Strasbourg, 06/04/2011 (Agence Europe) - Le débat en plénière, mercredi 6 avril, sur les leçons de l'accident nucléaire en cours à la centrale de Fukushima Daichi, consécutif au tremblement de terre et au tsunami qui ont dévasté le Japon le 11 mars, a confirmé les divisions au Parlement européen, aussi bien entre groupes politiques qu'en leur sein, avec des clivages nationaux, sur le rôle à réserver à l'avenir à l'énergie atomique. Les 736 députés doivent toutefois s'entendre sur une résolution commune. En outre, si la conduite de tests de résistance (stress tests) à une série de menaces des 165 réacteurs implantés sur le continent européen, en incluant la Suisse, la Russie et l'Ukraine, ainsi que les centrales en construction ou planifiées, fait l'unanimité, les députés s'interrogent sur l'indépendance des parties qui conduiront ces tests et insistent sur la transparence.
Dans un hémicycle relativement rempli où, en ouverture du débat, les députés écologistes ont brandi des pancartes soulignant leur opposition à l'atome, la ministre hongroise Enikö Györi, au nom du Conseil, puis Günther Oettinger, au nom de la Commission européenne, ont dans un premier temps rappelé l'enjeu des stress tests et l'importance de vite réviser le cadre réglementaire communautaire sur la sûreté nucléaire. Le commissaire à l'Énergie a répété son souhait d'étendre les critères des stress tests, que ses services élaboreront d'ici la mi-mai en collaboration avec les groupe des autorités nationales de sûreté nucléaire (ENSREG), à d'autres risques que les séismes, les inondations et raz de marée, l'âge et la conception des réacteurs, la perte de refroidissement, la conception des systèmes d'urgence, à savoir les crashs d'avion et les attentats terroristes. Oettinger a aussi confirmé que l'UE fera tout son possible pour étendre ces tests aux pays voisins de l'UE hébergeant des centrales, la Suisse, la Russie, l'Ukraine et l'Arménie, ou envisageant leur construction, en Turquie et au Bélarus.
À l'instar de Corien Wortmann-Kool, les conservateurs (PPE) ont répété leur engagement en faveur du recours au nucléaire. « Nous avons besoin de tests au niveau paneuropéen dans toutes nos installations, avec des critères communs. Si elles ne passent pas ces tests, nous voulons un engagement des États membres pour que des mesures soient prises immédiatement pour corriger la situation. Mais l'énergie nucléaire est une source que nous ne pouvons pas jeter aux oubliettes », a expliqué la Néerlandaise. « C'est bien de l'amélioration de la sûreté nucléaire dont on doit parler, pas de la remise en question du nucléaire civil alors qu'il constitue un élément essentiel de l'indépendance énergétique et la lutte contre les gaz à effet de serre », a insisté son collègue français Gaston Franco. Tandis que la Slovène Romana Jordan Cizelj a affirmé sa ferme opposition à la fermeture des centrales, son collègue autrichien Richard Seeber a porté une voix discordante au sein du PPE, plaidant pour une élimination progressive des réacteurs européens.
Soulignant que « le nucléaire se différencie des autres sources d'énergie en ce qu'il peut causer en peu de temps des dommages énormes pour les populations », au mépris des frontières, la Suédoise Marita Ulvskog a, au nom du groupe S&D, appelé l'UE à « prendre des décisions aussi harmonisées que possible en matière de sûreté » et « développer une stratégie qui permette de fermer à court et moyen terme le parc nucléaire européen ». « Les centrales qui ont 40 ans encore en activité, c'est inadmissible ! », a insisté la Néerlandaise Kathleen Van Brempt, appelant à tester la résistance des centrales à une combinaison de risques. « Le nucléaire est une énergie sobre en carbone, mais qui repose aussi sur des réserves épuisables et avec un potentiel dangereux », a renchéri leur collègue française Catherine Trautmann, appelant à mener les stress tests en toute transparence et mettre en place un régulateur européen indépendant.
Appelant à aborder les stress tests à un niveau multinational, Lena Ek a estimé, au nom des libéraux (ADLE), qu'ils n'allaient « pas assez loin ». « Il faut évaluer les risques technologiques et géographiques mais aussi les effets cumulatifs des défaillances multiples telles que les coupures d'électricité et d'approvisionnement en eau ainsi que les systèmes de backup peu fiables », a expliqué la députée suédoise, appelant à leur conduite par des experts indépendants. « Les États membres doivent être honnêtes et ouverts en ce qui concerne les coûts réels du nucléaire, que ce soit les assurances, la question des déchets radioactifs, l'intervention de l'État en cas d'accidents et les aides d'État », a ajouté la Britannique Fiona Hall, appelant, au nom de l'ADLE, à un moratoire sur la construction de nouveaux réacteurs dans l'attente des résultats des stress tests.
Au nom des Verts, l'Allemande Rebecca Harms et la Française Michèle Rivasi ont mis en doute l'indépendance des autorités de sûreté nationale dont les critères, l'examen et les résultats des stress tests seront du ressort. « Nous souhaitons que les stress tests soient à la base d'une sortie du nucléaire », a insisté Mme Harms. « La seule centrale nucléaire sûre, c'est celle qui n'a jamais été construite. Le reste est de l'utopie. Nous devons créer une Europe où l'énergie est 100% renouvelable », a renchéri le Luxembourgeois Claude Turmes.
Pour le groupe ECR, Giles Chichester, ardent défenseur du nucléaire, a appelé à ne pas agir à la hâte. « Il faut différencier les réacteurs qui ont 50 ans des nouvelles installations. Il faut être certain de ce qu'il s'est passé au Japon avant d'envisager l'étape suivante », a insisté le Britannique. Le Polonais Konrad Szymanski a souligné l'importance de soumettre les centrales des pays voisins aux mêmes tests. (E.H.)