Bruxelles, 03/05/2007 (Agence Europe) - S'appuyer sur les performances positives actuelles pour se prémunir de lendemains qui déchantent, tel est le message répété jeudi par la Commission dans sa deuxième déclaration annuelle sur la zone euro. Au cours des douze derniers mois, la situation économique de la zone euro « s'est clairement améliorée », a réaffirmé jeudi Joaquín Almunia lors d'une conférence de presse. En 2006, la croissance des Treize pays de la zone euro a atteint 2,7%, a ainsi confirmé le Commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, laissant aussi présager de la poursuite de la relance pour l'année en cours. Une bonne tenue de la croissance qui devrait être confirmée lundi prochain lors de la présentation des perspectives économiques de printemps de la Commission. En février dernier, dans un exercice intermédiaire à ses prévisions saisonnières (EUROPE n° 9368), cette dernière avait établi ses attentes pour 2007 à 2,4% dans la zone euro et à 2,7% dans l'UE à 27 (contre 2,1% et 2,4% dans ses prévisions économique d'automne - EUROPE n° 9300). Outre sa meilleure performance sur le plan de la croissance depuis 2000, la zone euro a aussi enregistré en 2006 un nombre important de création d'emplois (autour de deux millions) et a su contenir le taux d'inflation sous les 2%. Si le niveau des prix, à 1,8% en avril, devrait augmenter, « nous ne voyons pas de fortes pressions inflationnistes pour le moment », a précisé le Commissaire, qui apprécie les efforts d'assainissement budgétaire dans les Etats membres, mais les appelle à poursuivre sur cette voie.
De 2,5% en 2005, le déficit budgétaire moyen est retombé à 1,6% en 2006, mais la situation exige de tenir les engagements du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). « Nous sommes dans une phase de relance cyclique, une phase robuste » et nous percevons les effets positifs des reformes structurelles, a-t-il souligné, appelant à de nouveaux progrès susceptibles de relever le potentiel de croissance de la zone euro. Compte tenu du vieillissement de la population, il n'y aura plus d'ici cinquante ans que deux personnes en âge de travailler pour chaque retraité (contre quatre actuellement), rappelle la communication de la Commission, qui juge qu'à politique égale, le potentiel de croissance retombera de plus de 2% actuellement à 1% environ après 2030. Il faut donc tout faire pour atteindre des positions budgétaires durables, en parvenant aux objectifs à moyen terme définis pour chaque Etat membre (en 2010 au plus tard) et en affectant les recettes supplémentaires dues à la bonne conjoncture à la réduction du déficit et de la dette, comme les ministres de l'Eurogroupe s'y sont d'ailleurs engagés de manière « unanime » lors de leur réunion informelle de Berlin le 20 avril (EUROPE n° 9411). Le Conseil européen de mars n'avait pas dit le contraire, lorsqu'en adoptant des recommandations spécifiques pour la zone euro, les chefs d'Etat et de gouvernement ont insisté pour mener des politiques budgétaires prudentes et pour améliorer le fonctionnement de l'Union économique et monétaire (EUROPE n° 9383). Un rapport sera publié le 28 mai pour lancer les discussions sur le fonctionnement futur de l'UEM.
Après avoir concerné la Slovénie, en janvier dernier, « l'élargissement de la zone euro doit se poursuivre », a ensuite rappelé M. Almunia, qui se prononcera le 16 mai prochain sur l'adoption de la monnaie unique par Chypre et Malte. Ce vendredi, la Commission reviendra aussi sur l'expérience slovène, tirant les enseignements du récent passage à l'euro. « Tout à fait satisfaisant » au plan technique, le basculement a toutefois montré certains abus, qu'il faudra essayer de ne pas répéter en veillant à informer les citoyens, a souligné M. Almunia. Un point essentiel pour le Commissaire qui n'est « pas satisfait » des différences qui existent entre les résultats de l'UEM et la perception négative d'une partie de l'opinion publique de certains Etats membres. Pourtant « avec notre devise, nous vivons mieux que lorsque nous ne l'avions pas », a-t-il martelé, peu enclin à voir dans l'évolution du change de l'euro un impact négatif pour l'économie européenne.
Si la Commission admet un risque en cas de perturbation des changes, reprenant à son compte la formulation habituelle du G7, qui appelle à éviter toute volatilité excessive et des mouvements désordonnés en la matière, elle ne voit pas de liens directs entre ces évolutions et d'éventuelles difficultés pour les exportations. En 2006, l'euro s'est apprécié d'environ 11 % par rapport au dollar américain et d'environ 12,5 % par rapport au yen japonais, portant le taux de change effectif de l'euro juste au-dessus de son niveau de long terme, mais les exportations de la zone euro vers les Etats-Unis notamment ne s'en sont pas ressenties. Une analyse de l'impact des changes sur nos exportations et nos importations (ainsi que sur les taux d'intérêts ou le climat de confiance de la zone euro, montre en fait que « l'euro nous protège contre la volatilité externe », a ainsi pris soin de noter le Commissaire Almunia. Mais à mesure que son poids grandit, l'euro, qui fait office de monnaie d'ancrage ou de référence dans les régimes de change administrés d'une cinquantaine de pays et dont la part dans l'émission d'obligations internationales a dépassé celle du dollar américain au troisième trimestre 2006, doit aussi avoir un rôle plus marqué dans la gouvernance de l'économie mondiale. Outre la participation de la zone euro aux récentes consultations multilatérales du FMI sur les déséquilibres mondiaux, elle devra à l'avenir disposer d'un siège unique dans les instances de ce type. Ce n'est pas une question qui va être réglée demain, mais la Commission va continuer d'insister en ce sens, a affirmé le Commissaire. (ab)