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Bulletin Quotidien Europe N° 9511
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/myanmar

Les députés prônent des sanctions économiques ciblées

Strasbourg, 27/09/2007 (Agence Europe) - En adoptant, jeudi 27 septembre, par 563 voix pour, 3 contre et 4 abstentions, une résolution sur la situation en Birmanie, le Parlement européen rend hommage à l'action courageuse des moines birmans et des dizaines de milliers d'autres manifestants pacifiques qui affrontent le régime antidémocratique et répressif en place. Ce texte succinct et clair condamne la « réponse brutale » des autorités birmanes, leur demande de reconnaître « la légitimité des revendications exprimées » et appelle les forces de sécurité à regagner leurs casernes. Les parlementaires européens invitent aussi la communauté internationale, et tout particulièrement les pays de la région, à faire pression sur la junte. Ils réclament également « l'arrêt du processus constitutionnel illégitime actuel et son remplacement par une convention nationale pleinement représentative incluant la Ligue nationale pour la démocratie et d'autres partis et groupements politiques ». Invité à examiner d'urgence la situation en Birmanie, le Conseil de sécurité devrait autoriser le secrétaire général des Nations unies à proposer sa médiation. Le Conseil de l'UE devrait pour sa part préparer, conjointement avec les Etats-Unis et l'ASEAN (Associations des Nations de l'Asie du Sud-Est), « une série coordonnée de mesures supplémentaires, y compris des sanctions économiques ciblées, qui pourraient être prises à l'encontre du régime birman s'il faisait usage de la force et ne répondait pas à la demande de retour à la démocratie ».

Sur place, policiers et militaires sont entrés en action et la répression est en marche. Plusieurs centaines d'entre eux sont stationnés depuis mercredi 26 septembre dans les rues de Rangoon, principalement autour des temples et des monastères bouddhistes. Confrontées à la montée en puissance des manifestations, les autorités avaient, la nuit précédente, instauré un couvre-feu et un accès restreint à la ville. Cela n'a pas empêché un nouveau défilé de protestation mercredi, mais le face à face a dégénéré. De nombreux policiers armés de matraques ont chargé les manifestants, faisant au moins quatre morts et une centaine de blessés. Après une vague d'arrestations, entamée dans la nuit de mercredi à jeudi, la tension a grimpé d'un cran à Rangoon, où des coups de feu ont été tirés en direction des milliers de personnes qui protestaient toujours ce jeudi.

L'UE ne s'est pas contentée d'observer la situation, a assuré lors du débat, mercredi 26 septembre, Manuel Lobo Antunes, en rappelant les nombreuses déclarations et prises de position publiées ces deux derniers jours. Les appels à la retenue et à l'ouverture adressés aux autorités birmanes, les menaces de durcissement des sanctions ou les marques de soutien aux manifestants pacifiques se sont en effet succédé, sans que rien n'y fasse. « Les événements d'aujourd'hui (mercredi, NDLR) montrent que la junte a été sourde aux appels de la communauté internationale, comme elle l'a d'ailleurs toujours été », a reconnu le secrétaire d'Etat portugais aux affaires européennes, qui s'est dit prêt à analyser toutes les réactions ou actions supplémentaires possibles. Jeudi, les ambassadeurs des Vingt-sept ont ainsi examiné la possibilité de renforcer les mesures restrictives actuelles de l'UE (interdictions de visas, gel des avoirs, interdiction de ventes d'armes). Ils ont demandé au groupe de travail du Conseil compétent de définir une liste d'options, sur la base d'une proposition de la Commission, et indiqué qu'ils reviendront sur le sujet lors de leur réunion la semaine prochaine.

Mercredi, le Conseil de sécurité de l'ONU était resté divisé sur la question de nouvelles sanctions (la Chine et la Russie s'y opposant). Lors d'une réunion d'urgence en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, il a appelé le régime birman à la retenue et souhaité que l'envoyé spécial de l'ONU, Ibrahim Gambari, soit reçu par les autorités. Avant la réunion, l'UE et les Etats-Unis s'étaient déclarés « profondément troublés » et avaient demandé au Conseil de sécurité d'examiner la situation de manière urgente et d'envisager d'autres mesures, y compris des sanctions. Dans une déclaration commune, ils avaient aussi appelé la Chine, l'Inde, l'ASEAN et d'autres pays de la région à user de leur influence pour soutenir la population birmane.

Une préoccupation également partagée par le commissaire européen au Développement, Louis Michel, qui, devant les députés européens, avait souhaité que les voisins immédiats de la Birmanie soient conscients des « effets néfastes » pour la région de cette « situation explosive ». Et d'appeler Chine, Inde, Japon et Corée du Sud à « faire davantage » pour sortir de la crise. La clé se trouve entre les mains des pays voisins, en particulier la Chine, le premier partenaire commercial de la Birmanie, avait aussi constaté Geoffrey Van Orden (PPE-DE, britannique). Mais, côté européen, il est « impératif » que des sanctions renforcées soient mises en œuvre, a-t-il poursuivi, en fustigeant la présence d'entreprises comme Total sur place. Nous attendons du Conseil de sécurité qu'il décide de mesures immédiates et exerce son influence sur la Chine, avait aussi observé Barbara Weiler (PSE, allemande), qui demande également aux pays de l'ASEAN d'apporter leur contribution à la démocratisation du pays. Brian Crowley (UEN, irlandais) a pour sa part cité le Bangladesh et surtout l'Inde, autre partenaire commercial important. Comme la plupart des orateurs, Annemie Neyts-Uyttebroeck (ADLE, belge) n'a pas manqué d'appeler à la libération de l'opposante Aung San Suu Kyi et des autres prisonniers politiques. (ab)

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