Bruxelles, 03/05/2007 (Agence Europe) - Les représentants de l'Assemblée des régions européennes viticoles (AREV) se sont mobilisés, du 20 au 23 avril à Stuttgart (Allemagne), contre la réforme envisagée par la Commission européenne de l'organisation commune du marché (OCM) du vin. Ils ont remis à Mariann Fischer Boel, la Commissaire à l'agriculture, ainsi qu'au ministre allemand de l'agriculture, Horst Seehofer, qui préside les travaux du Conseil de l'UE, leur résolution finale sur la réforme de ce secteur. La Commission, qui doit adopter ses propositions législatives le 4 juillet prochain, est invitée à corriger les incohérences de sa communication du 22 juin 2006 et à revenir sur son idée « désastreuse » d'une libéralisation des plantations. L'AREV fédère 65 régions viticoles de 15 pays européens et se dit le porte-parole de la très grande majorité des responsables de la viticulture européenne. La réunion de Stuttgart a rassemblé 120 délégués venus de régions viticoles allant des Açores jusqu'à la Mer Noire.
Selon sa résolution, l'AREV soutient les efforts de la Commission visant à réformer le marché vitivinicole de l'UE et à l'adapter aux exigences de la concurrence de nouveaux opérateurs dans le monde. Elle demande la mise en place d'une politique « offensive et cohérente qui assure aux producteurs de vin et à tous les intervenants sur le marché un cadre juridique sécurisant sur le long terme ». L'AREV souligne que la viticulture et le marché du vin présentent beaucoup de particularités qui rendent nécessaire une organisation de marché spécifique. Les instruments de la Politique agricole commune (PAC), notamment le découplage des aides, ne correspondent pas aux exigences d'un secteur dynamique comme la filière vitivinicole, argumente l'AREV, qui souhaite en outre que des « marges de manœuvre » soient transférées aux régions et aux organisations professionnelles régionales pour leur permettre de gérer leur politique viticole.
Libéralisation des plantations: l'AREV s'oppose à la libéralisation des plantations en Europe, « car elle conduirait à l'abandon massif des vignobles aux conditions d'exploitation difficiles et à une délocalisation vers les zones favorables ».
Arrachage: l'AREV s'oppose à l'arrachage massif de surfaces plantées. L'arrachage n'a de sens que là où les exploitants ne peuvent produire que des vins de faible qualité sans débouchés sur le marché. Et doit être décidée par le viticulteur. En outre, le financement de cette mesure ne devrait pas être prévu dans l'enveloppe nationale prévue pour la future OCM. L'AREV souhaite aussi attendre d'avoir une connaissance exacte des surfaces effectivement plantées et des actions pour arracher les plantations illégales.
Distillations: l'AREV admet que la distillation de crise « ne remplit plus sa fonction initiale d'instrument de gestion de crise ». Mais elle exige le maintien des subventions accordées à la distillation des sous-produits (surtout des lies) qui « contribuent à protéger le marché du vin contre les fraudes et constituent une mesure environnementale importante ». L'AREV se prononce aussi en faveur de la possibilité d'éliminer les sous-produits par un compostage maîtrisé (ce qui existe déjà dans certains Etats membres). Les subventions en vue de la distillation de l'alcool de bouche « peuvent être réduites de façon progressive et disparaître au bout de quelques années ».
Observatoire: dans leur résolution, les membres de l'AREV demandent la création d'un observatoire de la viticulture européenne chargé de suivre l'évolution des surfaces plantées, de la production, de la mise en marché, de la consommation ainsi que d'évaluer les conséquences socio-économiques de la viticulture sur la ruralité. Cet observatoire permettrait de « prévenir les crises » menaçant le marché européen.
Vins de qualité: l'AREV n'est pas d'accord avec le projet de la Commission de revoir la présentation de la catégorie des vins de table, faisant valoir que ces changements risquent d'affaiblir la position des vins de qualité bénéficiant d'une indication géographique. « Le nivellement et l'uniformisation des vins » comme le préconise la Commission à l'image des pratiques des producteurs du « Nouveau monde » « ne constituent pas une solution d'avenir pour l'Europe ». L'AREV rappelle que les vignobles « façonnent les paysages et constituent un élément important de la vie culturelle rurale » et que « l'importance économique de la viticulture dépasse de beaucoup le simple produit de la vente du vin ».
Degré minimum: l'AREV estime que la suppression du degré naturel minimum lors de la vendange « porte atteinte à la qualité des vins ».
Moûts importés: l'AREV refuse la possibilité d'importer et de vinifier des moûts originaires de pays tiers pour en faire des vins en Europe. Elle s'oppose aussi au coupage de vins de pays tiers avec les vins de l'UE.
OMC: l'AREV se déclare favorable à l'ouverture des marchés dans le monde. « Leader absolu dans le secteur du vin, l'UE (…) doit en particulier combattre les entraves douanières, les désavantages fiscaux et le protectionnisme administratif ». Elle doit également s'employer à défendre, en Europe et dans les pays tiers, les indications géographiques et les appellations d'origine par la création d'un registre multilatéral pour les vins et spiritueux dans le cadre des négociations de l'OMC et des accords ADPIC (accords de l'OMC sur les aspects de droits de propriété intellectuelle). (lc)