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Bulletin Quotidien Europe N° 9462
INFORMATIONS GENERALES / (eu) biocarburants

Unanimité au plus haut niveau politique international sur la nécessité de favoriser le développement d'un marché mondial

Bruxelles, 05/07/2007 (Agence Europe) - Un accord de principe unanime au plus haut niveau politique international s'est dégagé jeudi, au premier jour de la conférence internationale sur les biocarburants organisée par la Commission européenne à Bruxelles, sur la nécessité de développer un marché mondial des biocarburants mais dans le respect des exigences en matière de sécurité alimentaire, de sécurité de l'approvisionnement énergétique et de lutte contre le changement climatique.

C'est la commissaire Benita Ferrero-Waldner qui a ouvert les travaux de cette conférence de deux jours qui réunit un large panel de ministres et de représentants gouvernementaux du monde entier ainsi que des représentants des milieux industriels, des ONG et du monde universitaire pour débattre des enjeux, opportunités et risques liés à la production et à l'utilisation des biocarburants dans le monde. Cinq grands thèmes sont abordés: politiques nationales énergétiques et de promotion des biocarburants ; biocarburants et commerce international ; R&D dans le domaine des biocarburants ; opportunités et risques pour l'environnement liés à la production et à l'utilisation des biocarburants ; opportunités liées à la production de biocarburants dans les pays en développement.

Plaidant pour le développement à l'échelle mondiale des biocarburants, « source d'énergie propre et renouvelable qui a le potentiel d'aider les nations à répondre au double défi du réchauffement climatique et de la sécurité énergétique », Mme Ferrero-Waldner a toutefois souligné la nécessité que la production de cette énergie alternative ne nuise pas à la sécurité alimentaire et à l'environnement, compte tenu des risques de concurrence aux productions agricoles alimentaires qui accompagnent un développement non contrôlé des biocarburants et des pressions que celui-ci exerce sur l'eau, les forêts et la biodiversité. « Alors que la production mondiale de biocarburants devrait quadrupler dans les années qui viennent, nous ne pouvons pas nous permettre de fermer les yeux devant des inconvénients: une production mal gérée peut en effet accroître les émissions de gaz à effet de serre au lieu de les réduire. Nous connaissons les effets négatifs du développement des biocarburants sur la protection des sols, la biodiversité, la protection de l'air et les forêts du monde », a insisté Mme Ferrero-Waldner, avant de conclure: « La production des biocarburants doit être compatible avec nos objectifs environnementaux globaux ».

Pour Claude Mandil, la question de la durabilité nécessite l'adoption de normes internationales

Après un bref passage en revue des politiques de développement des biocarburants dans l'Union comme en Argentine, au Brésil, en Chine, aux Etats-Unis, en Inde, en Indonésie, au Mozambique et en Ukraine, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Claude Mandil, modérateur à l'occasion des deux premiers panels de discussion, a parfaitement résumé les enjeux. « Le développement des biocarburants permet à la fois de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à leurs importations, d'accroître l'emploi et de réduire la pauvreté », a d'abord rappelé M. Mandil, avant de poursuivre: « Mais il doit être durable: nous devons donc examiner quelle est sa contribution à la réduction des émissions de CO2, s'il s'accompagne d'un risque de concurrence pour les productions agricoles destinées à l'alimentation et quel est son impact en matière de nouveaux polluants ». « Comme nous l'ont montré les différents exemples nationaux, 5,10 à 20% seront les parts maximums dans la consommation de carburants que les biocarburants pourront atteindre à court et moyen terme. Les biocarburants ne sont donc pas la panacée », a ajouté le directeur de l'AIE. M. Mandil a par ailleurs souligné la nécessité de recourir aux mécanismes de marché qui, selon lui, restent compatibles avec des subventions même si celles-ci sont souvent génératrices de distorsions de concurrence et de favoriser la convergence internationale des normes sur les biocarburants. « La question de la durabilité implique des normes applicables partout qu'il faut négocier au plan multilatéral », a-t-il insisté.

L'Union prête à importer des biocarburants pour atteindre son objectif de 10% d'ici 2020

Le commissaire à l'Energie, Andris Piebalgs, a lui aussi insisté sur la nécessité de fixer « des normes de durabilité » pour les biocarburants. « Seuls les biocarburants qui respectent ces normes seront comptabilisés dans l'objectif de 10% [de biocarburants dans la consommation de carburants dans l'Union à l'horizon 2020 que le Conseil européen a adopté en mars dernier, NDLR], et seuls ceux-là pourront bénéficier d'exemptions fiscales », a-t-il ajouté, précisant que ces normes s'appliqueraient à la production européenne mais aussi aux importations. « L'Union devra s'assurer que ses normes ne créent pas d'obstacles non nécessaires au commerce international », a-t-il cependant ajouté. Son collègue au Commerce Peter Mandelson a estimé que l'Europe devait accepter d'importer une large part de ses biocarburants. « Nous ne devrions pas favoriser une production européenne de biocarburants qui ne contribuerait pas à faire baisser les émissions de CO2 si nous pouvons importer des biocarburants moins chers et plus propres », a-t-il relevé. S'appuyant sur la proposition de M. Mandelson de droits nuls pour les biens et services « verts », le ministre suédois du Commerce, Sten Tolgfors, a quant à lui plaidé en faveur de droits réduits ou nuls pour les importations de biocarburants dans l'Union. « Il serait incohérent de rendre les importations d'éthanol plus chères au moment où nous essayons d'étendre son utilisation », a-t-il insisté.

José Manuel Barroso a, pour sa part, confirmé que, bien que disposant d'un potentiel lui permettant de répondre elle-même à sa demande, l'Union serait ouverte aux importations de biocarburants à condition qu'ils répondent aux normes communautaires. Soulignant la nécessité d'« éviter de déplacer les problèmes environnementaux d'un secteur à l'autre, d'un continent à l'autre », le président de la Commission a par ailleurs assuré que l'Union oeuvrera à la mise en place d'un mécanisme international pour soutenir une production et une utilisation durable des biocarburants.

Une opportunité pour réduire le fossé entre pays riches et pauvres, selon le président brésilien Lula

Invité vedette de la conférence, le président brésilien Lula da Silva a pour sa part assuré que son pays travaillait actuellement sur un plan de certification pour son industrie basé sur des normes strictes en matières sociale et environnementale. L'intervention du président brésilien a été le point d'orgue de cette première journée. Devant un auditoire conquis, Lula n'a pas manqué d'appeler les pays développés à ouvrir leurs frontières aux exportations de biocarburants des pays en développement et de plaider pour le développement d'un marché mondial qui, selon lui, « contribuera à réduire le fossé entre nations riches et pauvres ». « Aujourd'hui, le monde dépend de 20 pays qui produisent du pétrole. Demain, plus de 100 pays pourraient produire des biocarburants. Cela conduirait à une bien meilleure distribution des opportunités pour le reste du monde », a-t-il conclu. Sa chef de cabinet, Dilma Rousseff, avait auparavant souligné l'importance des biocarburants en tant qu'« instrument de développement et d'inclusion sociale ». (eh)

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