Bruxelles, 27/09/2007 (Agence Europe) - Les récentes déclarations du nouveau gouvernement russe ne font aucun doute: Moscou veut l'adhésion à l'OMC et espère mettre un point final cette année à ses négociations d'entrée. Mardi 25 septembre, Elvira Nabiullina, la nouvelle ministre de l'Economie issue du dernier remaniement ministériel auquel a procédé le président russe Vladimir Poutine, a promis de poursuivre les réformes économiques engagées par son prédécesseur, German Gref, et de mener à bien l'adhésion de la Russie à l'OMC. « L'achèvement des négociations reste la priorité numéro un pour le ministère et le gouvernement russes. L'adhésion à l'OMC est nécessaire pour assurer des conditions favorables au développement de l'économie russe et à la consolidation des résultats des réformes », a indiqué son ministère dans un communiqué publié mardi, avant de promettre la continuité dans la poursuite des réformes socio-économiques avec l'arrivée de la nouvelle ministre.
Une volonté réelle de Moscou. Dans le cadre d'un entretien accordé lundi 24 septembre à EUROPE, l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, a confirmé l'engagement des autorités russes à mener à bien ce projet. L'adhésion interviendra « peut-être avant la fin de cette année, peut-être seulement l'année prochaine, mais c'est un processus qui avance lentement », a-t-il assuré. Un feu vert à l'adhésion russe à l'OMC passe notamment par la conclusion d'un accord bilatéral avec les Vingt-sept sur l'accès au marché des biens et services. Toutefois, les discussions entre Bruxelles et Moscou se heurtent toujours à quelques points de friction commerciale mineurs en matière vétérinaire et phytosanitaire, de droits de propriété intellectuelle (DPI) et de coopération douanière, mais surtout à deux problèmes plus importants: les tarifs différenciés à l'exportation sur le bois russe, dont l'augmentation intervenue en juillet dernier pénalise la Finlande, la Lettonie et la Suède (EUROPE n° 9493), et les droits ferroviaires russes (tarifs imposés par Moscou au trafic ferroviaire de fret en provenance d'Etats membres de l'UE) qui s'avèrent discriminatoires à l'encontre des pays baltes. « Cela peut prendre un peu de temps et un peu plus d'efforts » pour régler ces questions, a reconnu M. Chizhov, en rappelant toutefois que l'accession ne dépendait pas seulement des discussions bilatérales. « Je pense que les problèmes restant seront finalement résolus par tous les acteurs à l'OMC. L'atmosphère globale n'est pas très prometteuse avec le round de Doha. Mais nous nous dirigeons lentement vers l'accession », a-t-il ajouté.
Une résistance interne non négligeable. Moscou doit encore convaincre un segment de l'opinion publique et du monde des affaires russes plutôt réticent à une adhésion à l'OMC qui impliquerait nécessairement une libéralisation plus poussée de l'économie. « Je ne peux pas dire que l'accession à l'OMC est une question qui empêche l'opinion publique russe de dormir. Je ne dirais pas non plus qu'il y a un consensus à 100% en Russie sur cette question, même dans le milieu des affaires, où beaucoup de PME appréhendent la perspective d'une adhésion. En outre, quelques régions russes moins développées craignent de voir comment l'accession pourrait influencer leur propre développement économique », a expliqué M. Chizhov, faisant part d'une résistance interne non négligeable que les autorités doivent gérer. La question de l'accession à l'OMC « exige non seulement des aptitudes de négociation mais également une force de persuasion sur le plan interne », a-t-il ajouté, avant de poursuivre: « Ce n'est pas que le destin de la Russie ni la croissance économique russe en dépendent, mais tout naturellement, la Russie est toujours la plus grande économie dans le monde non membre de l'OMC ». Et de conclure: « Mais le gouvernement est convaincu que l'adhésion d'OMC apportera plus d'avantages que d'inconvénients ».
Encore du chemin à parcourir. Toujours est-il que les négociations d'adhésion à l'OMC, qui semblaient sur le point d'aboutir l'an dernier, après le ficelage, en décembre 2006, d'un accord bilatéral sur l'accès au marché entre la Russie et les Etats-Unis, ont pris du retard. Notamment parce que, parallèlement au processus multilatéral d'accession qui exige la traduction des règles de l'OMC dans le droit national russe, Européens et Russes n'ont toujours pas bouclé leurs discussions bilatérales. A Genève, les négociateurs des deux parties poursuivent leurs consultations informelles tandis qu'à Bruxelles, une source proche du commissaire au Commerce Peter Mandelson assure que les services de la Commission sont en « contact constant et très régulier » avec les autorités russes et que « l'activité devrait certainement s'intensifier à l'approche du sommet UE/Russie » le 26 octobre prochain à Mafra. Au siège de l'OMC, on confirme que les pourparlers suivent leur cours. Au plan multilatéral, les questions en suspens concernent essentiellement les barrières techniques au commerce, les questions vétérinaires et phytosanitaires, l'agriculture et les DPI. Au plan bilatéral, les négociations progressent aussi. Après avoir ficelé un accord bilatéral sur l'accès au marché avec le Cambodge la semaine dernière, la Russie doit encore s'entendre avec l'Arabie Saoudite et la Géorgie. Des discussions ont lieu cette semaine à Genève entre négociateurs russes et saoudiens. En revanche, confronté à des difficultés relatives à des questions douanières (dont on peut nier difficilement les raisons politiques), un accord avec Tbilissi devrait demander encore du temps. (eh)