Bruxelles, 16/11/2010 (Agence Europe) - Le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn s'est dit « plutôt inquiet » au sujet de la tournure du débat public qui laisse apparaître une division entre États membres sur la façon de traiter la délicate situation irlandaise, mardi 16 novembre avant le début de la réunion de l'Eurogroupe (EUROPE n°10256). Critiquant « l'alarmisme existentiel » de certains responsables européens, il a appelé les ministres européens à retrouver « le sens de l'unité » et faire preuve de « détermination » afin de trouver « une solution européenne » favorisant la stabilité financière dans la zone euro. « Je m'attends à ce que l'Eurogroupe soutienne cet objectif », a-t-il ajouté.
Le commissaire a ainsi pris le contrepied du président du Conseil européen Herman Van Rompuy qui avait évoqué, plus tôt dans la journée, une question de « survie » pour la zone euro. « Je veux dire que ce n'est pas une question de survie de la zone euro, il s'agit d'un problème très sérieux émanant du secteur bancaire irlandais », a indiqué M. Rehn. Devant le think tank European Policy Centre, M. Van Rompuy a estimé une action commune nécessaire pour assurer la survie de la zone euro « parce que si la zone euro ne survit pas, l'Union européenne ne survivra pas » (voir autre nouvelle).
Solution européenne. Afin de mettre sur pied une solution européenne, les autorités irlandaises sont en contact avec la Commission, la BCE et le FMI. Selon le commissaire, les problèmes à résoudre concernent directement le secteur bancaire irlandais, soutenu à hauteur de 50 milliards d'euros par l'État irlandais, même si ces difficultés rejaillissent sur les coûts de refinancement de la dette souveraine irlandaise. « La dette souveraine irlandaise est suffisamment financée jusqu'au milieu de l'année prochaine », a pourtant rappelé M. Rehn. La BCE est d'avis que le mécanisme de stabilisation financière (EFSF) pourrait être activé pour éponger les pertes essuyées par le secteur bancaire irlandais, lui-même sous perfusion publique et fortement dépendant des liquidités de la BCE. L'Allemagne pousse dans ce sens. Une éventualité que le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker n'a pas exclue à son arrivée à Bruxelles. « Si l'Irlande a besoin d'aide, nous l'aiderons. Mais l'Irlande n'a pas demandé de l'aide », a déclaré la ministre française Christine Lagarde. « La bonne chose est que nous avons un mécanisme en place, nous savons comment le faire fonctionner », a-t-elle ajouté en référence à l'EFSF. Attendant le rapport du ministre irlandais, son homologue allemand Wolfgang Schäuble s'est inquiété que la spéculation détermine les événements et non l'inverse. Mais certains pays comme la Finlande considèrent que l'activation du mécanisme de stabilisation financière ne devrait intervenir qu'en dernier recours, et non simplement pour calmer les marchés financiers.
Mardi, le premier ministre Brian Cowen a répété devant le parlement irlandais que son pays n'a pas fait de demande officielle d'aide, rapporte l'AFP. Il a espéré nécessaire que l'Union européenne mette sur pied des solutions pour gérer le coût élevé du refinancement de la dette souveraine dans la zone euro. « Le coût de l'argent est tout simplement trop élevé. (…) Il faut trouver de nouvelles initiatives au sein de la zone euro pour gérer cette question », a-t-il considéré. Faisant face à un déficit public supérieur à 30% pour 2010, l'Irlande présentera la semaine prochaine un plan quadriennal d'austérité afin de revenir à un déficit inférieur à 3% du PIB d'ici 2014. Les économies à réaliser en 2011 doubleront, passant de trois à six milliards d'euros. (M.B.)