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Bulletin Quotidien Europe N° 9571
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Eurorégion réunissant des territoires italiens, slovènes, autrichiens et bientôt croates indique la voie de l'Europe de demain

L'éclosion de nouveaux Etats ayant vocation à devenir membres de l'Union Européenne pose des problèmes qu'il serait ingénu de cacher. L'actualité politique place le cas du Kosovo au centre de l'attention, mais il avait été précédé par la séparation de l'ancienne Tchécoslovaquie en deux, par l'autonomie du Monténégro, et le cas de Chypre est loin d'être réglé (voir cette rubrique d'hier). Par ailleurs, la Bosnie-Herzégovine est un échec et il est question de nouvelles divisions. Ces constatations ne comportent aucun jugement ; si un peuple a la sensation d'être écrasé, de ne pas être libre, il aspire à l'autonomie. Mais l'UE a l'obligation de se préoccuper de son fonctionnement. Six parlementaires au minimum pour chaque Etat membre ; la «rotation égalitaire» au sein de la Commission ; le double calcul de la majorité au sein du Conseil: ce sont des règles difficilement applicables au-delà d'un certain nombre de pays. Tout Etat unitaire qui se subdivise voit augmenter son poids à Bruxelles et déséquilibre le fonctionnement de l'Union. Il y a deux jours, à New-York, en marge des débats de l'ONU, le premier ministre serbe Vojislav Kosturica répondait, à qui l'interrogeait sur la possibilité pour l'UE d'accueillir la Serbie et le Kosovo comme deux Etats indépendants, que cette option ouvrirait la porte à nombreuses demandes d'indépendance par des minorités au sein de l'UE. Cette réponse ne représente pas un critère général: chaque cas est particulier, celui du Kosovo comme les autres. En outre, qui réclame l'indépendance doit ensuite l'assumer; l'existence de pays dont la structure étatique survit depuis des décennies à coup de subventions est inadmissible.

Les nouveaux regroupements sauvegardent l'identité de chacun. Après avoir ainsi évoqué les questions qui gênent, je veux souligner l'évolution en direction opposée, vers les regroupements et les collaborations par-delà les frontières nationales. Le terme d'eurorégions existe depuis longtemps, l'UE les a toujours encouragées ; des exemples significatifs existent (par exemple entre la France et l'Allemagne) et d'autres se développent (concernant notamment l'Espagne). À présent, le concept s'élargit et se précise, vers la reconstruction de liens et coopérations qui existaient autrefois et qui sont relancés avec une caractéristique nouvelle: la sauvegarde de l'identité de chacun. Si cette condition préalable est satisfaite, tout devient possible pour qui n'est pas aveuglé par le fanatisme nationaliste ou (encore pire) religieux. Trois raisons m'amènent à mettre aujourd'hui l'accent sur un cas spécifique: l'eurorégion qui va réunir des territoires slovènes, italiens et autrichiens, auxquels se joindront le moment venu les territoires croates de l'Istrie.

Un cas spécifique. Ces territoires faisaient partie autrefois de l'empire austro-hongrois. Je suis né autrichien, en tant que slovène j'ai été déporté, puis je suis devenu professeur de langues en tant qu'italien, a déclaré en souriant l'écrivain Boris Pahor. Les différents territoires ont d'abord reconquis leur autonomie et ils ont dû ensuite traverser la période noire pendant laquelle les frontières respectives étaient presque infranchissables, gardées par les forces armées. Maintenant, une phase nouvelle s'ouvre. Après avoir fait son entrée dans la zone euro, ce vendredi même, la Slovénie est devenue membre opérationnel de l'espace Schengen, si bien qu'il n'y a même plus de contrôle des passeports. D'ici quelques jours, le gouvernement slovène va assumer, pour un semestre, la Présidence du Conseil de l'UE (y compris deux Sommets).

La nouvelle eurorégion devrait naître formellement au printemps et avoir comme capitale Trieste, la ville la plus internationale d'Italie, où l'on parlait en son temps trois langues: italien, slovène et allemand. Il y aura un parc naturel commun aux trois pays, et les ports maritimes travailleront ensemble. La coopération et les projets communs couvriront l'économie, les transports, la santé, l'environnement, le tourisme. Mais chacun conservera son identité aussi bien culturelle qu'économique: les investissements devraient recevoir un coup de fouet ainsi que la modernisation des chemins de fer reliant l'Italie à la Hongrie et au-delà.

Parallèlement, avec des ambitions plus modestes, dans le contexte du Conseil de l'Europe, a été créée l'Eurorégion Adriatique, qui réunit les gouvernements locaux de six pays (Italie, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie) et a déjà son bureau à Bruxelles.

Peuples qui recommencent à écrire ensemble leur histoire ; territoires, ethnies et langues qui vont à nouveau se mélanger, cette fois-ci sur un plan d'égalité, chacun avec son identité. Je ne dis pas que tout sera facile, des divergences subsistent et il en apparaîtra encore. Mais ce sont les initiatives de ce genre qui indiquent la bonne voie.

(F.R.)

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