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Bulletin Quotidien Europe N° 10259
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/mÉditerranÉe

Quelle institutionnalisation pour la politique méditerranéenne ?

Barcelone, 18/11/2010 (Agence Europe) - Conçue pour faire entendre la voix du monde académique avant le sommet de l'UpM, qui devait avoir lieu le 21 novembre à Barcelone mais a été reporté, la réunion organisée par Euromesco, réseau des instituts d'études politiques et stratégiques, et IEMED, Institut européen de la Méditerranée, s'est transformée en instance d'évaluation et de proposition pour une relance durable et crédible du processus. La question la plus fréquemment posée est désormais celle du lien entre l'UpM et l'Union européenne. Au nom du Conseil de l'UE, Christian Jouret, chef d'unité Moyen-Orient a rappelé que l'UpM n'est pas une émanation directe de l'UE mais de ses États membres et que l'Union doit maintenant définir son lien à travers la coprésidence européenne de la nouvelle structure. Le débat à ce sujet n'est pas achevé et devrait permettre de préciser le rôle de la diplomatie européenne dans ce processus. Ce débat serait d'autant plus nécessaire qu'il est désormais clair, depuis la décision du Comité des Hauts fonctionnaires, le 12 novembre dernier, que le mandat du secrétariat général est désormais limité à la gestion des six projets prioritaires définis par le « sommet » fondateur de juillet 2008 à Paris.

En l'état, les esprits sont surtout focalisés sur ce qui a conduit au relatif échec de l'UpM (blocage politique mais avancées « techniques »). Les raisons multiples, politiques et de structuration du processus, ont été soulignées par tous les orateurs présents et la plupart ont pointé du doigt la «confusion institutionnelle » dont il importe maintenant de sortir. « Dans les années 2000, le cadre politique établi par la déclaration de Barcelone a été modifié: le découplage de ses composants multilatéraux et bilatéraux a permis d'ouvrir une nouvelle voie menant à l'Union pour la Méditerranée et à la politique de voisinage, respectivement », note Senen Florensa, directeur général de l'IEMED et ancien ambassadeur dans des pays du Maghreb. « Alors que la PEV (Politique européenne de voisinage) demeure une politique émanant de l'UE, l'UpM a émergé comme un projet intergouvernemental ». Il s'y ajoute une différenciation entre « la PEV bilatérale et le partenariat euroméditerranéen » dans son approche régionale qui à ce jour n'est pas résolue. Pour Youssef Amrani, secrétaire général du ministère marocain des Affaires étrangères, « si l'UpM a traversé des turbulences politiques, elle n'a pas pour autant connu de crise systémique qui menacerait son existence » et « il n'est pas écrit que le conflit du Proche-Orient demeure indéfiniment la pierre d'achoppement de toute coopération régionale ». L'important à ses yeux est de maintenir ce partenariat « entre égaux », affirmant que « le devenir du partenariat dépend de la capacité de ses membres à intégrer et à assumer sa nouvelle nature paritaire ». La condition serait de « capitaliser avantageusement sur les acquis de Barcelone et de parvenir à créer des synergies entre des coopérations renforcées à géométrie variable ». Pour Lotfi Boumghar, directeur de l'institut national algérien d'études stratégiques (INESG), l'urgent serait d'établir la cohérence entre toutes les approches en cours et de se fixer par priorité sur les expériences « qui marchent » en faisant référence au dialogue ancien « 5+5 » qui regroupe les pays de la Méditerranée occidentale, européens et de la rive sud. Andreu Bassols, représentant de la Commission européenne au sein du secrétariat général de l'UpM a, quant à lui, rappelé les acquis multiples réalisés dans toutes les formes de coopération euroméditerranéenne.

Dans la suite des débats, plusieurs orateurs ont souligné le besoin de rationaliser l'approche et de penser, a dit l'un d'entre eux, au « logiciel d'exploitation plus qu'aux applications ». Il y a une « demande de Méditerranée » évidente et qui est à satisfaire mais la réponse n'est encore donnée dans aucun des cadres existants.

Il en ressort que l'heure est plus aux questions et aux suggestions et différentes propositions sont faites sur la manière de structurer le dialogue avec une attente spéciale sur ce que fera la diplomatie commune européenne, Mme Ashton en l'occurrence. Les deux journées de débat devaient permettre de traiter du lien entre l'approche euroméditerranéenne et la nouvelle politique étrangère européenne et comment éviter les « double emploi ». M. Jouret a expliqué que le débat est ouvert au sein des institutions européennes.

La diplomatie européenne ne sera forte que si elle englobe la Méditerranée, a-t-il été dit. L'UE puisera une puissance politique et l'implication de la Turquie, intermédiaire utile et actif, et la politique régionale en Méditerranée a été citée comme une des ressources dans laquelle la diplomatie européenne pourra se fortifier et jouer pleinement le rôle qu'elle est constamment appelée à jouer pour la solution du principal sujet de préoccupation mondial: le conflit du Proche Orient dans lequel elle paraît être un acteur passif. (F.B.)

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