Bruxelles, 20/12/2010 (Agence Europe) - « Le budget européen n'est pas pour Bruxelles, mais pour l'Europe » et il vise à apporter « une valeur ajoutée » aux efforts des États membres visant à accroître la compétitivité, la croissance et les emplois « dans un contexte d'austérité », a déclaré lundi 20 décembre la porte-parole de la Commission européenne, interrogée sur la lettre prônant un renforcement du contrôle des dépenses européennes que cinq États membres (Allemagne, Finlande, France, Pays-Bas, Suède) ont adressée à l'institution européenne. « Vingt-deux autres États membres » ont également une autre position et souhaitent peut-être nous la faire parvenir, a-t-elle avancé. Rappelant qu'un processus de consultation sur le cadre financier pluriannuel après 2013 est engagé et aboutira à des propositions législatives de la Commission en juin prochain, la porte-parole a prôné un débat politique « sur le fond » afin de cerner les futures priorités politiques de l'UE avant de prendre des décisions sur les montants nécessaires pour mettre ses priorités en musique. D'ailleurs, le Conseil européen abordera au printemps les questions de l'énergie et de l'innovation qui auront aussi une incidence budgétaire.
Au Parlement européen, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer la position des États membres prônant l'austérité dans les dépenses communautaires. « Si la politique financière de l'Union se décide à Berlin, sa politique budgétaire à Londres, sa politique agricole à Paris, sa politique régionale à Varsovie, sa sécurité militaire à Washington, son approvisionnement énergétique à Moscou, et son avenir nulle part, alors, il n'y a plus d'Europe ! », s'exclame Alain Lamassoure (PPE, français) dans un communiqué. Le président de la commission des budgets du Parlement européen appelle le Conseil européen à compléter le Pacte de stabilité et de croissance par « un pacte européen de solidarité », qui répartisse « équitablement » les efforts et mutualise le financement des politiques d'avenir, afin de reconstruire les économies nationales « gravement affaiblies par la crise ». Et d'ajouter: « L'avenir commun de l'Europe ne se décide pas en quelques heures, dans le secret de quelques initiés anonymes de quelques pays, mais en plein jour, de façon transparente et démocratique, après un vrai débat européen, en mettant tous les problèmes à plat, et en y associant tous les parlements et les opinions publiques de tous les pays de l'Union ».
Le président du groupe PPE Joseph Daul (PPE, français) a quant à lui dénoncé l'attitude « populiste » du Premier ministre britannique David Cameron qui, avec d'autres dirigeants européens, veut à terme « un budget européen réduit » (voir autre nouvelle). « Mon Europe n'est pas celle de M. Cameron, dépourvue d'ambitions politiques et des moyens adéquats pour les réaliser. Tous les pays qui remettront en cause les investissements de long terme dont l'Europe a besoin pour être compétitive dans la mondialisation trouveront le Groupe PPE, et la majorité du Parlement européen, contre eux », a-t-il insisté.
Dépenser mieux. Samedi 18 décembre, l'Allemagne, la Finlande, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède ont adressé une lettre conjointe à la Commission européenne prônant un renforcement du contrôle des dépenses européennes (voir en annexe EUROPE/Documents N° 2545). Selon ces cinq pays, « la dépense publique européenne ne peut s'exonérer des efforts considérables des États membres visant à maîtriser leurs dépenses publiques ». Convaincus que « la mise en œuvre de politiques européennes ambitieuses au service des citoyens est possible avec un volume de dépenses stable », ils plaident pour deux mesures concrètes: - en 2012 et 2013, les efforts entrepris pour maîtriser la croissance du budget européen en 2011 doivent être poursuivis ; - lors du cadre financier pluriannuel après 2013, les crédits de paiement ne devrait pas augmenter davantage que l'inflation au cours de la période couverte. Les cinq États membres veulent que soit définie la règle selon laquelle le niveau des crédits d'engagement ne devrait pas excéder leur niveau de 2013 corrigé d'un taux de croissance inférieur à celui de l'inflation pendant la durée du prochain cadre financier. « L'enjeu des prochaines années ne sera pas pour l'Union européenne de dépenser plus mais de mieux dépenser », estiment les cinq dirigeants européens, qui suggèrent « un suivi précis » des dépenses engagées.
« L'UE ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens. (…) Partout en Europe, les pays se serrent la ceinture pour faire face à leurs déficits. L'Europe ne peut pas non plus y échapper. Nous avons besoin d'une réelle contrainte budgétaire à partir de 2014 », a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron, vendredi 17 décembre à l'issue du Conseil européen (EUROPE n° 10280). Selon le président français Nicolas Sarkozy, « La France ne demande pas une réduction du budget européen mais sa stabilisation au moment où les États membres font des efforts pour réduire leurs budgets ». (M.B.)