquoi pas d'autres pays extra-européens ? Une UE diluée dans un ensemble aux frontières indéfinies, comportant aussi la Turquie et donc étendue jusqu'au cœur de l'Asie, ne pourrait plus gérer ses politiques communes, faire progresser ses régions défavorisées, disposer d'institutions dotées de pouvoirs effectifs. Ce serait un ensemble sans personnalité et sans règles ; inefficace sur le plan interne et dans l'impossibilité d'aider autrui.

Concrètement, la Commission européenne présentera en mai sa proposition sur la rénovation de la politique de voisinage de l'UE et sur la répartition de sa dotation entre le sud et le nord, opération délicate car les priorités des États membres diffèrent et la politique budgétaire doit être rigoureuse. Le commissaire européen Stefan Füle a annoncé qu'il sera tenu compte des avancées qualitatives des pays bénéficiaires vers une véritable évolution démocratique. C'est une indication intéressante. (F.R.)

 

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