Bruxelles, 27/03/2009 (Agence Europe) - Le Parlement européen a préconisé, jeudi 26 mars à Strasbourg, de « corriger les dysfonctionnements du marché des denrées alimentaires » et de promouvoir les relations directes entre consommateurs et producteurs, ceci pour garantir aux premiers des prix raisonnables et aux seconds des revenus décents. Le rapport de Katerina Batzeli (PSE, grecque) sur les prix des denrées alimentaires en Europe a été adopté par le Parlement européen par 390 voix pour, 112 contre et 71 abstentions. Malgré l'existence et la mise aux voix d'une résolution alternative, le rapport de Mme Batzeli n'a pas été modifié comparé au vote en commission parlementaire le mois dernier (détails dans EUROPE n° 9845).
Le PE considère, que parmi les facteurs qui influencent le plus le mécanisme de transmission des prix et l'écart entre les prix payés par les consommateurs et les prix à la production, « la concentration croissante tout au long de la chaîne d'approvisionnement, le niveau de transformation des produits et les augmentations de prix liées à d'autres facteurs externes, ainsi que la spéculation sur les produits agricoles de base, jouent un rôle déterminant ». Il réaffirme par conséquent l'importance des instruments de régulation des marchés, « plus que jamais nécessaires dans le contexte actuel ».
Le PE appuie la décision de la Commission de proposer un système européen efficace de suivi du marché, capable d'enregistrer la tendance des prix et des coûts des intrants pour l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Par ailleurs, les parlementaires appellent la Commission à proposer un projet de création d'une vaste base de données électronique européenne, aisément accessible aux citoyens, reprenant les prix de référence des produits ainsi que des intrants, des coûts de l'énergie, des coûts salariaux, des loyers et des prélèvements, dans toute l'UE.
En outre, le PE estime que la concentration de l'offre de la production agricole par le biais d'organisations de producteurs, de coopératives ou d'autres structures du même type, « permettrait de rééquilibrer leur poids dans la chaîne alimentaire, en augmentant le pouvoir de négociation des agriculteurs, en donnant une plus grande valeur ajoutée à leurs produits et en rapprochant les réseaux de distribution du consommateur ».
Rapprocher le producteur du consommateur. Les distributeurs locaux « contribuent largement à combler le fossé entre les producteurs et les consommateurs et à améliorer la qualité de vie en milieu rural en créant des possibilités d'emploi et en renforçant les liens sociaux existants », lit-on dans la résolution du PE. Il demande aussi que des mesures soient prises pour renforcer le concept « produits locaux ».
Résolution alternative rejetée
Une résolution alternative au rapport de Mme Batzeli, soutenue par le groupe ADLE et quelques membres du groupe PPE-DE (dont Astrid Lulling et Christa Klass), a été rejetée. Soumise au vote, elle a été soutenue par 131 députés, alors que 300 s'y sont opposés (et 39 abstentions). Ce texte se refusait à attribuer à la grande distribution une grande part de la responsabilité dans les écarts importants entre les prix à la production et ceux à la consommation. Il s'opposait aussi à: - une enquête sur la répartition des marges dans la filière ; - la création de la base de données européenne des prix alimentaires accessible en ligne ; - la création d'un observatoire international des prix des produits agricoles.
La Commission européenne redoute une nouvelle flambée des prix des matières premières
Lors du bref débat sur ce rapport, lundi 23 mars, Louis Michel, au nom de la Commission européenne, a rappelé que le secteur agricole connaît un « véritable effondrement » des prix du marché qui « compromet gravement les revenus des exploitations ». La situation est particulièrement grave dans les secteurs à forte valeur ajoutée, tels que ceux de la viande et des produits laitiers. Par ailleurs, l'analyse des facteurs structurels « fait craindre une nouvelle flambée des prix des matières premières agricoles sur le moyen terme et sur le long terme », a ajouté le commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire. Selon lui, en améliorant le fonctionnement de la filière agroalimentaire, il devrait être possible: - d'éviter à l'avenir des hausses aussi marquées du prix des denrées alimentaires ; - de juguler l'instabilité des prix à la consommation. Il a dit partager « la plupart » des préoccupations exprimées dans le rapport de Mme Batzeli en ce qui concerne la nécessité d'améliorer le fonctionnement global de la filière agroalimentaire (renforcer la transparence d'un bout à l'autre de la filière, offrir aux consommateurs une meilleure information et améliorer la répartition de la valeur ajoutée sur toute la filière).
Il a rappelé ensuite les initiatives prises par la Commission, en insistant en particulier sur la nécessité de progresser dans la mise en place d'un Observatoire européen permanent de la filière agroalimentaire et des prix des denrées alimentaires. En outre, il faut aller plus loin dans l'analyse de la répartition de la valeur ajoutée sur l'ensemble de la filière. En effet, l'asymétrie du pouvoir de négociation entre les producteurs agricoles et le reste de la filière « pèse lourdement sur les marges des producteurs du secteur agricole ». Dès lors, un effort de clarté et de compréhension sur la question de la répartition de la valeur ajoutée serait « un premier pas vers le rééquilibrage du pouvoir de négociation tout au long de la filière ». « Il est essentiel que l'industrie et les détaillants du secteur agroalimentaire puissent continuer à compter sur une plateforme de production agricole durable et compétitive à l'intérieur de l'Union européenne », a conclu Louis Michel. (L.C.)