Bruxelles, 02/05/2007 (Agence Europe) - Réunis en Conseil Compétitivité informel les 27 et 28 avril dernier à Würzburg, les ministres de l'Industrie de l'Union ont, sous la houlette du président en exercice du Conseil, le ministre allemand de l'Economie Michael Glos, abordé la question du marché intérieur face à la concurrence mondiale et ainsi évoqué la nécessité d'une réorientation stratégique et politique du marché intérieur afin de relever efficacement les défis de la mondialisation.
La première journée, les ministres de l'Industrie ont pu entendre les avis d'éminents représentants du secteur privé comme le vice-président du conseil d'administration de Toyota Motor Corporation Katsuhiro Nakagawa, le vice-président d'AMD Thomas M. McCoy et le président de BP et ancien directeur général de l'OMC Peter Sutherland qui ont exposé les positions de l'industrie et de certaines entreprises. Partageant l'avis de MM. Nakagawa et McCoy, les délégations ont estimé que, depuis sa création il y a 15 ans, le marché unique européen, fort de 500 millions de consommateurs, est devenu une destination intéressante pour les investissements et occupe déjà une bonne position face à la concurrence internationale. Une attractivité confirmée par une étude menée auprès de plus de 800 entreprises par le cabinet de Conseil Ernst & Young - et présentée au Conseil Compétitivité - qui conclut que, pour 50% des sondés, l'Union reste la région du monde la plus intéressante pour les investisseurs. Avec un bémol toutefois puisque l'étude intitulée European Attractiveness Survey souligne que l'attrait du marché unique a baissé de 10 points entre 2006 et 2007.
C'est justement sur les mesures à prendre pour que l'Union tienne son rang face à la concurrence mondiale et enraye sa perte d'attractivité que se sont penchés les ministres de l'Industrie de l'Union. S'accordant sur l'idée que certains pays émergents comme la Chine et l'Inde possèdent désormais une avance pratiquement insurmontable à moyen terme en matière de coûts du travail, les ministres ont, en accord avec les représentants de l'industrie et les résultats de l'étude Ernst & Young, convenu que le maintien et l'amélioration de l'attractivité économique de l'Europe exigent que d'importantes mesures soient prises en urgence au plan national ou communautaire, à savoir: un régime fiscal attrayant ; la flexibilisation des marchés du travail ; le développement des réseaux de communication et des infrastructures ; un environnement réglementaire fiable et simplifié ; une aide à la recherche et au développement. Les ministres de l'Industrie ont également rappelé que l'attractivité de l'Europe repose également sur d'autres facteurs désormais récurrents en matière de politique économique communautaire car placés au cœur de la stratégie de Lisbonne: le développement de la société de la connaissance et le renforcement de la capacité d'innovation, la formation permanente des travailleurs et la protection des droits de la propriété intellectuelle. En lien avec l'inévitable thème de la sécurité énergétique, les ministres ont également mis l'accent sur la nécessité pour l'Union de conserver un rôle de tout premier plan dans le domaine des technologies énergétiques propres, domaine qui, aux yeux des industriels, recèle un potentiel important en termes d'innovation et de création d'emplois en Europe. Enfin, les ministres de l'Industrie ont une fois encore réaffirmé le rôle essentiel des PME dans le tissu économique européen.
La deuxième journée, après une introduction de M. Sutherland, les ministres de l'Industrie ont discuté des enjeux de la mondialisation. Convenant qu'elle est un processus irréversible influençant directement ou indirectement tous les aspects de la vie quotidienne, de la protection sociale et de la sécurité intérieure à la santé en passant par l'approvisionnement énergétique et l'environnement, les ministres se sont accordés pour dire que la mondialisation ne pouvait être maîtrisée par l'Europe que par une action commune affirmée et par un décloisonnement des marchés. Le Conseil Compétitivité a donc réaffirmé sa détermination à faire progresser la mise en œuvre de l'agenda de Lisbonne et du Partenariat pour la croissance et l'emploi.
Les ministres de l'Industrie ont également discuté, en compagnie de la Commissaire à la Concurrence Neelie Kroes, de la question des régimes d'aides d'Etat dans la mondialisation: si les délégations ont estimé qu'il fallait impérativement, dans un contexte mondial, supprimer les aides susceptibles de créer des distorsions de concurrence afin d'éviter la surenchère internationale en matière de subventions, plusieurs d'entre elles se sont toutefois prononcées en faveur d'un régime plus libéral dans l'Union pour faire face à la concurrence de certains pays tiers dans lesquels les limitations à l'octroi de subventions aux entreprises sont inexistantes (voir EUROPE n° 9417). Ces dernières ont en effet souligné que la décision des entreprises d'investir sur un site dépendait plutôt d'autres facteurs comme l'infrastructure, les coûts du travail ou la qualification du personnel mais que, quand les conditions sont égales, une aide supérieure pouvait parfois faire pencher la balance pour ou contre un site donné. Certaines délégations ont en particulier insisté sur la nécessité d'examiner la possibilité, dans les cas de concurrence internationale, d'accorder des soutiens plus élevés dans le cadre du régime communautaire d'aides d'Etat pour la R&D et l'innovation. Plusieurs ministres ont, en outre, demandé à la Commission d'examiner la possibilité de mettre une œuvre une procédure d'évaluation accélérée pour les décisions d'emplacement de sites en concurrence internationale. (eh)