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Bulletin Quotidien Europe N° 9929
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Énergie: la politique commune incontournable mais largement inexistante

Le titre est ambitieux: José Manuel Barroso a appelé « La politique européenne de l'énergie pour le XXIème siècle » le discours qu'il a prononcé mercredi à Berlin, présentant une vue globale de la situation actuelle et des initiatives, en cours ou en préparation qui doivent permettre à l'UE de faire face aux défis énergétiques et de jouer dans le monde un rôle d'avant-garde. Mais la politique de son titre existe-t-elle ?

Réalisations et projets. Une partie des déclarations du président de la Commission, descriptive et explicative, expose les objectifs européens essentiels, les réalisations et les projets. La sécurité des approvisionnements, le développement des énergies renouvelables, les économies d'énergie, le progrès technique, la réduction des émissions nocives, les nouvelles technologies: dans la plupart de ces domaines, l'Europe est à l'avant-garde. Plusieurs projets bénéficient de financements communautaires: environ 4 milliards d'euros sont déjà engagés dans des infrastructures nouvelles dont la construction commencera en 2009 et 2010. M. Barroso a souligné le triple effet des projets énergétiques: sécurité de l'approvisionnement, relance économique et réduction de la pollution. Il a rappelé les mesures formellement adoptées ce jeudi même (troisième paquet) en direction d'un véritable marché commun de l'énergie, ainsi que l'importance du système de transport. En matière de coopération entre les États membres et avec les pays tiers, il a cité: le plan d'interconnexion entre les pays riverains de la mer Baltique, signé la semaine dernière ; l'intention de la Commission de développer l'année prochaine une initiative analogue pour la région du Danube ; l'initiative d'entreprises allemandes à propos de l'exploitation des ressources immenses en énergie solaire de l'Afrique du Nord.

Les initiatives citées ainsi que celles concernant l'énergie nucléaire (par les États membres favorables), la biomasse, etc. nécessitent des investissements colossaux ; mais ils sont justifiés car une économie pauvre en carbone « représente rien de moins que l'opportunité industrielle de ce siècle ».

Le problème russo-ukrainien. M. Barroso avait consacré la première partie de son discours à la sécurité de l'approvisionnement, sans cacher les éléments de préoccupation: c'est, à son avis, le principal souci immédiat auquel l'Europe doit faire face. Il s'est référé explicitement au dossier du gaz russe transitant par l'Ukraine, amplement évoqué dans cette rubrique d'hier, en rappelant l'interruption de janvier dernier: un cinquième des fournitures normales avait été coupé et la moitié de l'UE en avait été directement ou indirectement affectée. La situation est à nouveau « potentiellement sérieuse » ; l'UE doit y faire face. Les deux pays concernés doivent respecter les contrats et les engagements ; « nous espérons le mieux mais nous devons être préparés au pire ». Il a confirmé que le projet d'un prêt à l'Ukraine est à l'étude, ensemble avec les institutions financières mondiales, et que la Russie pourrait y participer. Ce ne sera pas simple, mais au moins on en discute. La Commission négocie en même temps avec Moscou un mécanisme d'alerte rapide en cas de ruptures d'approvisionnement (mais on sait que les négociations sur le nouvel accord de partenariat traînent en longueur, voir cette rubrique d'hier) et elle négocie avec l'Ukraine son accession à la « Communauté de l'Énergie », qui aurait pour résultat l'application par Kiev des règles du marché européen de l'énergie. M. Barroso a aussi rappelé les discussions sur la modernisation du système ukrainien de pipelines (mais ce projet ne plaît pas du tout à la Russie, qui réclame d'y être associée, et sa concrétisation est une œuvre de longue haleine).

Le président de la Commission a reconnu qu'il ne suffit pas de prévenir: il faut aussi être prêt à réagir. C'est pourquoi la Commission discute avec les États membres et les industriels comment faire face à une coupure éventuelle des fournitures passant par l'Ukraine et en limiter les dommages. Les experts se réuniront le 2 juillet, et la Commission proposera, dans les semaines à venir, de réviser la directive sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz ; elle n'envisage pas un système de stockage (tel qu'il existe pour le pétrole) mais la multiplication des voies alternatives de transit: nouveaux gazoducs, accès élargi au Gaz naturel liquéfié (LNG), le tout accompagné de procédures européennes rapides pour agir en cas de crise.

Et la politique commune ? M. Barroso n'a pas évoqué l'aspect institutionnel, c'est-à-dire l'absence d'une politique commune, ou au moins d'un système d'informations préalables à propos des initiatives nationales, souvent en concurrence entre elles. La situation est connue: ENI a négocié directement avec Gazprom le projet South-Stream, la France ne participe pas au projet Nabucco à cause de l'opposition de la Turquie, motivée par le terme génocide utilisé au Sénat à propos de la tragédie arménienne du siècle dernier ; et ainsi de suite. M. Barroso a estimé peut-être qu'il n'était pas opportun d'évoquer cet aspect en attendant le Traité de Lisbonne, qui ouvrira la voie à une politique commune. Mais cette rubrique n'a pas le même devoir de réserve.

(F.R.)

 

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