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Bulletin Quotidien Europe N° 9660
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/eurogroupe

La modération salariale reste de mise, selon M. Juncker, qui dénonce aussi les rémunérations excessives de certains patrons

Bruxelles, 14/05/2008 (Agence Europe) - Globalement et indépendamment de quelques nuances par pays (la France notamment), les ministres des Finances de la zone euro se sont rangés, mardi 13 mai, à l'avis de la Commission sur la situation économique de la zone euro. « Nous partageons entièrement les analyses et les prévisions de la Commission européenne », a indiqué Jean-Claude Juncker, à l'issue de l'Eurogroupe qu'il préside (EUROPE n° 9652). Les ministres des Finances des Quinze tablent donc sur une croissance de 1,7% en moyenne dans la zone euro pour l'année en cours et de 1,5% en 2009. Des prévisions « considérablement inférieures » à celles de 2007 (2,6% de croissance), mais parfaitement « plausibles » à la lumière des risques d'une part et d'une croissance économique tout de même « solide » d'autre part. L'inflation reste toujours « un des risques majeurs » pour l'économie européenne, et la Banque centrale européenne (BCE) n'a pas l'intention d'assouplir le carcan de sa politique monétaire en redéfinissant son objectif de stabilité des prix. La BCE « voudrait toujours que nous atteignons un niveau d'inflation de 2% », a en effet souligné M. Juncker, qui écarte tout risque de récession en Europe, mais reste « vigilant ». Le niveau de l'inflation n'est « pas souhaitable » et « nous invitons les partenaires sociaux à poursuivre la modération salariale qu'ils ont appliquée au cours des dernières années », a-t-il déclaré, en redoutant des effets de second tour sur les salaires. Un appel récurrent, qui reconnaît aussi les responsabilités des gouvernements en la matière et s'accompagne cette fois d'une sévère attaque contre les rémunérations excessives de certains dirigeants d'entreprises.

« Nous appelons les gouvernements appliquant une indexation automatique des salaires ou une indexation semi automatique d'entourer ce mécanisme d'une gestion prudente », a d'abord expliqué le Premier ministre luxembourgeois, dont le pays est, avec la Belgique, principalement concerné. « Nous ne voudrions pas que les gouvernements alimentent leur inflation interne par des politiques salariales excessives dans l'administration publique », a-t-il ajouté, en insistant pour que les Etats membres renoncent à l'augmentation des prix administrés et s'abstiennent d'augmenter leurs taux de fiscalité indirecte. Des recommandations en partie reprises dans un document adopté mardi soir qui précise l'approche commune de l'Eurogroupe face à l'évolution des salaires. Les réponses à la hausse des prix passent par: - des hausses de salaires conformes à l'évolution de la productivité et favorables à l'emploi et la compétitivité ; - la mise en œuvre de réformes structurelles en vue d'accroître la productivité et la compétitivité (en particulier dans le secteur des services) ; - la mise en œuvre des politiques énergétiques (amélioration de l'efficacité énergétique et des économies d'énergie) ; - la levée des obstacles à l'emploi (réformes du marché du travail).

Conscient de l'impact de l'inflation sur le pouvoir d'achat des catégories les plus vulnérables et pour ne pas donner l'impression que l'appel à la modération salariale serait le seul message dont les ministres des Finances seraient capables, M. Juncker est ensuite monté au créneau pour dénoncer certaines pratiques rémunératoires des patrons. « Les dérapages excessifs au niveau des rémunérations des dirigeants d'entreprises, que nous avons pu observer dans plusieurs pays et dans plusieurs secteurs de la zone euro, sont proprement scandaleux », a déclaré le président de l'Eurogroupe, qui entend « examiner les instruments fiscaux qui pourraient être mis en place pour lutter contre ces excès ». L'idée est de « ne plus accepter qu'en termes fiscaux, certains types de rémunérations (comme les parachutes dorés: NDLR) puissent être déduits des seuils d'imposition et puissent être considérés comme des frais généraux ». Selon M. Juncker, « c'est un sujet de la plus haute importance car nous courons le risque de ne plus être compris par nos concitoyens si nous lançons des appels incessants à la modération salariale (…), sans dire en même temps qu'il n'est plus acceptable qu'un certain nombre de dirigeants d'entreprises disposent de salaires excessifs et surtout bénéficient de parachutes dorés qui ne se trouvent pas être en relation avec des performances mesurables ». Pour l'instant, les Etats membres sont invités à faire connaître à la Commission les dispositifs qu'ils ont pris ou ont l'intention de prendre pour lutter contre un tel « fléau social », a-t-il ajouté. La question relève néanmoins de l'UE dans son ensemble et les Vingt-sept pourraient être amenés à l'examiner. Elle requiert même d'aller au-delà, puisqu'une action internationale s'impose, selon M. Juncker. Comme l'a rappelé le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, la situation est très variable d'un pays à l'autre. Si une dizaine d'Etats membres disposent de règles encadrant les rémunérations des dirigeants d'entreprise, ces législations restent très disparates. En décembre 2004, la Commission avait adopté une recommandation sur les rétributions des dirigeants d'entreprise en vue d'améliorer la gouvernance des sociétés. Mais un rapport d'application, publié en juillet 2007, a montré que le suivi de ces recommandations n'était « pas satisfaisant », a rappelé le commissaire. (A.B.)

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