Bruxelles, 03/10/2007 (Agence Europe) - Devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, le Haut représentant de l'UE pour la PESC a présenté son analyse des différents dossiers qui ont été débattus à New York en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. D'un optimisme raisonné en vue de la définition d'un horizon politique au conflit israélo-palestinien, Javier Solana a été plus inquiet sur l'évolution du dossier nucléaire iranien, attendant des progrès de Téhéran pour éviter de nouvelles sanctions à l'ONU. Il a par ailleurs approuvé la proposition faite par le président de la commission parlementaire, Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE, polonais), dans son rapport sur une politique étrangère commune de l'énergie (EUROPE n° 9510), se déclarant favorable à la désignation d'un Haut représentant pour la politique étrangère dans ce domaine.
Proche-Orient. « Une nouvelle dynamique de faisabilité est en cours sans qu'il soit certain que les résultats seront tangibles », a estimé Javier Solana, à propos du processus de paix entre Palestiniens et Israéliens. Plus « mesurés » dans leur appréciation de l'évolution du conflit, les députés se sont notamment interrogés sur la situation humanitaire dans les territoires occupés. « Il faut répéter que l'UE n'a pas laissé tomber les Palestiniens », a martelé M. Solana, rappelant que l'UE et les Etats membres continuent d'être les plus grands contributeurs en aide humanitaire. Observant que le Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Salam Fayyad, fait tous les efforts pour « gérer la situation » de division entre Gaza et la Cisjordanie, M. Solana a reconnu ne pas savoir comment le dialogue intra-palestinien pourrait redémarrer, même s'il met ses espoirs en Mahmoud Abbas.
Iran. La communauté internationale poursuit sa double approche vis-à-vis de Téhéran, à savoir la négociation et en même temps une action aux Nations unies, mais « la situation n'est pas bonne ». Si la situation n'avance pas au plan politique « le risque de nouvelles sanctions est réel », a constaté M. Solana, estimant que « les prochains mois seront très importants ». Avant d'envisager plus en détail de nouvelles sanctions à l'ONU, M. Solana a indiqué qu'il souhaitait encore rencontrer le négociateur iranien, Ali Larijani. Une série de rencontres pourrait avoir lieu avant la mi-novembre, a-t-il espéré. En parallèle, Téhéran doit aussi progresser dans ses négociations avec l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA).
Kosovo. Alors que les premières négociations directes entre Serbes et Kosovars à New York la semaine dernière n'ont rien donné de retentissant, les deux parties se retrouveront pour une nouvelle réunion avec les représentants de la Troïka le 14 octobre prochain à Bruxelles. Les pourparlers doivent durer jusqu'au 10 décembre, date à laquelle les représentants européen, américain et russe au sein de la Troïka sur le futur du Kosovo remettront un rapport au secrétaire général des Nations unies. Il y aura ensuite un débat au Conseil de sécurité, a rappelé M. Solana, appelant les Européens à piloter ce processus et à être prêts à envoyer une mission de la PESD « dans les plus brefs délais ». Il n'a toutefois pas souhaité se prononcer sur l'attitude à adopter en cas de déclaration d'indépendance de l'actuelle province serbe ou d'éventuelles reconnaissances individuelles par les Etats membres qui pourraient suivre. Souhaitant donner toute leur chance aux pourparlers, M. Solana préfère attendre le déroulement des élections qui sont prévues au Kosovo et en Serbie, où l'élection présidentielle devrait finalement avoir lieu d'ici la fin de l'année, a-t-il estimé.
Darfour. Se félicitant de l'adoption d'une résolution de l'ONU prévoyant le déploiement d'une force militaire européenne au Tchad et en République centrafricaine, M. Solana a espéré un déploiement en novembre. « J'ai l'impression que nous pourrons déployer cette mission dans les délais prévus par la résolution du Conseil de sécurité », a-t-il en effet indiqué. Le Conseil devrait adopter prochainement une action commune pour le déploiement de la mission EUFOR-TCHAD/RCA, dont le commandement serait assuré par le général irlandais Pat Nash. Cela devrait contribuer à garantir la dimension européenne de la mission à ses yeux, comme le réclament les députés (EUROPE n° 9511). « La mission au Tchad n'est pas une mission française, c'est une mission européenne et elle sera neutre », a-t-il souligné.
Myanmar. Nous avons fait des déclarations à tous les niveaux, mais la situation s'est dégradée, a déploré M. Solana, répétant les appels à la Chine et à l'Inde en faveur de leur plus grande implication dans ce dossier aux côtés de l'ASEAN. Réunis le même jour, les ambassadeurs des Vingt-sept ont proposé aux ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui se retrouveront le 15 octobre à Luxembourg, de renforcer les sanctions contre le Myanmar. Le COREPER a aussi souligné l'importance de poursuivre l'action politique et diplomatique, y compris à l'ONU et en impliquant les partenaires clés, notamment régionaux. M. Solana s'est par ailleurs dit prêt à envoyer un représentant de l'UE en Birmanie, mais préfère d'abord attendre le rapport que remettra l'envoyé spécial de l'ONU, Ibrahim Gambari, de retour de sa tournée dans le pays. (ab)