Strasbourg, 27/09/2007 (Agence Europe) - Dans une résolution adoptée jeudi 27 septembre, par 453 voix pour, 104 voix contre et 15 abstentions, le Parlement européen approuve l'envoi d'une mission de maintien de la paix dans l'est du Tchad et dans le nord de la République centrafricaine, mais pose certaines conditions. Cette mission de politique européenne de sécurité et de défense (PESD) de l'UE, destinée à sécuriser la région et les camps de réfugiés, sera déployée pour un an, parallèlement à l'envoi de la force hybride de l'Union africaine et de l'ONU au Darfour (MINUAD).
Aucune mission de maintien de la paix ne peut aboutir sans véritable processus de réconciliation, soulignent les députés, qui appellent la Commission, le Conseil et l'ONU à mettre en place les conditions nécessaires à une solution politique pour la région. La mission de la force européenne (EUFOR) s'attachera à créer un environnement sûr, propice à l'accomplissement des tâches de la force de police de l'ONU (300 personnes), au retour des déplacés de l'intérieur, à la libre circulation du personnel humanitaire et à la poursuite du dialogue entre les forces politiques de la région. « Il est extrêmement important que l'EUFOR soit considérée comme impartiale », insistent donc les députés, qui appellent les Etats membres à « mettre les troupes nécessaires à disposition dans les meilleurs délais ». L'EUFOR ne devrait pas prendre part ou s'immiscer dans les tâches accomplies par les ONG afin de ne pas les mettre en danger, mais établir une coordination effective avec la MINUAD. Elle devra être dotée d'un mandat solide (chapitre VII de la Charte des Nations Unies) pour remplir son « rôle dissuasif » et disposer de règles d'engagement claires autorisant le recours à la force, notamment en cas d'attaques contre des civils, des camps, des villages, des travailleurs humanitaires ou des policiers. L'EUFOR est une force de transition temporaire, de sorte qu'une stratégie de sortie claire doit être définie avant le début de son déploiement, prévoyant une opération de relève (Union africaine, ONU, force hybride), ajoute la résolution.
Mercredi 26 septembre, lors du débat qui précédait le vote de la résolution, les députés avaient déjà rappelé leurs exigences pour faire de cette mission un succès: des effectifs suffisamment nombreux, des équipements adéquats et un mandat robuste pour ne pas risquer que les troupes soient seulement en mesure d'assurer leur autodéfense. Nombreux ont été ceux qui ont demandé aux Etats membres de contribuer activement à la constitution de cette force et mis en garde contre un manque de neutralité de celle-ci.
Avec l'adoption, mardi 25 septembre, par le Conseil de sécurité des Nations Unies d'une résolution autorisant le déploiement pour un an de la force militaire, « la porte est désormais ouverte à l'approbation par le Conseil de l'UE, dans les tous prochains jours, d'une opération PESD », s'est félicité Louis Michel, commissaire européen chargé du Développement. Les Etats membres se sont toutefois peu mobilisés pour engager des troupes à ce stade. Seuls la Suède (environ 200 hommes), la Pologne (150), la Belgique (150) et l'Irlande ont indiqué leur ferme intention de contribuer à la force, dont le plus gros contingent devrait être français (1000 à 1500 hommes).
Il faut un mandat robuste, des troupes suffisamment nombreuses et dotées d'un équipement important pour améliorer la sécurité sur place, a d'emblée insisté Karl von Wogau (PPE-DE, allemand). Soulignant une préoccupation grandissante des députés, Ana Maria Gomes (PSE, portugaise) a regretté le « peu d'enthousiasme » des Etats membres à mettre à disposition de l'EUFOR des effectifs et des équipements suffisants. Il faut que les troupes européennes soient pro-actives dans la protection des civils et des humanitaires, a-t-elle aussi constaté, déplorant que la France, « est vue comme un acteur peu neutre dans la région ». Le moment est venu de « passer aux actes avec des soldats et avec du matériel », a répété Annemie Neyts-Uyttebroeck (ADLE, belge), avant que Ìirts Valdis Kristovskis (UEN, letton) mette lui aussi l'accent sur les contraintes en termes d'équipement. Pour Angelika Beer (Verts-ALE, allemande), « ce serait une catastrophe si la mission ne travaillait pas là où l'aide est la plus nécessaire, à savoir sur la frontière ». Seule voix dissonante, Tobias Pflüger (GUE-NGL, allemand) a indiqué que son groupe était contre la proposition de résolution commune du PE, estimant qu'avec cette intervention la situation ne ferait qu'empirer. Cette opération revient à mettre « une étiquette UE sur des troupes françaises », alors que ces dernières ne sont « pas neutres », a-t-il ajouté. Cette mission doit être « une opération européenne de pacification et non une opération française », a notamment insisté Michel Rocard (PSE, français), qui espère que les Etats membres de l'UE seront nombreux à envoyer des troupes, mais prévient qu'en cas contraire, il ne faudra « pas retourner l'absence d'autres pays en une suspicion post-coloniale sur la France ». (ab)