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Bulletin Quotidien Europe N° 10257
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/mÉditerranÉe

Perplexité après le report du sommet de Barcelone

Bruxelles, 16/11/2010 (Agence Europe) - La coprésidence franco-égyptienne de l'UpM (Union pour la Méditerranée) et l'Espagne ont « examiné attentivement les conditions dans lesquelles pourrait se tenir un second sommet de l'UpM » et décide de reporter le sommet envisagé à Barcelone le 21 novembre. En réalité, le report est une annulation, la deuxième après celle de juin dernier pour le même motif: les inévitables piétinements du processus de paix au Proche-Orient. Les trois pays expriment dans un communiqué diffusé le 15 novembre leur « souhait que ce sommet puisse se tenir à Barcelone dans les prochains mois. Ils appellent à cette fin à une reprise rapide des négociations israélo-palestiniennes sur la base du droit international, des accords signés entre les Parties et des autres termes de référence du processus de paix ». Mais cet agenda n'est pas le leur, ni même celui des pays de la rive sud et cela illustre une nouvelle fois, si besoin est, que le lien entre la paix au Proche-Orient et le dialogue entre l'UE et ses voisins du sud semble impossible à défaire. Cela vaut aussi pour plusieurs conférences ministérielles sectorielles qui sont reportées ou ne se terminent pas par la publication de conclusions communes (comme, récemment encore, les ministres du Commerce) faute de s'accorder sur une formulation politique acceptable par tous. Une bonne part des projets envisagés, en particulier sur la protection civile, ne pourront échapper à la logique née d'un conflit qui dure depuis 1948.

Il aura cependant fallu quatre jours pour que les deux coprésidences et l'Espagne, pays hôte, trouvent les mots pour expliquer les raisons de cette annulation: « Constatant que le blocage actuel du processus de paix au Proche-Orient rendait impossible une participation satisfaisante au sommet envisagé pour le 21 novembre à Barcelone, la coprésidence et l'Espagne ont décidé de le reporter ». Cette hésitation serait due à d'ultimes tentatives pour une formule qui sauverait la face des trois pays et de M. Moratinos en particulier qui s'est personnellement engagé à assurer le succès du sommet même s'il y a laissé son poste de ministre des Affaires étrangères (accusé notamment de trop « proche-orientaliser » le dialogue EuroMed).

Les trois pays n'ont manifestement pas tenu à laisser s'imposer l'idée d'un échec de leurs efforts, souvent menés en marge de la diplomatie commune européenne et même en excluant celle-ci du jeu. Ils ajoutent dans leur communiqué que « dans l'attente de ce second sommet, l'Égypte, la France et l'Espagne invitent les institutions de l'Union pour la Méditerranée à poursuivre leur action. Elles expriment leur satisfaction devant l'avancée des projets correspondant aux priorités fixées par les chefs d'État et de gouvernement lors du sommet de Paris du 13 juillet 2008. Elles prennent acte des pas importants que constituent la mise en place opérationnelle du Secrétariat permanent établi à Barcelone ainsi que l'adoption de son budget et de son programme de travail, qui vont permettre à l'UpM de poursuivre à un rythme plus soutenu ses actions en faveur d'une coopération toujours plus étroite entre les deux rives de la Méditerranée ».

Les trois pays font référence à l'accord intervenu le 12 novembre entre les hauts fonctionnaires des 43 pays qui chapeautent le secrétariat général et qui a fixé, à la baisse de plus de la moitié, le premier budget (2011) de cette entité commune basée à Barcelone. La fixation d'une enveloppe de 6,2 millions d'euros (contre 14,5 millions au départ) ne résout pas définitivement la question des moyens de son fonctionnement, car seule la Commission européenne a annoncé sa contribution (3 millions d'euros) mais qui ne sera utilisable qu'en « cofinancement ». Or, aucune autre partie n'a formellement annoncé qu'elle allait alimenter le fonds commun, mis à part l'Espagne dont l'offre gracieuse des locaux complétera probablement un versement en argent frais. La France a fait une promesse. L'Allemagne laisse entendre, sans plus, qu'elle contribuera aussi mais certains États membres (comme les pays baltes) indiquent clairement qu'ils s'abstiendront. Les statuts ne prévoient que des contributions « volontaires ». À noter surtout qu'aucun pays de la rive sud n'a à ce jour donné d'indication, ni dans un sens ni dans l'autre.

Les hauts fonctionnaires ont aussi arrêté le programme de travail et le règlement intérieur du secrétariat général pour en assurer le fonctionnement et lui permettre de commencer à initier des projets. Son mandat a été formellement limité à cet aspect, rabotant les ambitions initiales. Une préoccupation se fait jour face au faible nombre de candidatures dans le recrutement d'experts: niveaux de rémunérations ou foi dans le projet euroméditerranéen ? Les deux hypothèses sont évoquées.

Fort d'un budget théoriquement acquis, d'une charte de travail, le secrétariat général est encore loin de pouvoir démarrer concrètement et il ne pourra sortir de l'ornière que lorsque le flou actuel, politique et institutionnel, aura été dissipé. Les divers commentateurs soulignent que le plus grand chantier demeure celui de la nature même de cet organisme. La difficulté de tenir un sommet reporte à une échéance inconnue le passage de relais entre coprésidences ; la France et l'Égypte ne se trouvent pas de remplaçants. D'où l'idée qui émerge d'une remise à plat du processus pour mieux en redéfinir l'approche. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, focalise désormais l'attention et ses initiatives sont attendues avec impatience. Son intention est d'en parler lundi 22 novembre au Conseil Affaires étrangères, mais le sujet ne ferait plus partie des urgences de cette fin d'année. (F.B.).

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